JeSuisVenuEnPaix

Lettre ouverte à cette gentille dame qui a visiblement eu une mauvaise journée…

Je suis venu en paix :)

Je vais vous épargner l’essentiel des détails (sic !).  Mais une petite mise en contexte d’impose, pour poser la réflexion :

Je suis au volant, je suis sur la file de gauche.  C’est assez dense sur la file de droite et je dois me démerder pour me faufiler pour prendre une bretelle qui se trouve à 400m.  Et évidemment malgré le clignotant et les tentatives de communication par la trajectoire de ma voiture, tout le monde fait la sourde oreille et referme les interstices.  Du coup je suis comme un con sur ma file de gauche avec mon clignotant.

Bon.  Jusque là, que des emmerdes normales, me direz vous.

Et là y’a madame « oh tu bouges ton cul » qui se pointe derrière moi et qui met un grand et long coup de klaxon.  On sent le truc libératoire.  La catharsis de l’avertisseur.  Limite je pose une grosse pêche trop longtemps contenue.

Quand on m’interpelle violemment comme ça — et oui je suis un peu vieux jeu — mon premier réflexe est de faire un petit examen de conscience pour voir si, par mégarde, j’aurais pas fait une grosse connerie.  Pour le coup j’ai beau chercher, je vois pas trop.  J’ai, en fait, juste ralenti à la vitesse maximale autorisée (la moyenne du trafic étant 20 km/h au-dessus) et je cherche un trou dans la file quoi.  Depuis allez…  10 secondes.

Pendant que je me demande quelle connerie j’ai faite tout en continuant à chercher à libérer la place, madame remet un coup d’appel de phares, et encore un coup de klaxon.  Et elle fait mine d’emboutir ma bagnole et freine au dernier moment.  J’accélère un coup, de peur qu’elle provoque un accident.  Au final je loupe ma sortie — vu qu’apparemment c’est le plus con qui a raison — et arrivé un peu plus loin je me range sur la file de droite pour la laisser passer. Et là elle remet en me doublant façon Mario Andretti un grand coup de klaxon, et me sort un beau majeur bien énervé au passage, du côté conducteur.

Forcément, j’avoue, ça m’a un peu gonflé.  Et ça m’a fait réfléchir, pendant les 20 minutes perdues à reprendre mon chemin à cause du détour choisi pour éviter l’accident.

La première réflexion, c’est que je suis un mec vraiment zen.  Et heureusement pour elle… :)  La seconde, c’est une réflexion plus large sur ce qui fait que je suis un mec zen.

C’est vrai.  Pourquoi je n’ai pas tout simplement décidé de la suivre jusque chez elle pour lui faire payer son insolence et lui donner une leçon ?

A vrai dire c’est simple.  Même si j’ai techniquement et physiquement les moyens de faire subir aux gens les pires atrocités, en réalité j’ai intégré un cadre éthique.  Ce cadre éthique repose sur une règle simple, qui veut qu’on vive ensemble en respectant tous des codes et des règles qui évitent qu’on doive être le plus fort pour faire valoir ses droits.  En gros, tout le monde fait globalement attention à tout le monde, ce qui évite qu’on se mette sans arrêt sur la gueule pour avoir ce dont on a besoin.

Concrètement, du coup, cette histoire de voiture c’est l’histoire d’un mec qui a les moyens d’être grosso modo le roi du pétrole dans un contexte où la loi du plus fort s’appliquerait, qui (mammifèrement parlant) s’écrase devant quelqu’un qui a tout intérêt à ce que les règles de respect mutuel soient respectées…

Alors voilà.  Suite à cette « agression » symbolique, j’ai juste envie de rappeler aux gens à quel point l’ensemble des règles qui nous lient entre nous — et qui préviennent qu’on règle ce genre de différends à coups de barre de fer ou de kalash — sont précieuses.

Je pense qu’à force d’avoir trop grandi dans un cocon de ouate parfumé, beaucoup trop de gens ont tendance à oublier « comment ça pourrait être ».  Je pense qu’à force de ne pas avoir vu de pays en guerre, de gens s’entretuer, d’humains mutilés et marqués sur plusieurs générations parfois…  les gens ont tendance à oublier à quel point ce qu’on a, là, est fragile et important à préserver.

A chaque fois qu’on agit comme si on était plus important que tout le monde (en voiture ou ailleurs hein), à chaque fois qu’on abuse du système, à chaque fois qu’on fait ce genre de merdes, non seulement on appauvrit tout le monde, mais bien pire : on use la confiance que les gens ont dans les autres, et de fait on contribue à détruire, à bas bruit, petit à petit, les fondements même de notre civilisation.

Et croyez moi…  vous ne voulez pas voir ça.

Apprenez à vos enfants à dire bonjour et merci.  Montrez leur à se bouger le cul pour avancer.  Montrez leur qu’on peut coopérer avec certaines personnes, et que certains autres non.  Montrez leur l’intérêt concret d’avoir des règles de vie communes.  Montrez leur à quoi ça sert…  et si vous ne le savez pas vous-mêmes, songez-y un peu ;)

nerfs

Je suis un être libre, et je vais rester poli.

(ce titre est une citation de Gérard Depardieu, un être qui a sans doute plein de défauts mais dont la lâcheté ne fait certainement pas partie…)

Encore une journaliste au téléphone ce matin.  Toute dynamique, speed, pro. Parisienne.  Et en même temps un peu mielleuse.  Du genre qui pue le piège.  Elle veut qu’on fasse un truc pour M6, machin machin, alors elle adore ce qu’on fait, tout ça.  Et elle veut faire un reportage sur les survivalistes.

Et là je gueule dans le téléphone.

- STOOOOOOP !

Silence de quelques secondes et elle reprend, pensant que j’avais dû gueuler sur quelqu’un d’autre.

- Et donc en faisant des recherches sur Internet j’ai p…

- STOOOOOOOOOOOOOOP !

- C’est à moi que vous parlez comme ça ?

- Oui c’est à vous que je parle comme ça.  Apparemment c’est le seul moyen de vous faire lâcher vos catégories mentales pourries.  J’ai votre attention ?

- Euh…  oui mais c’est pas la peine de…

- STOOOOOOOOOOOOOOP !

Elle a un petit rire gêné.

- Je vous écoute.

- Merci.  Donc je vous arrête tout de suite, je ne suis PAS et je ne serai JAMAIS un survivaliste.  Et même si selon certains j’ai les traits et les caractéristiques pour être considéré comme tel, je REFUSE d’être catalogué de cette manière.  Ou d’une autre, d’ailleurs.  Eventuellement à l’issue de ce coup de téléphone vous aurez le loisir de me catégoriser « gros connard » mais vous ferez ça en privé.

(je dis ça sur un ton rigolard histoire de compenser mes hurlements, hein, chuis humain…).

- Euh il n’est pas question de vous cataloguer monsieur je…

- Je voulais juste faire un sujet sur les survivalistes, c’est ça que vous alliez dire pas vrai ?

- Euh, mais…

- Mais quoi ?

- Donc si je comprends bien vous ne voulez pas nous recevoir ?

- Bah si.  Si vous voulez parler de ce que je fais vraiment, je veux bien mais vu que votre sujet est déjà tout écrit à l’avance et que vous voulez le vendre à une émission bien précise avec une ligne éditoriale de merde, à la limite on s’en fout de qui on met dedans pourvu que ça colle à ce que votre boîte de prod a vendu.  Pas vrai ?

- Mais…

- Mais ?

- Euh…

- Oui voilà.

On a raccroché en se promettant de belles choses, et dans l’attente de pouvoir avoir le plaisir cordial de travailler ensemble, de manière professionnelle pour faire, à travers le 4e pouvoir que représentent fort heureusement les médias, oeuvre citoyenne en renforçant l’estime qu’ont les Français pour leurs institutions :)

Je vais le dire en un mot comme en mille.  J’en ai ras la touffe.  Ras la touffe que des gens — et pas que les journalistes hein !! — se permettent de foutre une étiquette dans le cul des autres sans leur demander leur avis.

Savez quoi ?  En ce qui me concerne,  je préfère quand on m’insulte directement.  Au moins y’a souvent un fond de vrai.  Mais de me faire étiqueter putain…  ça me fout le blues.  Ca me fait perdre espoir dans le genre humain, même.  Ca nique ma foi dans mes congénères.  Et Dieu sait qu’elle est précieuse, cette putain de foi.  Parce que sans ça, je pourrais vite devenir bête et aigri aussi.

Quand je réagis avec colère au fait qu’on me catalogue (de cette manière là ou d’une autre hein, peu importe ça me dresse le poil à chaque fois, même et surtout quand c’est une catégorie « flatteuse »), les gens demandent généralement « pourquoi » ?

