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Réappropriation.

« Tout être humain devrait être capable d’effectuer la maintenance de base sur lui-même ».

- Dr. Kelly Starrett

En 1998, alors que j’étais un jeune et pète-couilles « chercheur » en sciences sociales, j’avais pondu un texte très mal accueilli sur les changements civilisationnels qui allaient être induits par la démocratisation d’Internet.  Etant alors focalisé, de par mes préoccupations journalistiques du moment, sur les moyens de diffusion, j’entrevoyais un renversement d’iceberg qui allait — lentement mais sûrement — faire chavirer le Titanic occidental.

16 ans après, les faits me donnent peu à peu raison…  et même si concrètement cette révolution de fond a commencé bien avant Internet, le fait est que c’est en marche.  Et que ça se fera.

Les gens sont en train de se réapproprier le pouvoir sur tous les aspects importants de leur vie.  Petit à petit.

Si on devait utiliser un seul mot pour définir la période charnière que nous sommes en train de traverser, c’est « réappropriation ».  Nous sommes, nous « le peuple », en train de reprendre graduellement les rennes de nos vies.  Nous sommes en train de rompre, ligne par ligne, le contrat social passé par nos ancêtres, pour en redéfinir tant bien que mal un nouveau.

Le contrat social, notamment en France et dans la plupart des anciens systèmes monarchiques (à l’exception de la Suisse qui a amorcé ce tournant il y a plusieurs siècles), a culturellement été le suivant : un pouvoir central relativement fort assure l’ordre et la survie du peuple.  En échange de ces garanties, le peuple accepte de ne pas maîtriser son destin, de ne pas jouir pleinement de sa liberté (ni d’assumer les responsabilités et les risques qui vont avec).

Evidemment il y a plein d’exceptions.  Mais on voit quand même, AMHA, une tendance massive allant dans ce sens là depuis des siècles.

Ainsi, malgré la Révolution et malgré le fait que nous sommes dans une forme de gouvernement dite « démocratique », en France le peuple n’est PAS souverain.  C’est le pouvoir central, divisé en trois branches (législatif, exécutif, judiciaire) qui l’est.  (Dans les faits, j’ajouterais un 4e pouvoir à ces trois branches : le pouvoir financier, qui est intimement lié à la souveraineté de l’Etat comme l’était auparavant le pouvoir Religieux.  Mais c’est un autre débat.)  Le pouvoir central, l’Etat souverain, délègue des petites parties de son pouvoir, au compte-goutte, à des gens qu’il cherche à contrôler par tous les moyens par ailleurs.  On le voit très clairement avec les fonctionnaires de police ou les gendarmes qui ont tellement souvent « l’honneur de rendre compte » qu’ils osent de moins en moins utiliser la force, même quand c’est justifié (ce qui n’empêche pas qu’il y ait des abus par ailleurs, mais c’est encore un autre débat).

Le peuple, dans les faits, ne décide de rien…  ou presque.  On lui donne l’illusion du choix via des élections qui reviennent, pour faire un parallèle avec les échecs, à avoir collectivement le droit de jouer deux pions tous les cinq ans, alors que le pouvoir central joue librement ensuite en touchant toutes les pièces, y compris les nôtres, le reste du temps.

Jusque là, ça tenait plutôt bien.  via le contrôle de l’information, via le contrôle de la formation, aussi, les Etats arrivaient à formater suffisamment bien les esprits pour que tout ça tienne à peu près.  Ca ne se faisait pas forcément de manière délibérée ou consciente (on en parlera plus loin).  Mais ça revenait de facto à cela.

Mais de nos jours, il y a une grosse couille dans le potage.  Devant la faillite de plus en plus réelle de l’Etat à assurer ses fonctions et à remplir sa part du contrat social (assurer la survie et le bien-être du peuple), les gens se questionnent.  Une frange, d’abord minime et marginale, de la population s’est intéressé aux compétences nécessaires pour vivre bien sans le concours de l’Etat.  Menacé dans son rôle, et de fait dans sa survie, l’Etat réagit depuis quelques années en limitant graduellement les libertés d’action de chacun.  Il le fait par la législation, et massivement par la normalisation d’absolument tout.  Tout devient normé, standardisé, compliqué à un point qu’il est nécessaire de faire appel à différentes strates de spécialistes (du juriste au normo-compétent) pour mener à terme n’importe quel projet.  Installer un cabanon de plus de 20 mètres carrés ou une piscine dans son jardin devient un véritable parcours du combattant.  Créer une entreprise est devenu un chemin de croix.  La faire survivre trois ans, un exploit…  Tous ces mécanismes sont des tentatives systémiques, pour l’Etat, d’assurer sa survie.  Et ce qui est splendide dans cette structure tricéphale est qu’aucun acteur central n’a la capacité de prendre la décision de nous pourrir la vie de manière cohérente et structurée.  C’est un système auto-organisé tout bête, reposant sur un algorythme ultra-basique : chaque fonctionnaire, cherchant à maintenir son emploi, a des comportements qui orientent, globalement, le gros Titanic vers une réduction progressive de la marge de manoeuvre des « contribuables ».

« Un citoyen sans fusil n’est qu’un contribuable ».

Oui, je sais, ça va en choquer plusieurs.  Mais tenez bon deux secondes, je vais expliquer le fond de ma pensée ;)

(et non je ne pense pas qu’il soit sain que tout le monde en France ait accès librement aux armes à feu aujourd’hui…  ça marche en Suisse, avec la culture Suisse…  en France, je n’y crois juste pas)

La différence fondamentale entre le citoyen et le contribuable, ça n’est pas le fusil.  C’est le droit d’en avoir un.  Et ce droit existe uniquement quand il n’est pas supprimé par un pouvoir central.  Un contribuable n’a pas de pouvoir.  Il n’a pas le droit d’exercer du pouvoir, ni des responsabilités.  Il peut batifoler à l’intérieur d’un cadre normatif et juridique strict, défini par le législatif, imposé par l’exécutif, mais n’a ni le droit ni le pouvoir d’influencer ou de changer ce cadre législatif.  Ni par le dialogue, ni par la force.

Le fusil, le fait de pouvoir posséder un fusil, c’est avant tout le symbole de cela.  Un gouvernement qui autorise son peuple à devenir un réel contre-pouvoir jusque là est, de fait, dans une position de dialogue et de respect mutuel avec le peuple.  Et le fait d’interdire au peuple de s’armer constitue, dans les faits, bien plus un désarmement moral et symbolique qu’un désarmement réel.

Et donc les gens, à l’intérieur de ce cadre légal, se remettent à vouloir toucher à leurs pièces.  Ils se mettent à questionner le cadre.

Pas un repas entre amis, pas une réunion de famille, pas un seul moment passé en groupe, depuis que je suis arrivé en France, qui ne se termine pas en critique massive du système.  Depuis exactement 14 ans, j’entends les mêmes ras le bols…  et petit à petit, plutôt que de lancer une révolution violente, tous ces gens se mettent à bricoler dans leur coin.  Chacun à leur manière, mais avec tous, sans le savoir, ce même esprit de réappropriation au fond du coeur.  Au creux des mains.

Les gens veulent reprendre le pouvoir sur leur vie.  Et les exemples foisonnent :

  • les magasins de bricolage et d’outillage voient leurs chiffres d’affaire exploser depuis plusieurs années…  au début on a cru que c’était à cause du coût de la main d’oeuvre, mais c’est plus que ça.  C’est aussi parce que les gens veulent construire leurs trucs eux-mêmes, selon leur goût…
  • les cours de self-défense se répandent et se démocratisent (avec toutes les dérives possibles, évidemment) : les gens ne veulent plus dépendre de la police pour assurer leur protection, parce qu’ils sont bien conscients qu’elle ne peut pas tout faire, et qu’elle ne peut pas être partout…
  • les gens se remettent au tir…  et pas uniquement pour faire des trous dans du carton.  Ils veulent apprendre à tirer pour avoir une arme en règle à la maison.  Pour pouvoir chasser et se défendre au besoin.
  • les gens se remettent à faire pousser des trucs chez eux.  Les micro-élevages de poules sont en train d’exploser.  La permaculture, l’agriculture bio et les AMAP foisonnent…
  • les gens s’intéressent aux médecines alternatives, essaient de comprendre (parfois maladroitement, et les charlatans en profitent) comment fonctionne leur corps, comment se soigner…  parce qu’ils voient dans la médecine occidentale trop de chimie profitable aux labos, et pas assez de bienveillance…
  • les gens se mettent à faire du sport chez eux : la réussite de l’ouvrage d’Olivier Lafay sur la musculation sans matériel en atteste aussi…  Pour les autres, ils quittent de plus en plus les salles de gym traditionnelles et se remettent à faire des activités dont la philosophie est davantage « open source » : libre et ouverte.  Le crossfit (malgré ses dérives commerciales) est issu de ce genre de mouvement où des gens ont voulu « hacker » leur préparation physique et se la réapproprier avec du matériel facile à trouver (les débuts du crossfit, c’était des pneus usés, des masses, des câbles…  de temps en temps un train arrière de pick-up…  beaucoup de matériel de récupe avec une méthodologie qui envoyait valser tous les principes théoriques au profit du constat empirique que ça fonctionnait bien !) ;

Bref…  déçus par l’immobilisme et parfois l’aspect un peu perverti de beaucoup d’institutions, d’activités, de branches de leurs existences, les gens bricolent, inventent, et partagent leurs trouvailles via les réseaux sociaux, Internet, et autre.  Et cette possibilité de diffuser internationalement ses trouvailles (et ses selfies débiles aussi) permet non seulement à des communautés d’esprit très étendues de se rencontrer, mais aussi à une coopération globale d’émerger pour régler des problèmes bien concrets…

Les gens, grâce à ce partage et à cette mise en commun, retrouvent du pouvoir sur leur vie…  et donc plus de liberté.