PARCE QUE VA TE FAIRE FOUTRE.  VOILA POURQUOI.

On sera potes quand t’auras compris qu’on n’enferme pas les gens qu’on respecte dans des petites boîtes.

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Débugger la culture occidentale – épisode 3

La méthode cartésienne avait du bon...  mais on l'a clairement poussé trop loin ;)

La méthode cartésienne avait du bon… mais on l’a clairement poussée trop loin ;)

« Un être humain devrait savoir changer une couche-culotte, planifier une invasion, égorger un cochon, manœuvrer un navire, concevoir un bâtiment, écrire un sonnet, faire un bilan comptable, monter un mur, réduire une fracture, soutenir un mourant, prendre des ordres, donner des ordres, coopérer, agir seul, résoudre des équations, analyser un nouveau problème, répandre de l’engrais, programmer un ordinateur, cuisiner un bon repas, se battre efficacement, et mourir bravement. La spécialisation, c’est bon pour les insectes. »

– Robert A. Heinlein

(Dans le dernier épisode, je parlais de la génèse de nos intentions, et du fait qu’elles sont généralement beaucoup plus floues qu’on ne le croit, et constituées de tout un tas d’influences internes et externes (ce qui ne nous retire en rien notre responsabilité de ne pas faire certaines choses…).  

(Dans l’épisode avant ça, je parlais du rôle de la culture dans nos sociétés, et je faisais un parallèle entre elle et les systèmes d’exploitation de nos ordinateurs.  Je blablatais aussi un peu au sujet de l’opérateur logique « et », qui mérite plus de place dans nos têtes et dans nos habitudes logiques…)

Aujourd’hui,  Descartes et ses méthodes.  Enfin.  On va pas tout jeter, quand-même…  René Descartes a été l’un des plus grands penseurs Occidentaux, et pour cause.  Il a fait progresser nos connaissances et (surtout) nos méthodes de travail/pensée d’une manière prodigieuse.  Mais deux trucs qu’il a pondus / popularisés sont devenus des bugs considérables dans notre culture, notamment parce qu’on les a un peu trop pris au pied de la lettre…  et institutionnalisés.  Petit à petit.

Nous devons réapprendre à penser aussi le monde en termes de liens entre les trucs.

Le découpage des problèmes en petites bouchées comestibles, tel que proposé par Descartes dans son fameux discours sur la méthode, est une brillante manière de creuser certaines parties d’un sujet pour éviter de négliger des détails.  Et ça n’est pas tant cette méthode (qui peut être salvatrice dans un certain contexte) que je considère comme un bug.  C’est plutôt le fait qu’on a pris la sale manie, suite à ça, de trop découper le monde en petits morceaux super précis.

On vit quand même dans un monde où on mesure le prestige d’un spécialiste à l’étroitesse de son champ de connaissance.  Plus c’est étroit, plus c’est réputé profond, et plus c’est prestigieux, en gros.  Comme si les chercheurs étaient des produits, et que leur rareté était synonyme de valeur.

Ah mais attendez, y’aurait des questions de pognon et de pouvoir derrière tout ça aussi ?  Ah merde…  que je suis naïf :)

Mais le fait est qu’on découpe tout.  On analyse tout.  On segmente.  On compartimente.  On adore ça.  C’est notre truc, nous, les Occidentaux, de tout coller dans une petite boîte, de tout nommer, de tout ranger à sa petite place.  Et de distinguer les parties des problèmes bien clairement.

Le focus au bout des lunettes.

Un jour, je vous passe les détails, je suis allé consulter un généraliste pour un problème à l’anus.  J’avais pris RV, tout ça.  Et là le mec sort de son cabinet et appelle un nom mais on l’entend mal.  Et là il demande à sa secrétaire « Marion, s’il vous plaît, vous savez si mon anus de 14h est arrivé ? »…

La secrétaire s’est figée et elle a toussoté en le fixant d’un air gêné.  Il a compris sa bourde tout de suite…  et il s’est platement excusé. Et je ne me suis pas privé pour en rajouter une couche (genre je me lève et je souris en disait « c’est moi le trou du cul »…  moment de solitude pour le médecin LOL). Mais bref.  L’intérêt de l’histoire, c’est d’illustrer son découpage mental.  C’était un mec très compétent et humain.  Simplement il avait l’habitude MENTALE de traiter des cas, des parties anatomiques, des bobos…  pas des gens.  Pas des humains avec une vie, un régime alimentaire trop riche en piments, etc.

On a l’habitude, culturellement, de fonctionner comme ça.

Quand on a mal au dos, on va voir un spécialiste du dos.  Un mec qui sait foutre des plaques en métal avec des vis aux bons endroits dans les vertèbres pour que ces dernières arrêtent de comprimer les disques et les nerfs.  Et c’est sûr que ça marche bien, le nerfs sciatique est tranquille, forcément…  On a réglé le problème local, du coup ça nous confirme que le modèle fonctionne.  Sauf que quand les lombaires sont coincées par des plaques de métal, de temps en temps y’a les genoux qui trinquent (bah oui parce que le bassin est fixé au bas du rachis, du coup les fessiers bossent moins quand on se penche, on compense avec les quadriceps pour ne pas tomber en avant, etc.).  Et là on va voir un spécialiste des genoux, qui prescrit des anti-inflammatoires.  Et puis ça nous nique l’estomac, alors on va voir un gastro-entérologue…  alors que tout ce temps là, depuis le début on avait juste un problème d’intolérance au gluten qui causait des inflammations et des spasmes dans les muscles paravertébraux…  spasmes qui à force ont comprimé les disques et irrité les nerfs…  d’où les soucis de sciatique.

Est-ce que le spécialiste est quand même utile ?  OUI !  Bien entendu.  Quand on a des fractures aux vertèbres, c’est pas mal d’avoir sous la main un mec qui sait percer, relier, et réparer tout ça sans défoncer la moëlle épinière.  Mais le mec doit savoir aussi passer la main à ses collègues…

Bref vous voyez le topo.  Et surtout l’intérêt de voir les choses dans leur ensemble.  Et les choses dans leur contexte, aussi.  Plus on est spécialisé dans une partie d’un problème, plus on devient performant pour ça, bien entendu…  mais moins on arrive à voir les facteurs, causes et conséquences externes à notre champ de spécialité. (sauf si on fait l’effort d’élargir sa vision, bien entendu).  Le problème, du coup, n’est pas tant la capacité à se spécialiser que le prestige que ça permet, et tous les biais que ça engendre.

Les vrais grands, très grands spécialistes que je connais sont tous des êtres curieux, ouverts, et conscients du fait que leur spécialité s’insère dans un champ de compétence vaste, et dans tout un tas de problème enchevêtrés.   Ils sont conscients des liens entre leur champ d’expertise et le reste de l’univers.  Et c’est ce qui fait qu’ils sont si bons, en général.

Plusieurs sciences, plusieurs champs de recherche, de nos jours, ouvrent sur des perspectives d’intégration et de mise en relation des différentes parties d’un problème.  Et j’ose espérer qu’on va peu à peu sortir de ces querelles de clocher complètement débiles et stériles, qui peuvent à la base reposer sur une recherche sincère de faire progresser nos modèles mentaux des problèmes…  mais qui manque malheureusement cruellement d’ouverture d’esprit.

Un modèle tel que la médecine traditionnelle chinoise, qui AMHA repose essentiellement sur des observations empiriques (en piquant là ça produit tel effet, etc.), et qui a pondu un modèle explicatif sans rapport avec autre chose que ça ensuite, reste dans certains cas plus performant que la médecine occidentale de pointe parce que, justement, elle favorise une approche holiste et intégrative.  On cherche les causes des maladies dans les émotions, l’alimentation, etc, etc.  Et c’est surtout, je pense, ce balayage à large spectre des causes possibles de la maladie et une approche préventive qui font que le modèle fonctionne parfois mieux…  malgré un mépris total des observations (scientifiques, falsifiables, mesurables, documentées…) faites par les chercheurs occidentaux, voire un mépris total pour le fonctionnement réel du corps humain.

Le truc c’est que ça fonctionne quand même.  C’est juste qu’ils ne savent pas vraiment comment.  Ils ont un modèle auto-cohérent qui fonctionne…

Maintenant…  si au lieu d’opposer les deux modèles on était assez futés pour prendre ce qui fonctionne en médecine traditionnelle chinoise, et ce qui fonctionne dans nos approches dites scientifiques et cliniques ?  Si on cherchait à comprendre les rapports entre les émotions, les chaînes musculaires, la circulation lymphatique, les fascias, les méridiens ostéo-tendineux…  les rapports…  les liens…  comment tout ça s’articule.