Internet est probablement sur le point d’être de plus en plus contrôlé un peu partout dans les pays centralisateurs…  ça se fera comme toujours pour de bonnes raisons, avec des effets secondaires et des dommages collatéraux inacceptables que la majorité fera semblant d’accepter.  Mais les alternatives sont déjà en marche.  Les peuples ont goûté à la liberté…  et les Etats qui survivront à cela seront ceux qui participeront à ce mouvement.  Pas ceux qui tenteront de l’étouffer.

Le monde est désormais open source.  Le monde est désormais « bottom up ».  L’avenir de l’humanité commencera tout en bas de la pyramide, et il poussera en cercles bienveillants sous la structure.  Ces cercles de « 5% » seront là quand les gros édifices étatiques fonderont comme autant d’icebergs au soleil.

J’espère que cette bascule se fera sans trop de heurts.  Je crains que la crise ne soit rude.  Je crains que beaucoup de résistances des Etats provoquent des ruptures et des confits.  Je crains que l’apparente absence de pouvoir central ne tente certains de reconstruire un pouvoir central qui leur plairait mieux.  Peut-être que le cycle recommencera.  Peut-être que j’ai tout simplement tort sur tout la ligne.

L’avenir nous le dira…

Ce que je sais, c’est que les centaines de personnes qui viennent en stage chez moi tous les ans ont exactement tous cela en commun : ils veulent des outils pour se tenir debout tous seuls, et ainsi pouvoir contribuer à la société de manière citoyenne et solidaire.  Parce que paradoxalement, la solidarité est alimentée par l’autonomie de chacun.  Quand chacun a plus de solutions que de problèmes, il peut donner un peu de ses solutions à ceux qui en manquent…  ;)

Messieurs, mesdames les chefs d’Etat, jes grands de ce monde, je vous en supplie, comprenez la lame de fond qui est en marche.  Ce changement est déjà en marche.  Ce monde a déjà changé.  Il est de votre responsabilité d’accompagner ce tsunami avec lucidité et bienveillance…  il faudra tout réinventer graduellement.  J’espère que nous y arriverons, à l’échelle planétaire, pour le bien commun de tout ce qui vit sur cette petite, ridiculement petite, planète.

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Au delà de l’ennemi…

Ce texte est du réchauffé d’un post que j’avais commis dans un fil de discussion du forum.

Nous discutions, en 2008, de la violence et des barrières psychologiques à celle-ci.  Nous évoquions la nécessaire « rupture d’empathie » nécessaire au fait de faire du mal à un agresseur, et du fait qu’il soit difficile de faire du mal à un de nos semblables pour la plupart des gens.  L’ami Sielwolf  (Christophe Jacquemart, auteur des magnifiques ouvrages « Neurocombat » dont je recommande vivement la lecture) disait ceci :

Il y a donc une sorte de mur à traverser pour parvenir à arrêter l’autre physiquement. C’est un point de non-retour à partir duquel le défenseur ne peut plus se permettre de compassion en raison de la menace à laquelle il est confronté. Suivant les personnes, la détente est plus ou moins sensible. Mais à ce point critique, le cerveau doit accepter de ne plus considérer l’agresseur comme un « frère humain », mais comme une menace à écrabouiller.

A ceci, je répondais ce gros pavé…

On sent dans ton analyse une TRES fine compréhension psychologique de la violence, et des prérequis pour y faire face.

J’apporterais juste un petit bémol…  Avec vraiment l’habitude, et une fois que les barrières sont réellement tombées et qu’on peut réellement cogner sur n’importe qui sans en avoir quoi que ce soit à branler, il se passe un truc bizarre : on n’a plus réellement besoin de déshumaniser pour cogner.  Et là on peut rester lucide tout en cognant…  et ça aide, paradoxalement, à s’arrêter à temps…  SI ON CHOISIT DE LE FAIRE (ce que je fais, par principe et non plus de par l’aveuglement du stress).

Sinon quand on s’est préparé, qu’on a été vigilant, qu’on a vu venir la m*rde, qu’on a tenté honnêtement de l’éviter, qu’on a cherché à fuir, à désamorcer, à s’excuser d’être une sous m*rde et que ça démarre quand-même…  un moment donné on s’est tout de même construit une solide bonne conscience pour cogner parce qu’on sait qu’on n’a plus le choix.  Et si en plus on réussit à s’arrêter immédiatement quand l’agresseur n’est plus une menace, sans s’acharner…  franchement je ne voir pas trop où est le problème.  Je n’ai plus besoin de justifier grand chose. 

Je pars du principe que j’ai réellement le droit de cogner pour survivre.  Pire…  je pars du principe que je n’ai pas le droit de laisser un mec me faire la peau ou nuire à autrui sans faire tout ce que je peux pour m’interposer.

J’aimerais essayer de partager avec vous ma compréhension des raisons qui poussent les gens à nous cataloguer dans diverses boîtes fort peu enviables du genre « furieux », « rambos », « fachos », « paranos », etc.

La psyché humaine est ainsi faite qu’elle sait parfaitement bien se défendre contre les informations trop dérangeantes, anxiogènes ou inquiétantes… et là c’est parfois fort compliqué, mais le « moi » se défend contre les agressions du monde réel en distordant la réalité au besoin.  Beaucoup de gens, et pour des raisons diverses, ne veulent pas intégrer à leur modèle mental les atrocités dont sont capables les êtres humains sur d’autres êtres humains.  Au moment où il faut percevoir la réalité de ces choses horribles, on se trouve devant un choix inconscient, en fait : soit on accepte que ça existe, et à partir de là on entre dans une phase d’anxiété où on découvre un problème potentiel mais où on n’a pas de solution…  soit on décide que ça n’existe pas, pour une raison X ou Y.  Et si inconsciemment on fait le choix de ne pas accepter la réalité de ces horreurs, toute la psyché doit s’organiser de manière à ne pas contredire ce choix.  Les personnes qui expriment la réalité de ces horreurs deviennent donc des paranos à nos yeux.  Ou alors des vendeurs de sécuritarisme qui veulent s’enrichir sur la peur des gens (même si ce type de personne existe réellement).  Ou alors des fachos qui rêvent secrètement de casser du bronzé.  Ou alors ceci ou alors cela…  

Pour les personnes qui ont réellement assisté, participé ou vécu de près des scènes d’horreur, de violence plus ou moins extrême ou autre…  la réalité de ces horreurs s’impose d’elle même.  Ils savent que ça EXISTE (ou alors ils entrent en phase psychotique aïgue qui se résoudra d’une manière ou d’une autre).  Il leur reste à choisir s’ils acceptent d’y être impliqués un jour personnellement ou pas.  Et certains refusent d’être mêlés à ça.  Tout simplement.  Ils décident, ils optent pour l’évitement permanent, la fuite, la prévention…  et refusent/refuseront d’aller au contact si la m*rde vient vers eux.  C’est un choix.  C’est même un choix qui peut tenir la route pour certains…  tout dépend de la construction de leur personnalité, de l’organisation dans laquelle ils s’inscrivent (ex.: la Croix Rouge qui se protège dans les zones de conflits en ne prenant pas du tout parti donc en n’agressant jamais personne même pour se défendre), ou de leur système de croyance.  Plusieurs religions prônent en effet la non-violence absolue, tendre l’autre joue, etc.  Je respecte totalement ce type de choix, dans la mesure où c’est un choix CONSCIENT…  et non pas entièrement le produit d’un déterminisme inconscient.  Mais généralement ces personnes vont tenter d’ARGUMENTER l’approche de la protection personnelle, de faire comprendre, sans pour autant toujours supposer que leur approche est meilleure.  Ceci dit ces personnes, non-violentes par choix culturel, idéologique, religieux ou politique, ont parfois aussi tendance à nous cataloguer parmi « les violents »…  donc dans le « camp d’en face », en quelque sorte.  J’ai souvent fait face à ce problème en fac d’anthropologie ou en fac de psycho, où les gens se positionnaient entièrement dans une approche relativiste…  mais c’est un autre sujet.  La perception de leur propre capacité physique à se défendre est souvent un facteur déterminant dans le choix de la non-violence, soyons-en conscients.  J’ai souvent vu des petits peureux non-violents changer radicalement d’attitude le jour où ils se sont retrouvés mieux armés que le mec en face.  Mais ça c’est aussi une autre histoire.

Ensuite, on trouve les pires…  ceux qui ont A LA FOIS fait le choix idéologique/politique/religieux/organisationnel de la non-violence et qui EN PLUS nient la réalité de la violence et organisent toute leur psyché pour ne pas contredire ce mécanisme de défense du moi.  Ceux là, pour moi ce sont les pires parce que non seulement ils ont l’intensité des psychotiques, mais en plus ils ont des arguments en béton et ils peuvent te démontrer violemment par A + B que t’es le dernier des connards, un gros facho qui s’ignore et que tu devrais réellement te faire soigner avant de tuer quelqu’un qui voulait juste te demander l’heure…

Ca vous rappelle quelqu’un ? ;D

On ne veut pas de noms…  mais nous en avons tous rencontrés.

Le fait est que l’approche globale de la self que nous abordons et développons ici est une entité vaste et complexe.  C’est un état d’esprit.  C’est une façon globale de voir le monde, de refuser de subir, et de se laisser déterminer la gueule par le destin quoi…  Pas étonnant que les mecs (ou les nanas) qui sont impliqués dans une démarche de self soient généralement aussi les mêmes qui aiment bricoler leur bagnole eux-même, qui s’intéressent au jardinage ou à la bouffe bio, qui versent dans la survie nature, la connaissance de la médecine, une bonne hygiène de vie…  Le point commun à tout cela est double : une conscience du fait que la réalité peut parfois nous savater la gueule, et le refus de subir ce savatage sous prétexte que c’est comme ça, et c’est tout…  ;)

Refuser de subir.  Etre maître de son destin.  C’est juste ça l’idée.  Prolonger sa vie.  Prolonger LA vie, éventuellement…  

Tout ça, ça commence par penser librement.  Ne pas se laisser catégoriser ni orienter.  Ne pas être docile.  Ne pas être apprivoisé.  C’est ça, pour moi, la « vie sauvage ».  C’est ça le concept fondamental.  Et non, ça n’a rien à voir avec la paranoïa.  Ni avec l’envie de faire mal aux gens, même si c’est justifiable.  J’ai savaté assez de mecs pour savoir qu’après la peur, le soulagement, le rush d’endorphines qui accompagne le constat qu’on a survécu, et les longs moments passés à revivre la scène encore et encore, il reste à tout cela un arrière goût de « faut pas faire ça si on peut faire autrement ».  Mais aussi la certitude que j’ai le droit et la capacité de me défendre…  et donc d’être maître de mon destin dans une mesure la plus large possible.  

Je pense que notre irritation s’adresse en fait surtout à ceux qui souhaitent nous remettre le nez dans le déterminisme débile, dans l’inéluctabilité du destin, dans le fait que c’est comme ça et pis c’est tout…  Je pense que toi comme moi souhaitons avant tout cette liberté profonde qui se paye au prix de la responsabilité, de la conscience et des efforts… 

Black and white buffalo

The buffalos used to say « do what you do »…

Les gens sont beaux quand ils font ce qu’ils font. A la fois simplement et vraiment. Sans pensée parasite. Sans envie d’être ailleurs. Sans fil à la patte.

Après quelques années passées à emmener des adultes (théoriquement sains d’esprit) se priver de pratiquement tout confort, j’ai pu voir plusieurs types de motivations pour le faire pleinement et en profiter. Et aussi tout un tas de moyens d’y être sans vraiment y être. Tout un tas de prétextes pour garder un pied dans le truc, et aussi un pied dehors, dans un moment d’entre deux chaises parfaitement inutile et chiant pour tout le monde.

Mon but ici n’est pas de stigmatiser qui que ce soit ou de faire culpabiliser les gens qui ont du mal à faire un truc pleinement. Bien au contraire. Mon but ici est de leur permettre de le faire plus souvent. De se libérer de ces petites contradictions qui font qu’ils pensent à la maison quand ils sont au boulot, et qu’ils pensent au boulot quand ils sont à la maison. De s’affranchir de tous ces petits soucis à régler qui empêchent de dormir.

  1. On ne doit pas tout faire. Parfois il faut déléguer. Parfois il faut abandonner un projet même si on y a déjà investi de l’énergie, parce que ça bloque pour une connerie. Parfois il faut procrastiner. Mais il ne faut jamais culpabiliser. Même si les raisons de culpabiliser sont nombreuses (regard d’autrui, objectifs persos, idéaux, …). La culpabilité est une contradiction entre ce qu’on fait et ce qu’on voudrait faire. On pense « devrait » mais en fait c’est bien « voudrait ». On choisit de devoir faire des choses. On peut aussi vouloir faire moins de choses…
  2. On peut faire une chose à la fois, et pas plus. On peut changer de tâche rapidement et en permanence et se donner l’impression qu’on éteint tous les feux en même temps, mais les faits sont têtus : quand on « multitaske » on fait de la merde, et on la pond lentement. Le tout en s’épuisant. Limiter les tâches. Prioriser les plus utiles stratégiquement. Séquencer intelligemment. Puis se concentrer.
  3. Il y a un temps de planification et de réflexion incompressible, et il est utile de se l’accorder régulièrement. Quand on n’a plus le temps de réfléchir, quand on n’a pas cinq minutes pour penser, typiquement c’est là que les vrais cercles vicieux commencent. « Qui agit par contrainte perd la faveur du ciel… »
  4. Quand je mange, je mange, quand je dors, je dors. Ce vieil adage du bouddhisme zen semble si évident qu’on pourrait croire qu’on le fait déjà tout le temps. Pourtant, la vraie concentration, stable et douce, sur ce qu’on fait au moment où on le fait ouvre un univers insoupçonné de richesses et de bien être. Plusieurs auteurs et chercheurs sont actuellement en train de réinventer la roue et de redécouvrir ces vieilles sagesses en appelant tout ça du « mindfullness ». De la pleine conscience. Même si c’est à la mode, même si c’est un peu bobo, ça marche vraiment.

Do what you do…

JeSuisVenuEnPaix

Lettre ouverte à cette gentille dame qui a visiblement eu une mauvaise journée…

Je suis venu en paix :)

Je vais vous épargner l’essentiel des détails (sic !).  Mais une petite mise en contexte d’impose, pour poser la réflexion :

Je suis au volant, je suis sur la file de gauche.  C’est assez dense sur la file de droite et je dois me démerder pour me faufiler pour prendre une bretelle qui se trouve à 400m.  Et évidemment malgré le clignotant et les tentatives de communication par la trajectoire de ma voiture, tout le monde fait la sourde oreille et referme les interstices.  Du coup je suis comme un con sur ma file de gauche avec mon clignotant.

Bon.  Jusque là, que des emmerdes normales, me direz vous.

Et là y’a madame « oh tu bouges ton cul » qui se pointe derrière moi et qui met un grand et long coup de klaxon.  On sent le truc libératoire.  La catharsis de l’avertisseur.  Limite je pose une grosse pêche trop longtemps contenue.

Quand on m’interpelle violemment comme ça — et oui je suis un peu vieux jeu — mon premier réflexe est de faire un petit examen de conscience pour voir si, par mégarde, j’aurais pas fait une grosse connerie.  Pour le coup j’ai beau chercher, je vois pas trop.  J’ai, en fait, juste ralenti à la vitesse maximale autorisée (la moyenne du trafic étant 20 km/h au-dessus) et je cherche un trou dans la file quoi.  Depuis allez…  10 secondes.

Pendant que je me demande quelle connerie j’ai faite tout en continuant à chercher à libérer la place, madame remet un coup d’appel de phares, et encore un coup de klaxon.  Et elle fait mine d’emboutir ma bagnole et freine au dernier moment.  J’accélère un coup, de peur qu’elle provoque un accident.  Au final je loupe ma sortie — vu qu’apparemment c’est le plus con qui a raison — et arrivé un peu plus loin je me range sur la file de droite pour la laisser passer. Et là elle remet en me doublant façon Mario Andretti un grand coup de klaxon, et me sort un beau majeur bien énervé au passage, du côté conducteur.

Forcément, j’avoue, ça m’a un peu gonflé.  Et ça m’a fait réfléchir, pendant les 20 minutes perdues à reprendre mon chemin à cause du détour choisi pour éviter l’accident.

La première réflexion, c’est que je suis un mec vraiment zen.  Et heureusement pour elle… :)  La seconde, c’est une réflexion plus large sur ce qui fait que je suis un mec zen.

C’est vrai.  Pourquoi je n’ai pas tout simplement décidé de la suivre jusque chez elle pour lui faire payer son insolence et lui donner une leçon ?

A vrai dire c’est simple.  Même si j’ai techniquement et physiquement les moyens de faire subir aux gens les pires atrocités, en réalité j’ai intégré un cadre éthique.  Ce cadre éthique repose sur une règle simple, qui veut qu’on vive ensemble en respectant tous des codes et des règles qui évitent qu’on doive être le plus fort pour faire valoir ses droits.  En gros, tout le monde fait globalement attention à tout le monde, ce qui évite qu’on se mette sans arrêt sur la gueule pour avoir ce dont on a besoin.

Concrètement, du coup, cette histoire de voiture c’est l’histoire d’un mec qui a les moyens d’être grosso modo le roi du pétrole dans un contexte où la loi du plus fort s’appliquerait, qui (mammifèrement parlant) s’écrase devant quelqu’un qui a tout intérêt à ce que les règles de respect mutuel soient respectées…

Alors voilà.  Suite à cette « agression » symbolique, j’ai juste envie de rappeler aux gens à quel point l’ensemble des règles qui nous lient entre nous — et qui préviennent qu’on règle ce genre de différends à coups de barre de fer ou de kalash — sont précieuses.

Je pense qu’à force d’avoir trop grandi dans un cocon de ouate parfumé, beaucoup trop de gens ont tendance à oublier « comment ça pourrait être ».  Je pense qu’à force de ne pas avoir vu de pays en guerre, de gens s’entretuer, d’humains mutilés et marqués sur plusieurs générations parfois…  les gens ont tendance à oublier à quel point ce qu’on a, là, est fragile et important à préserver.

A chaque fois qu’on agit comme si on était plus important que tout le monde (en voiture ou ailleurs hein), à chaque fois qu’on abuse du système, à chaque fois qu’on fait ce genre de merdes, non seulement on appauvrit tout le monde, mais bien pire : on use la confiance que les gens ont dans les autres, et de fait on contribue à détruire, à bas bruit, petit à petit, les fondements même de notre civilisation.

Et croyez moi…  vous ne voulez pas voir ça.

Apprenez à vos enfants à dire bonjour et merci.  Montrez leur à se bouger le cul pour avancer.  Montrez leur qu’on peut coopérer avec certaines personnes, et que certains autres non.  Montrez leur l’intérêt concret d’avoir des règles de vie communes.  Montrez leur à quoi ça sert…  et si vous ne le savez pas vous-mêmes, songez-y un peu ;)

nerfs

Je suis un être libre, et je vais rester poli.

(ce titre est une citation de Gérard Depardieu, un être qui a sans doute plein de défauts mais dont la lâcheté ne fait certainement pas partie…)

Encore une journaliste au téléphone ce matin.  Toute dynamique, speed, pro. Parisienne.  Et en même temps un peu mielleuse.  Du genre qui pue le piège.  Elle veut qu’on fasse un truc pour M6, machin machin, alors elle adore ce qu’on fait, tout ça.  Et elle veut faire un reportage sur les survivalistes.

Et là je gueule dans le téléphone.

- STOOOOOOP !

Silence de quelques secondes et elle reprend, pensant que j’avais dû gueuler sur quelqu’un d’autre.

- Et donc en faisant des recherches sur Internet j’ai p…

- STOOOOOOOOOOOOOOP !

- C’est à moi que vous parlez comme ça ?

- Oui c’est à vous que je parle comme ça.  Apparemment c’est le seul moyen de vous faire lâcher vos catégories mentales pourries.  J’ai votre attention ?

- Euh…  oui mais c’est pas la peine de…

- STOOOOOOOOOOOOOOP !