Pour ça il faudrait accepter un changement de paradigme fondamental.  Et un changement dans la structure même de nos institutions médicales, scolaires, scientifiques…  Chaque spécialiste, chaque ponte, chaque grand chercheur ayant tout avantage à rester bien au chaud dans sa niche écologique, ça n’est pas demain la veille qu’ils pousseront spontanément vers une ouverture.

Pourtant certains, plus ouverts et moins frileux, vont dans ce sens.  Heureusement :)

C’est vrai aussi pour le corps et l’esprit

On sait maintenant que la conscience est une propriété émergeante du cerveau humain.  Elle n’a pas de siège précis dans le cerveau, elle est le fruit de l’intéraction complexe entre ses parties.   Elle est aussi, quelque part, immatérielle…  mais totalement conditionnée et modelée par la matière.  Et donc, les liens nombreux et étroits entre la teneur de notre conscience et notre corps sont un fait indéniable.  On ne peut pas séparer les deux.  L’esprit ne commande pas au corps, comme un pilote dans un cockpit.  Il n’y a pas un grand centre de décision mental, et un corps qui obéit.  En fait, c’est bien plus riche que ça…  or, toutes nos institutions, nos organisations, notre politique, notre manière de voir le développement logiciel…  TOUT dans nos cultures est fondé sur un centre décisionnel intelligent qui pilote le reste.  On conçoit le monde et l’articulation des choses comme ça.  Avec une volonté qui vient du centre, d’en haut, et qui descend.

Dans les faits, ça circule beaucoup plus…

Le corps dicte beaucoup de choses à l’esprit.

Mais on en reparlera au prochain épisode ;)

comment

Débugger la culture occidentale – épisode 2

Lors du dernier épisode, je vous parlais du rôle de la culture dans nos sociétés, et je faisais un parallèle entre elle et les systèmes d’exploitation de nos ordinateurs.  Je blablatais aussi un peu au sujet de l’opérateur logique « et », qui mérite plus de place dans nos têtes et dans nos habitudes logiques.

Aujourd’hui, seconde session de hacking culturel avec un autre énormissime bug dans notre manière d’appréhender le monde et les humains, et qui mérite un correctif pour permettre à plein de choses de mieux fonctionner.

Il est urgent de comprendre que les gens n’ont généralement pas vraiment d’intention (du tout) au moment où ils font de la merde.

Eh non.

Je suis toujours stupéfait quand je vois des parents qui engueulent leurs enfants en leur demandant sans arrêt « POURQUOI ».   »Pourquoi t’as fait ça ? »…  comme si dans leur tête un plan machiavélique avait germé, et qu’ils avaient sciemment décidé de faire un truc méchant dans un objectif de nuisance précis…

Le fait est que les enfants, tout comme les adultes d’ailleurs, n’ont généralement pas d’intention claire quand ils posent des actes.  Dans nos têtes, une intention claire, une volonté explicite, calculée et délibérée est, en réalité, plutôt rare.  Et il est beaucoup plus fréquent de faire des trucs en répondant sans trop y prêter d’attention à des stimuli internes ou externes.  Ces stimuli activent des réseaux de neurones qui sont couplés à des comportements donnés.  Et on agit.

Ah mais il est en train de nous traiter de cons en fait ?

Pas du tout :)  Et je suis le premier concerné par le phénomène.  Voici comment ça marche.

Notre cerveau est une machine d’une complexité incroyable.  Et comme toutes les machines complexes, elle est faite de plusieurs sous-systèmes et de plusieurs strates qui traitent et gèrent les données de manière parallèle et décentralisée.  Si un seul centre traitant toutes les informations devait harmoniser tout ça quelque part dans notre cerveau, nous aurions probablement une tête tellement énorme qu’il serait impossible de se déplacer.  Le rapport incroyable « intelligence / volume »  de notre cerveau est en réalité permis par cette organisation massivement parallèle et très décentralisée.  C’est un système imparfait, mais c’est le plus performant qu’on aie, vu la taille limitée de notre boîte crânienne.  

On sait également depuis un moment  que notre conscience est un phénomène qui émerge de la complexité de ce cerveau là.  Il ne semble pas exister de siège de la conscience dans notre cerveau.  Il n’y a pas une « aire de la conscience » dans notre tête.  Au contraire, notre conscience est faite de l’interaction de plein de zones du cerveau qui travaillent en parallèle et sans qu’un chef d’orchestre ne vienne diriger le tout.  En clair notre conscience est simplement le résultat d’un débat neurologique complètement chaotique, basé exclusivement sur les rapports de force entre les intensités de signal électrique…  Dans notre tête, c’est le sous-système qui gueule le plus fort qui a raison, en quelque sorte :)

Fascinant non ?

Résultat des courses, avec cette manière nouvelle de comprendre le cerveau et nos perceptions, on comprend mieux certains phénomènes.  On voit bien, par exemple, que si on a des dommages sur certaines zones précises du cerveau, on subit des troubles de la conscience absolument fascinants et farfelus.  Certaines personnes, suite à des avc par exemple, ne peuvent pas compter ou nommer les objets ou les gens qui se trouvent sur leur gauche, même s’ils peuvent les voir.  Dans d’autres cas, on ne sait plus situer les choses dans l’espace, mais on peut encore situer les gens, etc, etc.  

Notre pensée consciente, en fait, représente une infime partie des échanges neurologiques dans nos cerveaux.  Tout le reste a lieu « sans nous », sous la surface.  Et là on retrouve un concept freudien et une belle intuition du vieux barbu : l’inconscient.  

Nos neurones, de manière très riche et très complexe, trient, pré-mâchent, filtrent, catégorisent… infuencés par la conscience, par nos tâches, par notre état physiologique du moment, ils poussent ou retiennent certains influx nerveux, et organisent les informations pour qu’elles nous soient UTILES dans ce qu’on souhaite faire.

Une petite expérience pour illustrer…  Comptez les passes que se font les joueurs en blanc dans la vidéo.  Puis continuez à regarder… ;)

Et donc, tout ça pour dire que l’immense majorité de nos comportements, de nos gestes, de nos pensées, de nos paroles émergent de notre système neurologique comme des bulles dans une marmite.  Et plusieurs d’entre eux ne passent même pas par la partie consciente de notre système nerveux.  Quand au milieu d’un film on se lève pour aller faire pipi, puis qu’on passe par la cuisine et qu’on se prend un bout de fromage…  tout ça est lié à des états physiologiques et à des phénomènes psychologiques donnés, mais est-ce qu’on réfléchit dans le détail à quand on va y aller ?  Est-ce que la manière dont on tourne la tête est planifiée ?  Spontanément on prendra plutôt un bout de gâteau qu’un bout de fromage d’ailleurs, mais on s’interceptera et on se dira que le fromage c’est moins pire, etc.  Et tous ces comportements, activés par des stimuli internes ou externes, sont laissés passés ou pas par des circuits neurologiques qu’on appelle des inhibiteurs.

On retrouve là, dans une approche plus neuro-scientifique, la vieille intuition Freudienne du ça et du surmoi…  avec le blabla en moins.

Bien.

Maintenant, la France, en tant que nation, est issue d’une culture judéo-chrétienne.  Et même si nos institutions sont laïques, elles sont malgré tout construites sur des bases culturelles qui ont été fortement teintées par la religion Catholique.  Et dans ce genre de système culturel, le « péché », bien plus que l’acte lui-même, naît dans l’intention qu’on peut avoir de nuire.  De même, dans ce genre de système, on considère par tradition que les aveux sont une forme, en quelque sorte, de confession…  et que c’est le premier pas indispensable à l’absolution.  Et ainsi, dans le code criminel, un peu partout en Occident et dans les pays de culture chrétienne, on obtient facilement des peines moins lourdes si on plaide coupable…  parce que « faute avouée à moitié pardonnée ».  Parce que quelqu’un qui avoue son crime est réputé être doté d’intentions moins maléfiques que quelqu’un qui, en plus, nie et ment jusqu’au bout.

Dans les tribunaux, en France, on analyse les faits et leurs conséquences, bien sûr, mais seulement pour estimer le préjudice ou presque.  Et c’est bien plus l’intention de la personne mise en examen qu’on va juger, disséquer.  Et la violence psychologique énorme que vivent les personnes accusées à tort vient bien de là.  Le procureur les dépeint comme des êtres calculateurs, machiavéliques, qui ont planifié les moindres détails de la mise en application de leur plan maléfique…  on charge, charge, charge en faisant tout pour prouver non pas seulement la faute, le crime, le préjudice mais bien l’intention…

Or, même dans le cas des personnes qui ont réellement commis des crimes, l’intention réelle, pleinement consciente, calculée et entière n’existe pas.  Simplement, il n’y a pas eu interception, à un instant T, d’un comportement nuisible à autrui de la part des inhibiteurs.  Et cette « non-inhibition » peut s’expliquer de plein de manières, de l’absence totale d’empathie ou de cadre éthique à la simple inconscience du fait que cet acte pouvait faire du mal à quelqu’un.