Elle a un petit rire gêné.

- Je vous écoute.

- Merci.  Donc je vous arrête tout de suite, je ne suis PAS et je ne serai JAMAIS un survivaliste.  Et même si selon certains j’ai les traits et les caractéristiques pour être considéré comme tel, je REFUSE d’être catalogué de cette manière.  Ou d’une autre, d’ailleurs.  Eventuellement à l’issue de ce coup de téléphone vous aurez le loisir de me catégoriser « gros connard » mais vous ferez ça en privé.

(je dis ça sur un ton rigolard histoire de compenser mes hurlements, hein, chuis humain…).

- Euh il n’est pas question de vous cataloguer monsieur je…

- Je voulais juste faire un sujet sur les survivalistes, c’est ça que vous alliez dire pas vrai ?

- Euh, mais…

- Mais quoi ?

- Donc si je comprends bien vous ne voulez pas nous recevoir ?

- Bah si.  Si vous voulez parler de ce que je fais vraiment, je veux bien mais vu que votre sujet est déjà tout écrit à l’avance et que vous voulez le vendre à une émission bien précise avec une ligne éditoriale de merde, à la limite on s’en fout de qui on met dedans pourvu que ça colle à ce que votre boîte de prod a vendu.  Pas vrai ?

- Mais…

- Mais ?

- Euh…

- Oui voilà.

On a raccroché en se promettant de belles choses, et dans l’attente de pouvoir avoir le plaisir cordial de travailler ensemble, de manière professionnelle pour faire, à travers le 4e pouvoir que représentent fort heureusement les médias, oeuvre citoyenne en renforçant l’estime qu’ont les Français pour leurs institutions :)

Je vais le dire en un mot comme en mille.  J’en ai ras la touffe.  Ras la touffe que des gens — et pas que les journalistes hein !! — se permettent de foutre une étiquette dans le cul des autres sans leur demander leur avis.

Savez quoi ?  En ce qui me concerne,  je préfère quand on m’insulte directement.  Au moins y’a souvent un fond de vrai.  Mais de me faire étiqueter putain…  ça me fout le blues.  Ca me fait perdre espoir dans le genre humain, même.  Ca nique ma foi dans mes congénères.  Et Dieu sait qu’elle est précieuse, cette putain de foi.  Parce que sans ça, je pourrais vite devenir bête et aigri aussi.

Quand je réagis avec colère au fait qu’on me catalogue (de cette manière là ou d’une autre hein, peu importe ça me dresse le poil à chaque fois, même et surtout quand c’est une catégorie « flatteuse »), les gens demandent généralement « pourquoi » ?

PARCE QUE VA TE FAIRE FOUTRE.  VOILA POURQUOI.

On sera potes quand t’auras compris qu’on n’enferme pas les gens qu’on respecte dans des petites boîtes.

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Débugger la culture occidentale – épisode 3

La méthode cartésienne avait du bon...  mais on l'a clairement poussé trop loin ;)
La méthode cartésienne avait du bon… mais on l’a clairement poussée trop loin ;)

« Un être humain devrait savoir changer une couche-culotte, planifier une invasion, égorger un cochon, manœuvrer un navire, concevoir un bâtiment, écrire un sonnet, faire un bilan comptable, monter un mur, réduire une fracture, soutenir un mourant, prendre des ordres, donner des ordres, coopérer, agir seul, résoudre des équations, analyser un nouveau problème, répandre de l’engrais, programmer un ordinateur, cuisiner un bon repas, se battre efficacement, et mourir bravement. La spécialisation, c’est bon pour les insectes. »

– Robert A. Heinlein

(Dans le dernier épisode, je parlais de la génèse de nos intentions, et du fait qu’elles sont généralement beaucoup plus floues qu’on ne le croit, et constituées de tout un tas d’influences internes et externes (ce qui ne nous retire en rien notre responsabilité de ne pas faire certaines choses…).  

(Dans l’épisode avant ça, je parlais du rôle de la culture dans nos sociétés, et je faisais un parallèle entre elle et les systèmes d’exploitation de nos ordinateurs.  Je blablatais aussi un peu au sujet de l’opérateur logique « et », qui mérite plus de place dans nos têtes et dans nos habitudes logiques…)

Aujourd’hui,  Descartes et ses méthodes.  Enfin.  On va pas tout jeter, quand-même…  René Descartes a été l’un des plus grands penseurs Occidentaux, et pour cause.  Il a fait progresser nos connaissances et (surtout) nos méthodes de travail/pensée d’une manière prodigieuse.  Mais deux trucs qu’il a pondus / popularisés sont devenus des bugs considérables dans notre culture, notamment parce qu’on les a un peu trop pris au pied de la lettre…  et institutionnalisés.  Petit à petit.

Nous devons réapprendre à penser aussi le monde en termes de liens entre les trucs.

Le découpage des problèmes en petites bouchées comestibles, tel que proposé par Descartes dans son fameux discours sur la méthode, est une brillante manière de creuser certaines parties d’un sujet pour éviter de négliger des détails.  Et ça n’est pas tant cette méthode (qui peut être salvatrice dans un certain contexte) que je considère comme un bug.  C’est plutôt le fait qu’on a pris la sale manie, suite à ça, de trop découper le monde en petits morceaux super précis.

On vit quand même dans un monde où on mesure le prestige d’un spécialiste à l’étroitesse de son champ de connaissance.  Plus c’est étroit, plus c’est réputé profond, et plus c’est prestigieux, en gros.  Comme si les chercheurs étaient des produits, et que leur rareté était synonyme de valeur.

Ah mais attendez, y’aurait des questions de pognon et de pouvoir derrière tout ça aussi ?  Ah merde…  que je suis naïf :)

Mais le fait est qu’on découpe tout.  On analyse tout.  On segmente.  On compartimente.  On adore ça.  C’est notre truc, nous, les Occidentaux, de tout coller dans une petite boîte, de tout nommer, de tout ranger à sa petite place.  Et de distinguer les parties des problèmes bien clairement.

Le focus au bout des lunettes.

Un jour, je vous passe les détails, je suis allé consulter un généraliste pour un problème à l’anus.  J’avais pris RV, tout ça.  Et là le mec sort de son cabinet et appelle un nom mais on l’entend mal.  Et là il demande à sa secrétaire « Marion, s’il vous plaît, vous savez si mon anus de 14h est arrivé ? »…

La secrétaire s’est figée et elle a toussoté en le fixant d’un air gêné.  Il a compris sa bourde tout de suite…  et il s’est platement excusé. Et je ne me suis pas privé pour en rajouter une couche (genre je me lève et je souris en disait « c’est moi le trou du cul »…  moment de solitude pour le médecin LOL). Mais bref.  L’intérêt de l’histoire, c’est d’illustrer son découpage mental.  C’était un mec très compétent et humain.  Simplement il avait l’habitude MENTALE de traiter des cas, des parties anatomiques, des bobos…  pas des gens.  Pas des humains avec une vie, un régime alimentaire trop riche en piments, etc.

On a l’habitude, culturellement, de fonctionner comme ça.

Quand on a mal au dos, on va voir un spécialiste du dos.  Un mec qui sait foutre des plaques en métal avec des vis aux bons endroits dans les vertèbres pour que ces dernières arrêtent de comprimer les disques et les nerfs.  Et c’est sûr que ça marche bien, le nerfs sciatique est tranquille, forcément…  On a réglé le problème local, du coup ça nous confirme que le modèle fonctionne.  Sauf que quand les lombaires sont coincées par des plaques de métal, de temps en temps y’a les genoux qui trinquent (bah oui parce que le bassin est fixé au bas du rachis, du coup les fessiers bossent moins quand on se penche, on compense avec les quadriceps pour ne pas tomber en avant, etc.).  Et là on va voir un spécialiste des genoux, qui prescrit des anti-inflammatoires.  Et puis ça nous nique l’estomac, alors on va voir un gastro-entérologue…  alors que tout ce temps là, depuis le début on avait juste un problème d’intolérance au gluten qui causait des inflammations et des spasmes dans les muscles paravertébraux…  spasmes qui à force ont comprimé les disques et irrité les nerfs…  d’où les soucis de sciatique.

Est-ce que le spécialiste est quand même utile ?  OUI !  Bien entendu.  Quand on a des fractures aux vertèbres, c’est pas mal d’avoir sous la main un mec qui sait percer, relier, et réparer tout ça sans défoncer la moëlle épinière.  Mais le mec doit savoir aussi passer la main à ses collègues…

Bref vous voyez le topo.  Et surtout l’intérêt de voir les choses dans leur ensemble.  Et les choses dans leur contexte, aussi.  Plus on est spécialisé dans une partie d’un problème, plus on devient performant pour ça, bien entendu…  mais moins on arrive à voir les facteurs, causes et conséquences externes à notre champ de spécialité. (sauf si on fait l’effort d’élargir sa vision, bien entendu).  Le problème, du coup, n’est pas tant la capacité à se spécialiser que le prestige que ça permet, et tous les biais que ça engendre.

Les vrais grands, très grands spécialistes que je connais sont tous des êtres curieux, ouverts, et conscients du fait que leur spécialité s’insère dans un champ de compétence vaste, et dans tout un tas de problème enchevêtrés.   Ils sont conscients des liens entre leur champ d’expertise et le reste de l’univers.  Et c’est ce qui fait qu’ils sont si bons, en général.

Plusieurs sciences, plusieurs champs de recherche, de nos jours, ouvrent sur des perspectives d’intégration et de mise en relation des différentes parties d’un problème.  Et j’ose espérer qu’on va peu à peu sortir de ces querelles de clocher complètement débiles et stériles, qui peuvent à la base reposer sur une recherche sincère de faire progresser nos modèles mentaux des problèmes…  mais qui manque malheureusement cruellement d’ouverture d’esprit.