Seuls les psychopathes construits psychiquement sur une structure perverse sont, en fait, capables de poser sciemment et consciemment un acte faisant du mal à autrui en sachant pourquoi ils le font.  Et cette motivation est simple : ça leur fait viscéralement plaisir.  Et dans ces cas là, notre système judiciaire est largement trop laxiste et trop mou.  Je pense en effet que la seule et unique solution curative pour ce genre de personnes est le décès, naturel ou « facilité ».  Par crainte d’une erreur de diagnostique, je recommanderais plutôt la réclusion à perpétuité, dans des centres spécialisés où ils ne pourront pas avoir de contacts avec des gens amenés à ressortir…  mais après on va me soupçonner d’être un méchant garçon de droite (ce qui est faux, je n’ai aucune affinité politique, ni avec la gauche, ni avec la droite, ni avec le centre, ni avec les extrêmes…  ma position politique serait « au-dessus » je pense…)

Mais je m’égare.  Hop.  Réactivation des inhibiteurs.  On se recentre :)

La morale de mon histoire, tout simplement, est que les gens ont rarement des intentions structurées, pleinement conscientes, et que plutôt que de chercher à comprendre POURQUOI les gens font ce qu’ils font, il est plus utile de chercher à comprendre COMMENT ils en sont arrivés à faire telle ou telle chose.  Et en comprenant les mécanismes, encore une fois, on arrive généralement mieux à faire changer les comportements.

D’autant que les gens, sauf cas pathologique rare, s’adaptent à leur environnement d’une manière absolument incroyable, au point de pouvoir changer complètement de personnalité en fonction du contexte.  Ca sera d’ailleurs l’objet d’un prochain épisode de la série « débugger la culture Occidentale » : la nature des gens…  mythe ou réalité ? ;)

La voie du guerrier

Muay BoranHier j’ai reçu un magnifique cadeau, de la part d’un de mes rares frères.  Ceux qui connaissent un peu la boxe Thaï apprécieront, les autres demanderont à quelqu’un qui sait ;)  C’est un cadeau hautement symbolique, et un grand honneur pour moi, surtout venant de ce vieux crocodile de brousse :) …  Et ça m’a fait grandement réfléchir, pendant l’heure et demie que j’ai passée sur la route en rentrant chez moi.

Pour la faire courte, hier j’ai passé la journée avec deux guerriers, au sens le plus noble du terme.  Deux mecs qui ont déjà entendu les balles siffler.  Deux qui ont été visiter les extrêmes confins de l’âme humaine et qui en sont revenus.  Transformés à jamais, mais vivants…  Ce sont deux personnes qui — comme toutes les personnes de ce genre que je connais — sont à la fois des êtres humains d’une bienveillance et d’une loyauté inimaginables, et les pires de crevures qui soient si on est du mauvais côté de la barrière.  Les meilleurs des amis ET les pires des ennemis.

Et je réfléchissais à tout ça en rentrant chez moi.

Je repensais à toutes ces fois, au restaurant après des stages ACDS où on retrouvait, clairement, 12 ou 15 mecs armés jusqu’aux dents autour d’une table…  des petits, des grands, des gros et des teigneux.  Tous capables, psychologiquement, matériellement et techniquement de trucider 99,999% de la population, qui sourient, qui rient, qui sont heureux de se retrouver en toute simplicité…  et les commentaires des serveuses qui sont à peu près toujours les mêmes : « Quand on vous a vu arriver on a eu un peu peur, et en fait on n’a jamais passé une aussi bonne soirée ».  Et quand on demande pourquoi, elles répondent simplement « Non seulement vous savez vous tenir et vous êtes polis, mais en plus de toute la soirée, absolument aucun client n’a osé nous parler mal ».

Eh oui, 1500kg de carnivores bienveillants, ça change l’ambiance dans un restau hein, forcément :)

Je repensais à ce copain du GIPN qui disait que ce qu’il aimait le plus, là, c’était de se retrouver en famille, tranquille, avec ses potes, autour d’une côte de boeuf…  un super guerrier aussi.  Tellement humble et tranquille que c’en est gênant, avec un humour pince sans rire qui décape, et un professionnalisme incroyable, et qui disait en souriant d’un air un peu fatigué « les choses simples…  c’est tellement bien les choses simples ».

Je repensais à mon autre frangin, Pat, qui dans le genre guerrier ne donne pas sa part au chien, et qui un jour m’a demandé, les yeux brillants de malice et la bouche encore pleine, s’il pouvait avoir encore des « pimfs » (des Pim’s avec la bouche pleine, quoi).  Deux secondes avant on parlait flingue et couteaux, et deux secondes après il savourait ses gâteaux et un grand verre de lait comme un gosse de huit ans et rigolait de lui-même en train de se voir faire ça, avec son humour au 14e degré inimitable…  :)

Je suis persuadé, pour l’avoir observé maintes fois, pour l’avoir vécu à mon humble petit niveau, que quand un être humain (normalement sain d’esprit à la base) intègre des compétences martiales réelles (je parle de tricher et de tuer pour survivre, là, hein, pas de faire un beau kata pour gagner la médaille), il doit développer en même temps des compétences humaines équivalentes et opposées.  Je pense que s’il ne le fait pas, il ne peut pas être un vraiment bon guerrier, d’une part.  Je pense d’autre part que s’il ne le fait pas, il se perd très vite, et abandonne la progression dans la voie, parce que ça devient insoutenable.

En apprenant à tuer, on apprend à protéger la vie et à vivre.  Et on apprend la préciosité de la chose.  Et on apprend à l’apprécier.  En apprenant à tuer, on apprend à ne pas tuer.  On apprend la lourdeur des responsabilités.  On apprend à distinguer l’égo de la survie.  On apprend que les cimetières sont plein de héros, de mythos et de blaireaux…  On apprend que ça n’est pas un jeu.  Que ça n’est pas un sport.

C’est ça que j’appelle la « voie du guerrier »…  c’est un chemin interne, personnel, intime.  C’est probablement un des trucs à la fois les plus sains et les plus durs qui soient.  C’est une des nombreuses manières d’arriver, in fine, à se débarrasser de ces choses superflues qui nous encombrent.  Notre égo, notre attachement, notre croyance dans le fait que les choses peuvent durer éternellement…  et aussi l’aveuglement que nous avons tous par rapport à notre véritable nature.  A notre part d’ombre bien crade et bien dégueulasse.

Malheureusement, aujourd’hui en Occident on a tellement peur de la mort, de la souffrance, de la violence, qu’on ne veut plus du tout savoir que ça existe.  Et surtout pas en nous…  On fait l’autruche.  On se plante la tête dans le sable, en tendant bien le cul à l’adversité.

J’ai appris à grandement me méfier des gens qui se prétendent non-violents, et qui jugent et imposent par la force normative et les jugements de valeur leur non-violence à autrui.  Parce que certains de ces acharnés de la non-violence sont, en fait, des gens qui refusent simplement d’ouvrir ce débat primordial là à l’intérieur d’eux-mêmes…  parce qu’ils ne veulent pas voir qu’ils ont, eux aussi, en eux, cette part de violence et d’ombre.  Et en refusant de la voir, de s’en occuper, de la canaliser, de la gérer, ils la laissent généralement pourrir et dégouliner partout.  Combien de non-violents militants jugent les autres sans arrêt ?  Critiquent, maltraitent psychologiquement leurs proches ?  Combien de non-violents véhéments laissent cette odeur de pourriture et de malaise dilué dans leur sillage, jour après jour ?

Nous avons tous un démon au creux des reins qui sert à tuer et à détruire.  Il est utile.  Il est puissant.  Il est une source d’énergie énorme.  Il permet, aussi, de trier, de choisir, d’abandonner certaines choses qui ne vont pas, de partir, de changer.  Faire comme s’il n’existait pas est probablement le meilleur moyen de le laisser occuper insidieusement une place énorme et immonde en nous.  Un peu comme un abcès profond qu’on laisserait couver toute sa vie…  le pus finit toujours par trouver un chemin par où sortir, hein.  Ou sinon c’est tout notre être qu’il grignote petit à petit.

Ca existe.  C’est là.

Merci pour ce magnifique cadeau, frère.