Un modèle tel que la médecine traditionnelle chinoise, qui AMHA repose essentiellement sur des observations empiriques (en piquant là ça produit tel effet, etc.), et qui a pondu un modèle explicatif sans rapport avec autre chose que ça ensuite, reste dans certains cas plus performant que la médecine occidentale de pointe parce que, justement, elle favorise une approche holiste et intégrative.  On cherche les causes des maladies dans les émotions, l’alimentation, etc, etc.  Et c’est surtout, je pense, ce balayage à large spectre des causes possibles de la maladie et une approche préventive qui font que le modèle fonctionne parfois mieux…  malgré un mépris total des observations (scientifiques, falsifiables, mesurables, documentées…) faites par les chercheurs occidentaux, voire un mépris total pour le fonctionnement réel du corps humain.

Le truc c’est que ça fonctionne quand même.  C’est juste qu’ils ne savent pas vraiment comment.  Ils ont un modèle auto-cohérent qui fonctionne…

Maintenant…  si au lieu d’opposer les deux modèles on était assez futés pour prendre ce qui fonctionne en médecine traditionnelle chinoise, et ce qui fonctionne dans nos approches dites scientifiques et cliniques ?  Si on cherchait à comprendre les rapports entre les émotions, les chaînes musculaires, la circulation lymphatique, les fascias, les méridiens ostéo-tendineux…  les rapports…  les liens…  comment tout ça s’articule.

Pour ça il faudrait accepter un changement de paradigme fondamental.  Et un changement dans la structure même de nos institutions médicales, scolaires, scientifiques…  Chaque spécialiste, chaque ponte, chaque grand chercheur ayant tout avantage à rester bien au chaud dans sa niche écologique, ça n’est pas demain la veille qu’ils pousseront spontanément vers une ouverture.

Pourtant certains, plus ouverts et moins frileux, vont dans ce sens.  Heureusement :)

C’est vrai aussi pour le corps et l’esprit

On sait maintenant que la conscience est une propriété émergeante du cerveau humain.  Elle n’a pas de siège précis dans le cerveau, elle est le fruit de l’intéraction complexe entre ses parties.   Elle est aussi, quelque part, immatérielle…  mais totalement conditionnée et modelée par la matière.  Et donc, les liens nombreux et étroits entre la teneur de notre conscience et notre corps sont un fait indéniable.  On ne peut pas séparer les deux.  L’esprit ne commande pas au corps, comme un pilote dans un cockpit.  Il n’y a pas un grand centre de décision mental, et un corps qui obéit.  En fait, c’est bien plus riche que ça…  or, toutes nos institutions, nos organisations, notre politique, notre manière de voir le développement logiciel…  TOUT dans nos cultures est fondé sur un centre décisionnel intelligent qui pilote le reste.  On conçoit le monde et l’articulation des choses comme ça.  Avec une volonté qui vient du centre, d’en haut, et qui descend.

Dans les faits, ça circule beaucoup plus…

Le corps dicte beaucoup de choses à l’esprit.

Mais on en reparlera au prochain épisode ;)

comment

Débugger la culture occidentale – épisode 2

Lors du dernier épisode, je vous parlais du rôle de la culture dans nos sociétés, et je faisais un parallèle entre elle et les systèmes d’exploitation de nos ordinateurs.  Je blablatais aussi un peu au sujet de l’opérateur logique « et », qui mérite plus de place dans nos têtes et dans nos habitudes logiques.

Aujourd’hui, seconde session de hacking culturel avec un autre énormissime bug dans notre manière d’appréhender le monde et les humains, et qui mérite un correctif pour permettre à plein de choses de mieux fonctionner.

Il est urgent de comprendre que les gens n’ont généralement pas vraiment d’intention (du tout) au moment où ils font de la merde.

Eh non.

Je suis toujours stupéfait quand je vois des parents qui engueulent leurs enfants en leur demandant sans arrêt « POURQUOI ».  « Pourquoi t’as fait ça ? »…  comme si dans leur tête un plan machiavélique avait germé, et qu’ils avaient sciemment décidé de faire un truc méchant dans un objectif de nuisance précis…

Le fait est que les enfants, tout comme les adultes d’ailleurs, n’ont généralement pas d’intention claire quand ils posent des actes.  Dans nos têtes, une intention claire, une volonté explicite, calculée et délibérée est, en réalité, plutôt rare.  Et il est beaucoup plus fréquent de faire des trucs en répondant sans trop y prêter d’attention à des stimuli internes ou externes.  Ces stimuli activent des réseaux de neurones qui sont couplés à des comportements donnés.  Et on agit.

Ah mais il est en train de nous traiter de cons en fait ?

Pas du tout :)  Et je suis le premier concerné par le phénomène.  Voici comment ça marche.

Notre cerveau est une machine d’une complexité incroyable.  Et comme toutes les machines complexes, elle est faite de plusieurs sous-systèmes et de plusieurs strates qui traitent et gèrent les données de manière parallèle et décentralisée.  Si un seul centre traitant toutes les informations devait harmoniser tout ça quelque part dans notre cerveau, nous aurions probablement une tête tellement énorme qu’il serait impossible de se déplacer.  Le rapport incroyable « intelligence / volume »  de notre cerveau est en réalité permis par cette organisation massivement parallèle et très décentralisée.  C’est un système imparfait, mais c’est le plus performant qu’on aie, vu la taille limitée de notre boîte crânienne.  

On sait également depuis un moment  que notre conscience est un phénomène qui émerge de la complexité de ce cerveau là.  Il ne semble pas exister de siège de la conscience dans notre cerveau.  Il n’y a pas une « aire de la conscience » dans notre tête.  Au contraire, notre conscience est faite de l’interaction de plein de zones du cerveau qui travaillent en parallèle et sans qu’un chef d’orchestre ne vienne diriger le tout.  En clair notre conscience est simplement le résultat d’un débat neurologique complètement chaotique, basé exclusivement sur les rapports de force entre les intensités de signal électrique…  Dans notre tête, c’est le sous-système qui gueule le plus fort qui a raison, en quelque sorte :)

Fascinant non ?

Résultat des courses, avec cette manière nouvelle de comprendre le cerveau et nos perceptions, on comprend mieux certains phénomènes.  On voit bien, par exemple, que si on a des dommages sur certaines zones précises du cerveau, on subit des troubles de la conscience absolument fascinants et farfelus.  Certaines personnes, suite à des avc par exemple, ne peuvent pas compter ou nommer les objets ou les gens qui se trouvent sur leur gauche, même s’ils peuvent les voir.  Dans d’autres cas, on ne sait plus situer les choses dans l’espace, mais on peut encore situer les gens, etc, etc.  

Notre pensée consciente, en fait, représente une infime partie des échanges neurologiques dans nos cerveaux.  Tout le reste a lieu « sans nous », sous la surface.  Et là on retrouve un concept freudien et une belle intuition du vieux barbu : l’inconscient.  

Nos neurones, de manière très riche et très complexe, trient, pré-mâchent, filtrent, catégorisent… infuencés par la conscience, par nos tâches, par notre état physiologique du moment, ils poussent ou retiennent certains influx nerveux, et organisent les informations pour qu’elles nous soient UTILES dans ce qu’on souhaite faire.

Une petite expérience pour illustrer…  Comptez les passes que se font les joueurs en blanc dans la vidéo.  Puis continuez à regarder… ;)

Et donc, tout ça pour dire que l’immense majorité de nos comportements, de nos gestes, de nos pensées, de nos paroles émergent de notre système neurologique comme des bulles dans une marmite.  Et plusieurs d’entre eux ne passent même pas par la partie consciente de notre système nerveux.  Quand au milieu d’un film on se lève pour aller faire pipi, puis qu’on passe par la cuisine et qu’on se prend un bout de fromage…  tout ça est lié à des états physiologiques et à des phénomènes psychologiques donnés, mais est-ce qu’on réfléchit dans le détail à quand on va y aller ?  Est-ce que la manière dont on tourne la tête est planifiée ?  Spontanément on prendra plutôt un bout de gâteau qu’un bout de fromage d’ailleurs, mais on s’interceptera et on se dira que le fromage c’est moins pire, etc.  Et tous ces comportements, activés par des stimuli internes ou externes, sont laissés passés ou pas par des circuits neurologiques qu’on appelle des inhibiteurs.

On retrouve là, dans une approche plus neuro-scientifique, la vieille intuition Freudienne du ça et du surmoi…  avec le blabla en moins.

Bien.

Maintenant, la France, en tant que nation, est issue d’une culture judéo-chrétienne.  Et même si nos institutions sont laïques, elles sont malgré tout construites sur des bases culturelles qui ont été fortement teintées par la religion Catholique.  Et dans ce genre de système culturel, le « péché », bien plus que l’acte lui-même, naît dans l’intention qu’on peut avoir de nuire.  De même, dans ce genre de système, on considère par tradition que les aveux sont une forme, en quelque sorte, de confession…  et que c’est le premier pas indispensable à l’absolution.  Et ainsi, dans le code criminel, un peu partout en Occident et dans les pays de culture chrétienne, on obtient facilement des peines moins lourdes si on plaide coupable…  parce que « faute avouée à moitié pardonnée ».  Parce que quelqu’un qui avoue son crime est réputé être doté d’intentions moins maléfiques que quelqu’un qui, en plus, nie et ment jusqu’au bout.

Dans les tribunaux, en France, on analyse les faits et leurs conséquences, bien sûr, mais seulement pour estimer le préjudice ou presque.  Et c’est bien plus l’intention de la personne mise en examen qu’on va juger, disséquer.  Et la violence psychologique énorme que vivent les personnes accusées à tort vient bien de là.  Le procureur les dépeint comme des êtres calculateurs, machiavéliques, qui ont planifié les moindres détails de la mise en application de leur plan maléfique…  on charge, charge, charge en faisant tout pour prouver non pas seulement la faute, le crime, le préjudice mais bien l’intention…

Or, même dans le cas des personnes qui ont réellement commis des crimes, l’intention réelle, pleinement consciente, calculée et entière n’existe pas.  Simplement, il n’y a pas eu interception, à un instant T, d’un comportement nuisible à autrui de la part des inhibiteurs.  Et cette « non-inhibition » peut s’expliquer de plein de manières, de l’absence totale d’empathie ou de cadre éthique à la simple inconscience du fait que cet acte pouvait faire du mal à quelqu’un.

Seuls les psychopathes construits psychiquement sur une structure perverse sont, en fait, capables de poser sciemment et consciemment un acte faisant du mal à autrui en sachant pourquoi ils le font.  Et cette motivation est simple : ça leur fait viscéralement plaisir.  Et dans ces cas là, notre système judiciaire est largement trop laxiste et trop mou.  Je pense en effet que la seule et unique solution curative pour ce genre de personnes est le décès, naturel ou « facilité ».  Par crainte d’une erreur de diagnostique, je recommanderais plutôt la réclusion à perpétuité, dans des centres spécialisés où ils ne pourront pas avoir de contacts avec des gens amenés à ressortir…  mais après on va me soupçonner d’être un méchant garçon de droite (ce qui est faux, je n’ai aucune affinité politique, ni avec la gauche, ni avec la droite, ni avec le centre, ni avec les extrêmes…  ma position politique serait « au-dessus » je pense…)

Mais je m’égare.  Hop.  Réactivation des inhibiteurs.  On se recentre :)

La morale de mon histoire, tout simplement, est que les gens ont rarement des intentions structurées, pleinement conscientes, et que plutôt que de chercher à comprendre POURQUOI les gens font ce qu’ils font, il est plus utile de chercher à comprendre COMMENT ils en sont arrivés à faire telle ou telle chose.  Et en comprenant les mécanismes, encore une fois, on arrive généralement mieux à faire changer les comportements.

D’autant que les gens, sauf cas pathologique rare, s’adaptent à leur environnement d’une manière absolument incroyable, au point de pouvoir changer complètement de personnalité en fonction du contexte.  Ca sera d’ailleurs l’objet d’un prochain épisode de la série « débugger la culture Occidentale » : la nature des gens…  mythe ou réalité ? ;)

La voie du guerrier

Muay BoranHier j’ai reçu un magnifique cadeau, de la part d’un de mes rares frères.  Ceux qui connaissent un peu la boxe Thaï apprécieront, les autres demanderont à quelqu’un qui sait ;)  C’est un cadeau hautement symbolique, et un grand honneur pour moi, surtout venant de ce vieux crocodile de brousse :) …  Et ça m’a fait grandement réfléchir, pendant l’heure et demie que j’ai passée sur la route en rentrant chez moi.

Pour la faire courte, hier j’ai passé la journée avec deux guerriers, au sens le plus noble du terme.  Deux mecs qui ont déjà entendu les balles siffler.  Deux qui ont été visiter les extrêmes confins de l’âme humaine et qui en sont revenus.  Transformés à jamais, mais vivants…  Ce sont deux personnes qui — comme toutes les personnes de ce genre que je connais — sont à la fois des êtres humains d’une bienveillance et d’une loyauté inimaginables, et les pires de crevures qui soient si on est du mauvais côté de la barrière.  Les meilleurs des amis ET les pires des ennemis.

Et je réfléchissais à tout ça en rentrant chez moi.

Je repensais à toutes ces fois, au restaurant après des stages ACDS où on retrouvait, clairement, 12 ou 15 mecs armés jusqu’aux dents autour d’une table…  des petits, des grands, des gros et des teigneux.  Tous capables, psychologiquement, matériellement et techniquement de trucider 99,999% de la population, qui sourient, qui rient, qui sont heureux de se retrouver en toute simplicité…  et les commentaires des serveuses qui sont à peu près toujours les mêmes : « Quand on vous a vu arriver on a eu un peu peur, et en fait on n’a jamais passé une aussi bonne soirée ».  Et quand on demande pourquoi, elles répondent simplement « Non seulement vous savez vous tenir et vous êtes polis, mais en plus de toute la soirée, absolument aucun client n’a osé nous parler mal ».

Eh oui, 1500kg de carnivores bienveillants, ça change l’ambiance dans un restau hein, forcément :)

Je repensais à ce copain du GIPN qui disait que ce qu’il aimait le plus, là, c’était de se retrouver en famille, tranquille, avec ses potes, autour d’une côte de boeuf…  un super guerrier aussi.  Tellement humble et tranquille que c’en est gênant, avec un humour pince sans rire qui décape, et un professionnalisme incroyable, et qui disait en souriant d’un air un peu fatigué « les choses simples…  c’est tellement bien les choses simples ».

Je repensais à mon autre frangin, Pat, qui dans le genre guerrier ne donne pas sa part au chien, et qui un jour m’a demandé, les yeux brillants de malice et la bouche encore pleine, s’il pouvait avoir encore des « pimfs » (des Pim’s avec la bouche pleine, quoi).  Deux secondes avant on parlait flingue et couteaux, et deux secondes après il savourait ses gâteaux et un grand verre de lait comme un gosse de huit ans et rigolait de lui-même en train de se voir faire ça, avec son humour au 14e degré inimitable…  :)

Je suis persuadé, pour l’avoir observé maintes fois, pour l’avoir vécu à mon humble petit niveau, que quand un être humain (normalement sain d’esprit à la base) intègre des compétences martiales réelles (je parle de tricher et de tuer pour survivre, là, hein, pas de faire un beau kata pour gagner la médaille), il doit développer en même temps des compétences humaines équivalentes et opposées.  Je pense que s’il ne le fait pas, il ne peut pas être un vraiment bon guerrier, d’une part.  Je pense d’autre part que s’il ne le fait pas, il se perd très vite, et abandonne la progression dans la voie, parce que ça devient insoutenable.

En apprenant à tuer, on apprend à protéger la vie et à vivre.  Et on apprend la préciosité de la chose.  Et on apprend à l’apprécier.  En apprenant à tuer, on apprend à ne pas tuer.  On apprend la lourdeur des responsabilités.  On apprend à distinguer l’égo de la survie.  On apprend que les cimetières sont plein de héros, de mythos et de blaireaux…  On apprend que ça n’est pas un jeu.  Que ça n’est pas un sport.

C’est ça que j’appelle la « voie du guerrier »…  c’est un chemin interne, personnel, intime.  C’est probablement un des trucs à la fois les plus sains et les plus durs qui soient.  C’est une des nombreuses manières d’arriver, in fine, à se débarrasser de ces choses superflues qui nous encombrent.  Notre égo, notre attachement, notre croyance dans le fait que les choses peuvent durer éternellement…  et aussi l’aveuglement que nous avons tous par rapport à notre véritable nature.  A notre part d’ombre bien crade et bien dégueulasse.

Malheureusement, aujourd’hui en Occident on a tellement peur de la mort, de la souffrance, de la violence, qu’on ne veut plus du tout savoir que ça existe.  Et surtout pas en nous…  On fait l’autruche.  On se plante la tête dans le sable, en tendant bien le cul à l’adversité.

J’ai appris à grandement me méfier des gens qui se prétendent non-violents, et qui jugent et imposent par la force normative et les jugements de valeur leur non-violence à autrui.  Parce que certains de ces acharnés de la non-violence sont, en fait, des gens qui refusent simplement d’ouvrir ce débat primordial là à l’intérieur d’eux-mêmes…  parce qu’ils ne veulent pas voir qu’ils ont, eux aussi, en eux, cette part de violence et d’ombre.  Et en refusant de la voir, de s’en occuper, de la canaliser, de la gérer, ils la laissent généralement pourrir et dégouliner partout.  Combien de non-violents militants jugent les autres sans arrêt ?  Critiquent, maltraitent psychologiquement leurs proches ?  Combien de non-violents véhéments laissent cette odeur de pourriture et de malaise dilué dans leur sillage, jour après jour ?

Nous avons tous un démon au creux des reins qui sert à tuer et à détruire.  Il est utile.  Il est puissant.  Il est une source d’énergie énorme.  Il permet, aussi, de trier, de choisir, d’abandonner certaines choses qui ne vont pas, de partir, de changer.  Faire comme s’il n’existait pas est probablement le meilleur moyen de le laisser occuper insidieusement une place énorme et immonde en nous.  Un peu comme un abcès profond qu’on laisserait couver toute sa vie…  le pus finit toujours par trouver un chemin par où sortir, hein.  Ou sinon c’est tout notre être qu’il grignote petit à petit.

Ca existe.  C’est là.

Merci pour ce magnifique cadeau, frère.

Il va rejoindre cette petite boîte où je stocke quelques aides-mémoires importants pour moi, à côté de ma vieille machette tramontina, de l’étui de la cartouche qui a tué mon premier orignal, et du couteau qu’on a un jour retiré de ma cuisse :)

blaireauDave

Débugger la culture Occidentale…

Tout le monde (bon là j’avoue je me la pète un peu, en disant « tout le monde » lol) me connaît sous la casquette de l’instructeur de survie.  Peu de gens me connaissent sous la casquette de l’anthropologue.  Et c’est cette casquette que je vais revêtir aujourd’hui, avec votre permission, pour parler un peu de nous…  et de comment on peut avoir un impact pour améliorer ce monde dans lequel nous vivons.

Je vais utiliser sciemment un vocabulaire issu du monde de l’informatique et du développement logiciel, parce que ça se prête merveilleusement bien au sujet.  En effet, la culture, notre culture, toutes les cultures ont exactement la même fonction, pour les groupes d’humains, que les systèmes d’exploitation pour les ordinateurs.  Ca rajoute et structure une couche logicielle, une couche abstraite, une couche d’information sur une couche matérielle / organique.

La culture, concrètement, est un ensemble de représentations du monde qui est transmise de manière informelle de génération en génération.  Ca inclut le langage, les règles de vie de base (ne pas faire caca dans le salon, partager la nourriture, etc.), et tout un tas de choses qui servent à fonctionner en groupe.  Parmi ces règles explicites ou implicites, beaucoup servent à communiquer, et à pré-traiter l’information pour fluidifier la communication.  Par exemple, si je demande à quelqu’un « est-ce qu’il y a de l’eau dans le frigo », il sait intuitivement que je cherche de l’eau pour la boire, et donc tout un tas de molécules d’eau sont automatiquement exclues de son champ de recherche.  Et comme il comprend ma démarche, il pourra me répondre « non mais j’en ai dans le placard si tu veux ».  Auquel cas je dirai « non je préfère encore celle du robinet ».