Il va rejoindre cette petite boîte où je stocke quelques aides-mémoires importants pour moi, à côté de ma vieille machette tramontina, de l’étui de la cartouche qui a tué mon premier orignal, et du couteau qu’on a un jour retiré de ma cuisse :)

blaireauDave

Débugger la culture Occidentale…

Tout le monde (bon là j’avoue je me la pète un peu, en disant « tout le monde » lol) me connaît sous la casquette de l’instructeur de survie.  Peu de gens me connaissent sous la casquette de l’anthropologue.  Et c’est cette casquette que je vais revêtir aujourd’hui, avec votre permission, pour parler un peu de nous…  et de comment on peut avoir un impact pour améliorer ce monde dans lequel nous vivons.

Je vais utiliser sciemment un vocabulaire issu du monde de l’informatique et du développement logiciel, parce que ça se prête merveilleusement bien au sujet.  En effet, la culture, notre culture, toutes les cultures ont exactement la même fonction, pour les groupes d’humains, que les systèmes d’exploitation pour les ordinateurs.  Ca rajoute et structure une couche logicielle, une couche abstraite, une couche d’information sur une couche matérielle / organique.

La culture, concrètement, est un ensemble de représentations du monde qui est transmise de manière informelle de génération en génération.  Ca inclut le langage, les règles de vie de base (ne pas faire caca dans le salon, partager la nourriture, etc.), et tout un tas de choses qui servent à fonctionner en groupe.  Parmi ces règles explicites ou implicites, beaucoup servent à communiquer, et à pré-traiter l’information pour fluidifier la communication.  Par exemple, si je demande à quelqu’un « est-ce qu’il y a de l’eau dans le frigo », il sait intuitivement que je cherche de l’eau pour la boire, et donc tout un tas de molécules d’eau sont automatiquement exclues de son champ de recherche.  Et comme il comprend ma démarche, il pourra me répondre « non mais j’en ai dans le placard si tu veux ».  Auquel cas je dirai « non je préfère encore celle du robinet ».

Ca a l’air évident, tout ça…  mais en fait ces trois phrases anodines sont compréhensibles pour vous parce que nous partageons énormément de choses : nous savons ce qu’est un frigo, à quoi ça sert…  nous savons que parfois des gens mettent de l’eau au frigo pour en avoir de la fraîche.  Nous savons que quelqu’un qui demande ça peut vouloir boire, et on sait qu’on peut lui proposer une solution alternative, etc.

Tout ça, tout ce qu’on n’a pas besoin de dire, tout ce qu’on n’a même pas besoin de penser consciemment dans un échange ou une réflexion…  tout ça est issu de la culture.

Au niveau neurologique, la culture est parfaitement intégrée à nos cerveaux, y compris dans ses couches les plus profondes.  Elle est intimement liée aux émotions, à nos réactions physiologiques, à nos ressentis.  Ce qui déroge trop à la norme sociale, surtout si elle est implicite, énerve prodigieusement tout le monde.  Et l’attitude hostile que ça génère crée un conditionnement très fort pour celui qui déroge.  Il intègre, sans forcément savoir pourquoi, que tel ou tel comportement est inacceptable.  Etc.

Toutes ces règles et tous ces codes culturels sont en tellement bien intégrés dans nos cerveaux que nous avons l’impression qu’ils n’existent pas…  Normal !  Il est très difficile d’en avoir conscience.  Tout ça se joue au niveau du pré-traitement de l’information, dans nos tronches, de manière complètement automatisée et transparente.  Le but est justement de nous faire gagner du temps.  Bref, avoir conscience de sa propre culture est prodigieusement difficile.  C’est comme si on demandait à un oeil de se voir lui-même.  Très difficile sans miroir…  et l’anthropologie, justement, a ceci d’intéressant qu’elle utilise le contact avec d’autres cultures comme miroir.  En voyant qu’en Albanie les gens disent oui en faisant ce que nous on codifie comme « non », on réalise la différence.  On a un point de comparaison, qui nous permet de prendre conscience de l’existence, aussi, de nos propres codes.  De les repérer.

Maintenant, là où ça devient intéressant, c’est que nos cultures nous transmettent aussi des catégories mentales, et des méthodes de résolution de problèmes toutes faites.  Elles sont, en gros, des filtres qui servent à gagner du temps dans nos réflexions et perceptions du réel.  Elles sont universelles (pas dans leur forme mais dans leur existence), ces catégories.  Tout le monde en a.  Tout le monde les utilise.  Et elles sont à la fois utiles pour gagner du temps, et dangereuses parce que jamais totalement exactes.  Elles fonctionnent par regroupement d’information, et élimination des différences à l’intérieur d’un même groupe.  Exemple, la catégorie « chat » va regrouper tous les petits félins plus ou moins domestiques avec des griffes rétractables…  et même si on sait que tous les individus dans ce groupe sont différents, on peut quand même penser « chat », parler « chat », et négliger les détails.

Et c’est utile de faire comme ça hein.  Pas de problème.

Maintenant, ce qu’il faut comprendre, c’est que ce focus mis sur les caractéristiques communes à tous les chats est une construction mentale comme une autre.  On peut déplacer le focus sur « félin ».  On peut déplacer le focus sur « prédateur ».  On peut déplacer le focus sur « animal de compagnie » ou déplacer le focus sur « petit truc doux qui mord ».  Peu importe la catégorie mentale qu’on utilise, on met en avant quelques caractéristiques, et automatiquement, sans même le vouloir, on occulte les autres.

Bien…  :)

Alors maintenant, imaginez le pouvoir qu’on aurait, si on était celui qui avait le droit de définir quelles catégories mentales les gens vont utiliser…

Pas mal non ? :)

Les leaders d’opinion font très exactement ça.  Ils proposent des catégories mentales aux gens.  Les gens les adoptent.  Et de ce fait ils ont une influence énorme sur ce que les gens percevront d’une situation… et tout ça sans même s’en rendre compte.  Même si c’est sous leurs yeux.  La réalité objective n’a pas changé, bien sûr…  mais le simple fait d’utiliser une grille de lecture X ou Y va complètement bouleverser notre perception d’une situation.  Et donc notre comportement.  Et donc nos émotions.  Et donc nos réactions.  Tout ça pour dire que notre culture, notre système d’exploitation collectif, a un impact énormissime sur nous, sur nos choix, sur nos comportements et sur nos vies.

Maintenant, nous sommes nombreux à repérer et à nous insurger contre des dysfonctionnements dans nos sociétés.  Tout le monde râle, tout le monde est fâché, tout le monde en a marre de plein de trucs…  et moi le premier hein.  Or, si on y regarde bien, plusieurs de ces dysfonctionnements prennent leur source dans notre culture.  Dans certains petits « bugs » qu’on trouve dans la culture Occidentale…  et qui nous viennent pour la plupart de l’antiquité.

Ces lignes de code fautives, elles ont eu un sens à un moment de notre histoire.  Elles étaient, à l’époque, une amélioration considérable du programme…  mais nous avons évolué depuis.  Le monde a changé.  Nous comprenons mieux son fonctionnement.  Nous nous comprenons mieux nous-mêmes.  Et donc j’aimerais proposer quelques changements dans quelques lignes de code de notre programme actuel ;)

Donner plus de place à l’opérateur logique « et ».

Aristote nous a foutu dans la merde.  Sérieusement dedans.  Quand il a pondu ses règles de logique (appelées « logique aristotélicienne »), il y a longtemps, il a dit qu’une proposition pouvait être soit vraie, soit fausse.  Mais pas les deux à la fois.  Tout comme A = A, et A=/=B, etc.  Il a posé là les bases, extrêmement utiles alors, d’un découpage du réel qui a permis une précision extrême dans la pensée.

Ca nous a sorti du brouillard hein, faut bien l’avouer.  Mais après, on en a un peu trop fait…  :)

Maintenant, on a tellement bien intégré l’idée de séparer les éléments d’un problème, de distinguer les parties, qu’on ne sait plus les recoller.  On a des spécialistes de tout.  On mesure le talent de nos chercheurs à l’étroitesse de leur champ de compétence.  Et les américains nous disaient au temps de la 2e guerre d’Irak qu’on pouvait seulement être avec eux OU contre eux.

Le tiers exclu.  Le bon vieux « OU ».  OU exclusif, qui met de l’ordre et qui trie, et qui ne tolère pas qu’on sorte de la petite boîte.

C’est super.  Mais en fait, on comprend mieux le monde, maintenant.  On sait que les particules subatomiques ne sont pas sensibles à l’autorité des vieux philosophes Grecs.  Et ces petites saloperies indociles se démerdent pour être à la fois de la matière et des ondes…  ou à être à deux endroits à la fois…  dingue non ?

Depuis quand la matière fait ce qu’elle veut ?  :)

On peut être à la fois un chat ET un félin ET un prédateur ET un animal de compagnie.  Tout le monde est d’accord là-dessus.  Alors comment se fait-il que quand on est Hutu ET Tutsi (exemple papa Hutu, maman Tutsie), les gens ressentent parfois le besoin de séparer nos deux moitiés à la machette ?  Comment se fait-il que quand on argumente on puisse avoir raison OU tort, mais que forcément ça sera un des deux ?

C’est une habitude mentale.  Rien d’autre.

C’est un bug dans notre culture.  Et nous ne sommes pas les seuls à en faire les frais, malheureusement.  On a exporté ça un peu partout.  Et ça prend d’autant plus facilement que ça prend racine dans notre fonctionnement neurologique : notre système nerveux perçoit le mode par les contrastes entre les choses…  et la plus petite unité logique ne peut émerger que si on a au moins un truc pour le comparer.  Et hop, on vient de poser les fondations d’une perception binaire…  Un piège énorme, dans lequel Aristote est tombé tête baissée.

Certains philosophes contemporains, et pas mal de scientifiques aussi, proposent désormais une logique formelle un peu différente de celle d’Aristote, qui inclut jusqu’à 4 possibilités de valence à une proposition.  Des traditionnels « vrai OU faux », on passe à trois, voire quatre positions de curseur possibles.

  • vrai
  • vrai ET faux // NI vrai NI faux (en pratique, les deux se rejoignent, en logique formelle il peut être utile de distinguer les deux)
  • faux

Quelques exemples d’utilisation faciles à piger.

  • Un métis est blanc : ni vrai ni faux (dans le monde réel, personne n’est blanc, de toute manière, et même les plus purs vikings sont tous des Africains à la base, c’est désormais prouvé hein ;)
  • La France est contre les USA : vrai et faux.  On est concurrents…  donc pas alliés, pas ennemis, justement…
  • Le chat de Schrodinger est mort : vrai et faux.

En ayant simplement conscience que nous ne sommes PAS enfermés dans une logique binaire, et que des positions intermédiaires existent pratiquement toujours, on peut détecter très vite et très facilement les gens qui cherchent à bloquer les issues aux autres.  Ceux qui nous regardent d’un air menaçant en disant « bon alors c’est oui ou c’est non !? »…  ben en fait ils nous empêchent parfois (volontairement ou non) de trouver une voie qui nous convient bien…  Le modèle se décline à l’infini.

Ce genre de découpage binaire a prodigieusement bien servi les mouvements politiques extrêmes depuis toujours.  Pendant un temps, on pouvait être Allemand, Nazi et pur OU autre chose…  et tout ce qui ne montrait pas suffisamment de signes d’appartenance active au régime Nazi était automatiquement catalogué contre.  Et assumer les conséquences…

Quiconque impose un découpage binaire impose de facto sa volonté en obligeant les gens à se positionner à l’intérieur d’un spectre de comportements qui, généralement, seront tous à son avantage.  Typiquement en créant des alliés OU des ennemis identifiables…  et en justifiant les mesures de coercition souhaitées à l’encontre de ces derniers.

Plein d’autres conséquences existent, à cette habitude logique.  Généralement, ce sont des versions différentes et des ramifications de ces mêmes enjeux de pouvoir et d’intérêt.  On a généralement du mal, par exemple, à comprendre que je suis à la fois instructeur de survie et gros bourrin ET un mec gentil qui adore manger des pizzas.  Les catégories mentales des gens, parfois, sont mutuellement exclusives.  Pourquoi ?  :)  Est-ce fondé sur du réel ?  Est-ce utile ?

To be continued…. ;)

La prochaine fois, je parlerai d’un second bug, qui prend racine au même endroit que celui-ci : notre esprit d’analyse tellement poussé qu’il a du mal à penser les liens entre les éléments d’un système ;)

 

L’esprit du « hacker »…

Hatsumi Sensei - grand maître de Ninjutsu...  magnifique illustration vivante de l'intelligence fluide et sachant sortir du cadre ;)

Hatsumi Sensei – grand maître de Ninjutsu… magnifique illustration vivante de l’intelligence fluide et sachant sortir du cadre ;)

“The Buddha, the Godhead, resides quite as comfortably in the circuits of a digital computer or the gears of a cycle transmission as he does at the top of the mountain, or in the petals of a flower. To think otherwise is to demean the Buddha – which is to demean oneself.”
― Robert M. Pirsig, Zen And The Art Of Motorcycle Maintenance: An Inquiry Into Values

On commence à avoir l’habitude.  Les gens, et les médias aussi, déforment tout.  Et de nos jours on ne fait plus aucune différence, dans la culture populaire, entre un « hacker » et un pirate informatique.

C’est triste.  Tout part en couille.  Il faut vite arranger ça, parce que le concept de « hacker » est utile.

Du temps jadis, quand Internet était rempli de forums Usenet en « plain text » (et non pas en « plein texte »), que les consoles Unix n’étaient pas de jolies fenêtres semi-transparentes sur un environnement graphique haute définition, que les distributions Linux se méritaient (ah, patiemment copier les disquettes 1.44Mb en raw, une par une, à la main…)…  du temps jadis où « les hommes étaient des hommes et codaient leurs pilotes de périphériques eux-mêmes »…  on ne confondait pas tout.  On ne pouvait pas.

Oscillant entre une installation boiteuse d’OS/2 et de Red Hat sur mon vieux 486DX (33 Mhz !), je lisais alors Eric S. Raymond.  L’un des auteurs qui a très certainement le plus et le mieux influencé ma vie.  Sous ses aspects crades de geek aux cheveux gras, « ESR » était, et est toujours, un véritable génie.  Génie de l’informatique, bien entendu.  Mais surtout un bel esprit, qui comme beaucoup avant lui (et de plus en plus après, on se fait vieux) qui a mis le doigt sur ce concept.  Qui l’a nommé.  Qui l’a souligné.  Le mot « hacker » a été popularisé par lui.  Le mot « open source » aussi.

En français, « hacker » se traduirait maladroitement par « bidouilleur ».  Mais bidouilleur a un côté un peu péjoratif et approximatif qui ne va pas du tout avec « hacker ».  Le hacker, pour être clair, est celui qui :

  • aime comprendre comment les choses fonctionnent ;
  • n’en a rien à branler des opinions des gens, des conventions sociales, des traditions de pensée…  seuls les résultats comptent (et donc les effets de nos actes sont à surveiller bien plus que leur forme ou leur label à la con) ;
  • qui arrive à faire exploser les cadres, les conventions, les « ça ne se fait pas » pour trouver des solutions nouvelles, créatives et originales à des problèmes divers et variés.

Ce que le hacker préfère, c’est quand on lui dit « non mais ça, c’est pas possible »…  Là, au fond de ses tripes, une lumière rouge s’allume et il s’énerve froidement.  Et il commence déjà à chercher comment prouver que ça l’est.

Vous voyez les gens qui ont ramené l’équipage d’Appolo 13 à bon port en utilisant des chaussettes, du scotch et des trucs farfelus ?  C’étaient des hackers.

Vous voyez le mec qui a inventé le feu par friction, y’a des millions d’années ?  C’était un hacker.

Vous voyez ce jeune qui a inventé un test sanguin peu coûteux, low tech et super efficace pour détecter les marqueurs cancéreux ?  Typiquement un hacker.

Bien…  Maintenant, pour être un bon pirate informatique, il faut aussi être un bon hacker. Mais de rendre les deux synonymes est juste trop dommage.  Et trop bête aussi.

Léonard de Vinci était un superbe hacker.  Très célèbre…  Nicolas Tesla, aussi.  Un incroyable hacker, celui là…  :)

Comment développer l’esprit du hacker en vous ? (à vos risques ;)