Ca a l’air évident, tout ça…  mais en fait ces trois phrases anodines sont compréhensibles pour vous parce que nous partageons énormément de choses : nous savons ce qu’est un frigo, à quoi ça sert…  nous savons que parfois des gens mettent de l’eau au frigo pour en avoir de la fraîche.  Nous savons que quelqu’un qui demande ça peut vouloir boire, et on sait qu’on peut lui proposer une solution alternative, etc.

Tout ça, tout ce qu’on n’a pas besoin de dire, tout ce qu’on n’a même pas besoin de penser consciemment dans un échange ou une réflexion…  tout ça est issu de la culture.

Au niveau neurologique, la culture est parfaitement intégrée à nos cerveaux, y compris dans ses couches les plus profondes.  Elle est intimement liée aux émotions, à nos réactions physiologiques, à nos ressentis.  Ce qui déroge trop à la norme sociale, surtout si elle est implicite, énerve prodigieusement tout le monde.  Et l’attitude hostile que ça génère crée un conditionnement très fort pour celui qui déroge.  Il intègre, sans forcément savoir pourquoi, que tel ou tel comportement est inacceptable.  Etc.

Toutes ces règles et tous ces codes culturels sont en tellement bien intégrés dans nos cerveaux que nous avons l’impression qu’ils n’existent pas…  Normal !  Il est très difficile d’en avoir conscience.  Tout ça se joue au niveau du pré-traitement de l’information, dans nos tronches, de manière complètement automatisée et transparente.  Le but est justement de nous faire gagner du temps.  Bref, avoir conscience de sa propre culture est prodigieusement difficile.  C’est comme si on demandait à un oeil de se voir lui-même.  Très difficile sans miroir…  et l’anthropologie, justement, a ceci d’intéressant qu’elle utilise le contact avec d’autres cultures comme miroir.  En voyant qu’en Albanie les gens disent oui en faisant ce que nous on codifie comme « non », on réalise la différence.  On a un point de comparaison, qui nous permet de prendre conscience de l’existence, aussi, de nos propres codes.  De les repérer.

Maintenant, là où ça devient intéressant, c’est que nos cultures nous transmettent aussi des catégories mentales, et des méthodes de résolution de problèmes toutes faites.  Elles sont, en gros, des filtres qui servent à gagner du temps dans nos réflexions et perceptions du réel.  Elles sont universelles (pas dans leur forme mais dans leur existence), ces catégories.  Tout le monde en a.  Tout le monde les utilise.  Et elles sont à la fois utiles pour gagner du temps, et dangereuses parce que jamais totalement exactes.  Elles fonctionnent par regroupement d’information, et élimination des différences à l’intérieur d’un même groupe.  Exemple, la catégorie « chat » va regrouper tous les petits félins plus ou moins domestiques avec des griffes rétractables…  et même si on sait que tous les individus dans ce groupe sont différents, on peut quand même penser « chat », parler « chat », et négliger les détails.

Et c’est utile de faire comme ça hein.  Pas de problème.

Maintenant, ce qu’il faut comprendre, c’est que ce focus mis sur les caractéristiques communes à tous les chats est une construction mentale comme une autre.  On peut déplacer le focus sur « félin ».  On peut déplacer le focus sur « prédateur ».  On peut déplacer le focus sur « animal de compagnie » ou déplacer le focus sur « petit truc doux qui mord ».  Peu importe la catégorie mentale qu’on utilise, on met en avant quelques caractéristiques, et automatiquement, sans même le vouloir, on occulte les autres.

Bien…  :)

Alors maintenant, imaginez le pouvoir qu’on aurait, si on était celui qui avait le droit de définir quelles catégories mentales les gens vont utiliser…

Pas mal non ? :)

Les leaders d’opinion font très exactement ça.  Ils proposent des catégories mentales aux gens.  Les gens les adoptent.  Et de ce fait ils ont une influence énorme sur ce que les gens percevront d’une situation… et tout ça sans même s’en rendre compte.  Même si c’est sous leurs yeux.  La réalité objective n’a pas changé, bien sûr…  mais le simple fait d’utiliser une grille de lecture X ou Y va complètement bouleverser notre perception d’une situation.  Et donc notre comportement.  Et donc nos émotions.  Et donc nos réactions.  Tout ça pour dire que notre culture, notre système d’exploitation collectif, a un impact énormissime sur nous, sur nos choix, sur nos comportements et sur nos vies.

Maintenant, nous sommes nombreux à repérer et à nous insurger contre des dysfonctionnements dans nos sociétés.  Tout le monde râle, tout le monde est fâché, tout le monde en a marre de plein de trucs…  et moi le premier hein.  Or, si on y regarde bien, plusieurs de ces dysfonctionnements prennent leur source dans notre culture.  Dans certains petits « bugs » qu’on trouve dans la culture Occidentale…  et qui nous viennent pour la plupart de l’antiquité.

Ces lignes de code fautives, elles ont eu un sens à un moment de notre histoire.  Elles étaient, à l’époque, une amélioration considérable du programme…  mais nous avons évolué depuis.  Le monde a changé.  Nous comprenons mieux son fonctionnement.  Nous nous comprenons mieux nous-mêmes.  Et donc j’aimerais proposer quelques changements dans quelques lignes de code de notre programme actuel ;)

Donner plus de place à l’opérateur logique « et ».

Aristote nous a foutu dans la merde.  Sérieusement dedans.  Quand il a pondu ses règles de logique (appelées « logique aristotélicienne »), il y a longtemps, il a dit qu’une proposition pouvait être soit vraie, soit fausse.  Mais pas les deux à la fois.  Tout comme A = A, et A=/=B, etc.  Il a posé là les bases, extrêmement utiles alors, d’un découpage du réel qui a permis une précision extrême dans la pensée.

Ca nous a sorti du brouillard hein, faut bien l’avouer.  Mais après, on en a un peu trop fait…  :)

Maintenant, on a tellement bien intégré l’idée de séparer les éléments d’un problème, de distinguer les parties, qu’on ne sait plus les recoller.  On a des spécialistes de tout.  On mesure le talent de nos chercheurs à l’étroitesse de leur champ de compétence.  Et les américains nous disaient au temps de la 2e guerre d’Irak qu’on pouvait seulement être avec eux OU contre eux.

Le tiers exclu.  Le bon vieux « OU ».  OU exclusif, qui met de l’ordre et qui trie, et qui ne tolère pas qu’on sorte de la petite boîte.

C’est super.  Mais en fait, on comprend mieux le monde, maintenant.  On sait que les particules subatomiques ne sont pas sensibles à l’autorité des vieux philosophes Grecs.  Et ces petites saloperies indociles se démerdent pour être à la fois de la matière et des ondes…  ou à être à deux endroits à la fois…  dingue non ?

Depuis quand la matière fait ce qu’elle veut ?  :)

On peut être à la fois un chat ET un félin ET un prédateur ET un animal de compagnie.  Tout le monde est d’accord là-dessus.  Alors comment se fait-il que quand on est Hutu ET Tutsi (exemple papa Hutu, maman Tutsie), les gens ressentent parfois le besoin de séparer nos deux moitiés à la machette ?  Comment se fait-il que quand on argumente on puisse avoir raison OU tort, mais que forcément ça sera un des deux ?

C’est une habitude mentale.  Rien d’autre.

C’est un bug dans notre culture.  Et nous ne sommes pas les seuls à en faire les frais, malheureusement.  On a exporté ça un peu partout.  Et ça prend d’autant plus facilement que ça prend racine dans notre fonctionnement neurologique : notre système nerveux perçoit le mode par les contrastes entre les choses…  et la plus petite unité logique ne peut émerger que si on a au moins un truc pour le comparer.  Et hop, on vient de poser les fondations d’une perception binaire…  Un piège énorme, dans lequel Aristote est tombé tête baissée.

Certains philosophes contemporains, et pas mal de scientifiques aussi, proposent désormais une logique formelle un peu différente de celle d’Aristote, qui inclut jusqu’à 4 possibilités de valence à une proposition.  Des traditionnels « vrai OU faux », on passe à trois, voire quatre positions de curseur possibles.

  • vrai
  • vrai ET faux // NI vrai NI faux (en pratique, les deux se rejoignent, en logique formelle il peut être utile de distinguer les deux)
  • faux

Quelques exemples d’utilisation faciles à piger.

  • Un métis est blanc : ni vrai ni faux (dans le monde réel, personne n’est blanc, de toute manière, et même les plus purs vikings sont tous des Africains à la base, c’est désormais prouvé hein ;)
  • La France est contre les USA : vrai et faux.  On est concurrents…  donc pas alliés, pas ennemis, justement…
  • Le chat de Schrodinger est mort : vrai et faux.

En ayant simplement conscience que nous ne sommes PAS enfermés dans une logique binaire, et que des positions intermédiaires existent pratiquement toujours, on peut détecter très vite et très facilement les gens qui cherchent à bloquer les issues aux autres.  Ceux qui nous regardent d’un air menaçant en disant « bon alors c’est oui ou c’est non !? »…  ben en fait ils nous empêchent parfois (volontairement ou non) de trouver une voie qui nous convient bien…  Le modèle se décline à l’infini.

Ce genre de découpage binaire a prodigieusement bien servi les mouvements politiques extrêmes depuis toujours.  Pendant un temps, on pouvait être Allemand, Nazi et pur OU autre chose…  et tout ce qui ne montrait pas suffisamment de signes d’appartenance active au régime Nazi était automatiquement catalogué contre.  Et assumer les conséquences…

Quiconque impose un découpage binaire impose de facto sa volonté en obligeant les gens à se positionner à l’intérieur d’un spectre de comportements qui, généralement, seront tous à son avantage.  Typiquement en créant des alliés OU des ennemis identifiables…  et en justifiant les mesures de coercition souhaitées à l’encontre de ces derniers.