  • transgressez certaines normes sociales inutiles.  Eh oui.  Habituez vous.  Désensibilisez vous.  Quittez peu à peu votre phobie de ne pas être parfaitement dans les clous.  Sortez du cadre.  Vraiment je veux dire.  Dites des gros mots.   Acceptez de passer pour un fou ou une folle une fois de temps en temps.  Allez péter un coup dans un lieu public, et souriez en soupirant d’aise au moment où les gens vous regarderont d’un air gêné.  Au feu rouge, allez chercher un truc énorme dans votre nez et jetez le par la fenêtre avec une pichenette gluante.  Et souriez. Asseillez vous par terre.  Refusez l’apéro.  Faites des conneries…  riez.  Evidemment, n’allez pas violer des lois ou faire du mal aux gens hein.  L’idée ici est simplement de se désensibiliser à la pression sociale.  De s’habituer à faire des trucs farfelus…  d’être original aux yeux des autres.  En voyant qu’on peut faire ça sans mourir, on commence à intégrer peu à peu l’idée que la créativité n’est pas mortelle.  Et que de penser en dehors du cadre peut aussi être envisageable.  Et ça commence par des actes en apparence banals comme ça.  Bien entendu, utilisez votre jugement.  N’allez pas tout faire péter dans votre boulot ou votre famille…  allez y souplement, dans des lieux choisis, dans des contextes où ça n’aura pas de répercussions fâcheuses…  Commencez cool et vous verrez peu à peu que c’est souvent moins dramatique qu’on croit, surtout quand on explique la démarche à son entourage.  Evidemment, comme en faisant ça vous affirmerez haut et fort votre liberté, ça peut en énerver certains qui préféreraient vous voir la fermer.  A vous de gérer intelligemment hein.
  • libérez votre corps : nous comprenons de mieux en mieux comment le corps et sa liberté de mouvement influencent l’esprit.  Bouger avec son corps, lui faire faire des choses originales et hors cadre permet de libérer aussi l’esprit.  Les traditions millénaires Indiennes l’ont découvert, expérimenté et développé depuis un bail hein, mais nous on a besoin de preuves…  Ben maintenant ces preuves émergent, notamment grâce aux neuro-sciences.  Faites du yoga.  Grimpez sur les murs.  Lancez des trucs.  Jouez et vautrez vous par terre.  Faites des trucs compliqués avec votre corps.  Et des trucs « hors cadre ».  Ca aidera votre esprit à s’autoriser à faire de même aussi.
  • libérez votre esprit : sans nous en rendre compte, nous éliminons tout un tas de solutions, de conceptions du monde et d’hypothèses, dans une phase de pré-traitement des informations qui est nécessaire pour ne pas devenir cinglé, mais qui peut se régler finement.  Quand on cherche une solution, il faut faire attention à la manière dont le langage (inventez vous des mots au besoin), notre culture, nos catégories mentales, nos conditionnements, nos habitudes, notre état physiologique peuvent influencer nos perceptions, et littéralement nous priver de pans entiers d’informations utiles.  Soyez libres.  Soyez créatifs.  Votre esprit et votre intelligence n’ont aucune limite, sauf celles que vous acceptez (sisi, je crois que l’intelligence est une compétence qui s’acquiert, même si elle a peut être une part innée…  je pense aussi que c’est long à développer donc plus on commence tôt, mieux c’est…  mais on peut toujours progresser).
  • n’ayez pas peur d’échouer : au besoin, anticipez les conséquences d’un échec et prévoyez des plans B et C.  Pas grave.  L’échec est normal en fait.  Et c’est une source d’infos précieuses…  Vous vous planterez 20 fois avant de réussir, et profitez du paysage sur le chemin, parce que quand vous réussirez ça sera fini, faudra trouver un autre projet ;)
  • comprenez comment ça marche : pour tout, il y a une mécanique à piger.  Absolument tout.  Une fois que vous avez compris les mécanismes en oeuvre, subitement tout devient limpide et vous pouvez agir sur le système.  En faisant ça, j’enseigne à des citadins ordinaires qui sortent à peine de leur bureau à dormir dehors sans sac de couchage même par des températures négatives parfois…  et ça marche.  En faisant ça, j’arrive à faire comprendre des concepts complexes à des enfants de 8 ans.  En suivant les enseignements de gens qui ont fait exactement ça, j’arrive à toucher une cible de 20cm de large à 200m 10 fois sur 10 avec un fusil.  En moins de 10 secondes.  Le but n’est pas de me vanter…  c’est plutôt de montrer que la méthode fonctionne.
  • soyez teigneux : ne lâchez rien.  N’abandonnez jamais…  Patience, constance, boulot.  Trop de bons hackers deviennent mauvais parce qu’ils pensent que le travail est dangereux ;)

Ceci dit, je dois vous mettre en garde.  Y’a des gens qui vont s’énerver.  Certains vont vous trouver dangereux.  Vous allez passer pour de dangereux intellectuels.  Vous allez faire peur.  Vous allez rencontrer des résistances, surtout dans les institutions sclérosées où le nivellement par le bas et le conformisme sont garantes de l’immobilité des postes et des pouvoirs établis.  Vous allez gonfler plein de gens.  Vous allez changer de groupe d’amis.  Vous allez peut être même perdre votre boulot, devenir pauvre, tout ça…  :)  Ca peut aller loin dans la connerie.  Mais vous pourrez aussi plus facilement résoudre des problèmes, prendre du recul, trouver des solutions…  ;)

10ans

Quelques trucs que j’ai appris en 10 ans à enseigner la survie…

Il faut s’adapter. Vite. Sinon on souffre.  Sinon on meurt.  Ca implique de percevoir le monde tel qu’il est, et pas tel qu’on voudrait qu’il soit.  Pleurnicher ne change pas la météo.  Râler ne change rien au climat social.  Chouiner n’attendrit pas l’institution.  L’univers n’est pas sensible à nos caprices.  Attention : s‘adapter ne veut pas dire souffrir en silence.  S’adapter veut dire structurer ses actes pour pouvoir atteindre ses objectifs dans le contexte.  Tel qu’il est.

Anticiper.  Plus.  La manière la plus rapide de s’adapter reste de s’adapter avant que le contexte ne change.  Ca s’appelle anticiper.  Ca nécessite une prise d’infos et un peu de réflexion.  Et ca implique de l’incertitude (parfois on se trompe), un investissement d’énergie mesuré, et une capacité à changer de plan en permanence.

Notre capacité à décider de poser des actes pertinents est un truc qui fluctue fortement en fonction de notre état. Sous stress, quand on a froid, quand on est fatigués, quand on en a ras le bol, nous acquérons une inertie mentale phénoménale.  Si on ne bouge pas, il sera très difficile de se mettre en marche.  Si on est lancés, ça sera sur un rail et il sera difficile de changer de cap ou de freiner.  L’inertie mentale nuit fortement à notre capacité d’adaptation, évidemment.  Le tout est de le reconnaître, de l’anticiper, de le savoir, d’en tenir compte…  et de savoir faire un gros effort au bon moment  pour en sortir et initier un cercle vertueux.

Facta non verba.  Les mots c’est de la merde.  Les gens retiennent peut-être à 10% ce qu’on dit, et imitent à 90% ce qu’on est et ce qu’on fait.  Ils referont ce qu’ils ont déjà fait (les habitudes sont collantes).  Ils retiendront et comprendront ce qu’ils ont fait.  Ils réfléchiront, éventuellement, sur la base de ce qu’ils ont fait.  Les mots ne servent pas à grand chose, sauf à attirer l’attention et à justifier l’action qui suivra.  Les gens suivent nos pieds, pas nos index.  Les gens prennent exemple…  et quand les mots contredisent les gestes, ils retiennent le geste.

La tête et les couilles.  Ou les ovaires, bien sûr.  De l’intelligence et du courage.  La gniaque, mais aussi la conscience de ses limites.  L’attitude « marche ou crève » n’est utile que quand on marche dans la bonne direction.  Et un con qui marche ira toujours plus loin qu’un intellectuel assis, pour paraphraser Audiard.  Il faut trouver le chemin le plus facile.  Et s’il n’y en a pas de facile, il faut en trouver un possible.  Et s’il n’y en a aucun de possible, il faut trouver un moyen pour que ça soit possible quand même.  Find a way.

Quelque chose nous pousse à nous compliquer la vie. On se crée des problèmes.  On ne s’autorise pas à utiliser des solutions vraiment efficaces lorsqu’elles sont en dehors des clous, de la normalité, de nos habitudes.  Pression sociale ?  Conditionnement à rester dans le droit chemin, fût il imaginaire ?  Peur de la sanction ?  Education castratrice ?  Sans doute un peu de tout ça.  Mais le fait est que souvent des solutions simples et d’une cruelle efficacité existent, et même en le sachant il arrive qu’on décide de ne pas les apppliquer.  Je cherche encore, y compris pour moi-même, à bien comprendre comment tout ça opère.

Moins mais mieux.  C’est valable pour absolument tout.  St-Exupéry disait que la perfection est atteinte non pas quand il n’y a plus rien à ajouter, mais bien quand il n’y a plus rien à retirer.  On dit aussi que la simplicité est la sophistication suprême…  La simplicité vient avec la pratique, avec le temps, avec l’expérience.  Et plus les outils, techniques, mots, plans de cours, gestes, systèmes sont simples, et mieux ils fonctionneront en contexte dégradé, plus ils seront faciles à réparer, produire, remplacer, bricoler, plus ils seront efficients…  Les fioritures, c’est de la merde coûteuse et lourde qui ne sert à rien.