Plein d’autres conséquences existent, à cette habitude logique.  Généralement, ce sont des versions différentes et des ramifications de ces mêmes enjeux de pouvoir et d’intérêt.  On a généralement du mal, par exemple, à comprendre que je suis à la fois instructeur de survie et gros bourrin ET un mec gentil qui adore manger des pizzas.  Les catégories mentales des gens, parfois, sont mutuellement exclusives.  Pourquoi ?  :)  Est-ce fondé sur du réel ?  Est-ce utile ?

To be continued…. ;)

La prochaine fois, je parlerai d’un second bug, qui prend racine au même endroit que celui-ci : notre esprit d’analyse tellement poussé qu’il a du mal à penser les liens entre les éléments d’un système ;)

 

L’esprit du « hacker »…

Hatsumi Sensei - grand maître de Ninjutsu...  magnifique illustration vivante de l'intelligence fluide et sachant sortir du cadre ;)
Hatsumi Sensei – grand maître de Ninjutsu… magnifique illustration vivante de l’intelligence fluide et sachant sortir du cadre ;)

“The Buddha, the Godhead, resides quite as comfortably in the circuits of a digital computer or the gears of a cycle transmission as he does at the top of the mountain, or in the petals of a flower. To think otherwise is to demean the Buddha – which is to demean oneself.”
― Robert M. Pirsig, Zen And The Art Of Motorcycle Maintenance: An Inquiry Into Values

On commence à avoir l’habitude.  Les gens, et les médias aussi, déforment tout.  Et de nos jours on ne fait plus aucune différence, dans la culture populaire, entre un « hacker » et un pirate informatique.

C’est triste.  Tout part en couille.  Il faut vite arranger ça, parce que le concept de « hacker » est utile.

Du temps jadis, quand Internet était rempli de forums Usenet en « plain text » (et non pas en « plein texte »), que les consoles Unix n’étaient pas de jolies fenêtres semi-transparentes sur un environnement graphique haute définition, que les distributions Linux se méritaient (ah, patiemment copier les disquettes 1.44Mb en raw, une par une, à la main…)…  du temps jadis où « les hommes étaient des hommes et codaient leurs pilotes de périphériques eux-mêmes »…  on ne confondait pas tout.  On ne pouvait pas.

Oscillant entre une installation boiteuse d’OS/2 et de Red Hat sur mon vieux 486DX (33 Mhz !), je lisais alors Eric S. Raymond.  L’un des auteurs qui a très certainement le plus et le mieux influencé ma vie.  Sous ses aspects crades de geek aux cheveux gras, « ESR » était, et est toujours, un véritable génie.  Génie de l’informatique, bien entendu.  Mais surtout un bel esprit, qui comme beaucoup avant lui (et de plus en plus après, on se fait vieux) qui a mis le doigt sur ce concept.  Qui l’a nommé.  Qui l’a souligné.  Le mot « hacker » a été popularisé par lui.  Le mot « open source » aussi.

En français, « hacker » se traduirait maladroitement par « bidouilleur ».  Mais bidouilleur a un côté un peu péjoratif et approximatif qui ne va pas du tout avec « hacker ».  Le hacker, pour être clair, est celui qui :

  • aime comprendre comment les choses fonctionnent ;
  • n’en a rien à branler des opinions des gens, des conventions sociales, des traditions de pensée…  seuls les résultats comptent (et donc les effets de nos actes sont à surveiller bien plus que leur forme ou leur label à la con) ;
  • qui arrive à faire exploser les cadres, les conventions, les « ça ne se fait pas » pour trouver des solutions nouvelles, créatives et originales à des problèmes divers et variés.

Ce que le hacker préfère, c’est quand on lui dit « non mais ça, c’est pas possible »…  Là, au fond de ses tripes, une lumière rouge s’allume et il s’énerve froidement.  Et il commence déjà à chercher comment prouver que ça l’est.

Vous voyez les gens qui ont ramené l’équipage d’Appolo 13 à bon port en utilisant des chaussettes, du scotch et des trucs farfelus ?  C’étaient des hackers.

Vous voyez le mec qui a inventé le feu par friction, y’a des millions d’années ?  C’était un hacker.

Vous voyez ce jeune qui a inventé un test sanguin peu coûteux, low tech et super efficace pour détecter les marqueurs cancéreux ?  Typiquement un hacker.

Bien…  Maintenant, pour être un bon pirate informatique, il faut aussi être un bon hacker. Mais de rendre les deux synonymes est juste trop dommage.  Et trop bête aussi.

Léonard de Vinci était un superbe hacker.  Très célèbre…  Nicolas Tesla, aussi.  Un incroyable hacker, celui là…  :)

Comment développer l’esprit du hacker en vous ? (à vos risques ;)

  • transgressez certaines normes sociales inutiles.  Eh oui.  Habituez vous.  Désensibilisez vous.  Quittez peu à peu votre phobie de ne pas être parfaitement dans les clous.  Sortez du cadre.  Vraiment je veux dire.  Dites des gros mots.   Acceptez de passer pour un fou ou une folle une fois de temps en temps.  Allez péter un coup dans un lieu public, et souriez en soupirant d’aise au moment où les gens vous regarderont d’un air gêné.  Au feu rouge, allez chercher un truc énorme dans votre nez et jetez le par la fenêtre avec une pichenette gluante.  Et souriez. Asseillez vous par terre.  Refusez l’apéro.  Faites des conneries…  riez.  Evidemment, n’allez pas violer des lois ou faire du mal aux gens hein.  L’idée ici est simplement de se désensibiliser à la pression sociale.  De s’habituer à faire des trucs farfelus…  d’être original aux yeux des autres.  En voyant qu’on peut faire ça sans mourir, on commence à intégrer peu à peu l’idée que la créativité n’est pas mortelle.  Et que de penser en dehors du cadre peut aussi être envisageable.  Et ça commence par des actes en apparence banals comme ça.  Bien entendu, utilisez votre jugement.  N’allez pas tout faire péter dans votre boulot ou votre famille…  allez y souplement, dans des lieux choisis, dans des contextes où ça n’aura pas de répercussions fâcheuses…  Commencez cool et vous verrez peu à peu que c’est souvent moins dramatique qu’on croit, surtout quand on explique la démarche à son entourage.  Evidemment, comme en faisant ça vous affirmerez haut et fort votre liberté, ça peut en énerver certains qui préféreraient vous voir la fermer.  A vous de gérer intelligemment hein.
  • libérez votre corps : nous comprenons de mieux en mieux comment le corps et sa liberté de mouvement influencent l’esprit.  Bouger avec son corps, lui faire faire des choses originales et hors cadre permet de libérer aussi l’esprit.  Les traditions millénaires Indiennes l’ont découvert, expérimenté et développé depuis un bail hein, mais nous on a besoin de preuves…  Ben maintenant ces preuves émergent, notamment grâce aux neuro-sciences.  Faites du yoga.  Grimpez sur les murs.  Lancez des trucs.  Jouez et vautrez vous par terre.  Faites des trucs compliqués avec votre corps.  Et des trucs « hors cadre ».  Ca aidera votre esprit à s’autoriser à faire de même aussi.
  • libérez votre esprit : sans nous en rendre compte, nous éliminons tout un tas de solutions, de conceptions du monde et d’hypothèses, dans une phase de pré-traitement des informations qui est nécessaire pour ne pas devenir cinglé, mais qui peut se régler finement.  Quand on cherche une solution, il faut faire attention à la manière dont le langage (inventez vous des mots au besoin), notre culture, nos catégories mentales, nos conditionnements, nos habitudes, notre état physiologique peuvent influencer nos perceptions, et littéralement nous priver de pans entiers d’informations utiles.  Soyez libres.  Soyez créatifs.  Votre esprit et votre intelligence n’ont aucune limite, sauf celles que vous acceptez (sisi, je crois que l’intelligence est une compétence qui s’acquiert, même si elle a peut être une part innée…  je pense aussi que c’est long à développer donc plus on commence tôt, mieux c’est…  mais on peut toujours progresser).
  • n’ayez pas peur d’échouer : au besoin, anticipez les conséquences d’un échec et prévoyez des plans B et C.  Pas grave.  L’échec est normal en fait.  Et c’est une source d’infos précieuses…  Vous vous planterez 20 fois avant de réussir, et profitez du paysage sur le chemin, parce que quand vous réussirez ça sera fini, faudra trouver un autre projet ;)
  • comprenez comment ça marche : pour tout, il y a une mécanique à piger.  Absolument tout.  Une fois que vous avez compris les mécanismes en oeuvre, subitement tout devient limpide et vous pouvez agir sur le système.  En faisant ça, j’enseigne à des citadins ordinaires qui sortent à peine de leur bureau à dormir dehors sans sac de couchage même par des températures négatives parfois…  et ça marche.  En faisant ça, j’arrive à faire comprendre des concepts complexes à des enfants de 8 ans.  En suivant les enseignements de gens qui ont fait exactement ça, j’arrive à toucher une cible de 20cm de large à 200m 10 fois sur 10 avec un fusil.  En moins de 10 secondes.  Le but n’est pas de me vanter…  c’est plutôt de montrer que la méthode fonctionne.
  • soyez teigneux : ne lâchez rien.  N’abandonnez jamais…  Patience, constance, boulot.  Trop de bons hackers deviennent mauvais parce qu’ils pensent que le travail est dangereux ;)

Ceci dit, je dois vous mettre en garde.  Y’a des gens qui vont s’énerver.  Certains vont vous trouver dangereux.  Vous allez passer pour de dangereux intellectuels.  Vous allez faire peur.  Vous allez rencontrer des résistances, surtout dans les institutions sclérosées où le nivellement par le bas et le conformisme sont garantes de l’immobilité des postes et des pouvoirs établis.  Vous allez gonfler plein de gens.  Vous allez changer de groupe d’amis.  Vous allez peut être même perdre votre boulot, devenir pauvre, tout ça…  :)  Ca peut aller loin dans la connerie.  Mais vous pourrez aussi plus facilement résoudre des problèmes, prendre du recul, trouver des solutions…  ;)

"J'enseigne aux gens à rester en vie."