Les civilisations se font et se défont sur la base de l’attachement au confort. Rome a piqué du nez et a été remplacée par tout un tas de peuples rustiques et ancrés dans le concret a partir du moment où le gros de ses citoyens a commencé à prioriser son confort, et à négliger sa survie à long terme.  La civilisation occidentale est en train de suivre exactement le même chemin, sauf si nous arrivons à retrouver le contact avec le plancher des vaches.  Le confort est un formidable indicateur du fait que nos besoins primordiaux sont satisfaits.  Et on doit le rechercher.  Mais il faut aussi savoir en sortir si c’est nécessaire pour assurer ces mêmes besoins dans la durée.  L’aimer oui.  Y être attaché, non.  En être esclave encore moins.  Aucune liberté réelle n’est possible quand on est ligoté par sa propre envie d’être bien et d’en profiter.  Et ceux qui couineront en me disant qu’ils le choisissent, et donc qu’ils sont libres, et ils seront nombreux, pourront se regarder dans la glace et voir en quoi ce discours diffère de celui de ceux qui ont des problèmes d’addiction.

En ce moment même, dans le monde, des milliards de personnes boivent quotidiennement de l’eau qui vous rendrait gravement malade pendant des semaines.  Wake the fuck up.

To be continued…  ;)

Crédit photo : Théo / Synchro-X

Inutile de combattre… il faut construire.

Quand on a plus de 1600 amis sur Facebook, assez vite on voit son fil d’actualité devenir un petit laboratoire sympa de l’ambiance d’une société.  Bien mieux que tous les grands médias, bien plus vite que les fils de presse, bien plus finement que ce qu’on peut imaginer, on a accès à cet espèce de bruit de fond, de murmure de la foule, avec de temps en temps un cri, de temps en temps un coup de gueule…  et des tendances.

Fin 2013, début 2014, j’ai assisté un peu horrifié à l’émergence de plusieurs tendances nettes, qui sont présentes depuis 5 ou 10 ans mais qui s’amplifient, se précisent, se combinent pour devenir des courants.  Et actuellement j’en identifie trois, très précises.

  1. les gens en ont plein le cul.  Marre d’être les seuls à payer, les seuls à trimmer, les seuls à ne pas pouvoir se défendre face aux agressions diverses (incivilités, insécurité, affaire du bijoutier de Nice…), les seuls à être réglos devant des élites et des politiques de plus en plus pathétiques, de plus en plus malhonnêtes, de plus en plus incohérents.  L’ère Sarkozy voyait son lot de critiques et de coups de gueule, mais depuis l’arrivée au pouvoir du PS, on assiste à une série noire de scandales, de réponses inadaptées, de hausses d’impôts et de taxes qui, sur fond de crise sociale et économique, commencent réellement à pousser tout le monde à bout.  Les mots « ras le bol » sont de plus en plus présents.  Au point que les racontards les plus farfelus sont désormais relayés sans états d’âme, puisque considérés comme crédibles.  Certaines dates refont surface : « 1789… « 
  2. les gens cherchent une solution centralisée, unique, et politique à des problèmes systémiques étendus.  Ne comprenant pas forcément la complexité des phénomènes socio-économiques, les propriétés émergeant des grands systèmes et de leur complexité, ils ont l’impression lancinante que « certains » organisent toute la crise pour en tirer profit…  et on rejoue un vieux scénario des années 30 avec le « sionnisme » qui retrouve sa place de bouc émissaire, dans une analyse plus ou moins cohérente mais surtout désespérée de trouver des solutions à toute ces crises.  Certains « comiques » et certains « intellectuels » (ils me pardonneront les guillemets…  ils sont à l’humour et à la réflexion politique ce que je suis au badminton ou à la danse classique : lourds, pas doués, visiblement pas entraînés, mais très déterminés sans doute).  Les théories complotistes, l’antisémitisme, le sexisme et les discours moralisateurs de base (notamment une incroyable remontée des envolées lyriques homophobes) ont actuellement le vent en poupe.  Je « vire » actuellement en moyenne 3-5 « amis » facebook par pur ras le bol de lire leurs commentaires ou posts haineux.  Et malgré ce grand ménage perpétuel, des gens qui jusque là étaient modérés explosent et basculent dans la haine chaque jour.  C’est comme une maladie qui se répand.  Elle se répand vite.  Elle est en train de poser les bases idéologiques nécessaires aux pires horreurs.  Et les réponses violentes et inadaptées de notre ministre de l’Interieur, censurant d’un côté, frappant ses officiers supérieurs d’injonctions paradoxales (dites nous tout, mais pas ce que nous ne voulons pas entendre) ne font que renforcer les craintes et la grogne du peuple.  Ce qui crédibilise, bien entendu, les théories les plus brunes…
  3. les gens cherchent à récupérer du contrôle sur leur vie…  par tous les moyens.  Ils en ont marre de subir, marre d’attendre, marre d’espérer.  Ils veulent avancer.  Ils veulent du concret.  Ils veulent faire des choses.  Quelque part, le constat est simple.  Le contrat social qui consistait, schématiquement, à troquer sa liberté (d’entreprendre sans trop de taxes, de s’armer, de se défendre, de penser différemment, etc.) contre des services publics performants étant de moins en moins crédible pour le peuple, les gens veulent récupérer leurs billes : entreprendre librement, se défendre librement, parler et penser librement, et ne plus gober les discours officiels qu’ils considèrent comme étant mensongers et manipulateurs.  Et donc les gens réapprennent la permaculture, le bricolage, les médecines alternatives…  ils mettent leurs enfants dans des écoles Montessori.  Ils veulent du concret et du pragmatique.  No more bullshit

Il est toujours extrêmement prétentieux et risqué de faire de la prospective.  Mais j’en viens à la conclusion que nous sommes à un embranchement sérieux de l’histoire de ce pays…  voire de la civilisation Occidentale (on assiste en effet à des phénomènes assez similaires un peu partout en Occident).  Le renversement du pouvoir de diffusion permis par Internet y est sans doute pour quelque chose (et l’impression 3D rajoutera l’insulte à l’injure en permettant bientôt aux gens de produire divers objets chez eux très facilement)…  rendant les frontières poreuses à l’information, à la culture, à la réflexion, et aux théories fumeuses aussi.  Seuls quelques grands blocs linguistiques se découpent encore dans le paysage mondial.  Et les grandes civilisations de l’antiquité retrouvent les frontières floues de leurs nébuleuses culturelles : Chine, Russie, Inde, monde Arabe…  et l’Occident, uni pour le moment par la langue anglaise et une culture de rationalité, d’humanisme et de démocratie…  Pendant tout ce temps, l’Etat Nation, en tant que concept politique, se révèle de plus en plus cisaillé entre les pressions du commerce international, et l’émergence de localismes dans lesquels se reconnaissent de plus en plus de gens, qui cherchent des solutions concrètes à leurs problèmes tout en préservant leurs valeurs et leur identité culturelle.

Coincés entre l’arbre et l’écorce, nos gouvernements luttent actuellement pour leur propre survie.  La caste politique, de plus en plus malmenée et perdant de plus en plus en crédibilité, sera, je le crains, dissoute dans une redistribution des pouvoirs qui s’étalera sur quelques décennies.  Et on verra, je le crains aussi, des tentatives intenses et peut être violentes de résistance de leur part.  Et en attendant leur dissolution qui me semble de plus en plus inévitable, les soubresauts nationalistes, identitaires seront nombreux.  Et les niches écologiques pour les marchés du service au public seront âprement disputés.

Bon et donc quoi ?

La conclusion, pour moi, s’impose d’elle même…  il devient de plus en plus justifiable et possible de créer localement des solutions qui rendront possible une vie paisible et heureuse de manière relativement indépendante des grands systèmes nationaux.  Sans rupture brutale, sans même devoir tomber dans l’illégalité, il devient de plus en plus réaliste de :

  • faire son potager (permaculture, agriculture bio, traction animale, etc.) ;
  • réapprendre à prévenir les maladies et à se soigner localement (la médecine restera irremplaçable pour les gros problèmes, mais tellement de prévention peut se faire, et tellement d’alternatives efficaces existent) ;
  • réapprendre à bricoler, réparer, réutiliser…
  • réapprendre à s’entraider, tisser du lien de proximité avec les gens qui en valent la peine, et créer des réseaux d’entraide et d’échange d’informations larges grâce au net…
  • réapprendre à se défendre, aussi…  individuellement et, en accord avec les autorités, collectivement (le service militaire avait au moins ça de bon…  les hommes apprenaient à faire la guerre dans un cadre légal clair).
  • bref…  commencer à construire tranquillement un système à côté du système actuel avant qu’il ne soit dissout (en tout ou en partie).  Un système souple et léger, réaliste et ancré dans des objectifs de survie à long terme qui sera là pour maintenir les humains en vie, sereinement, malgré les soubresauts qui risquent d’arriver à moyen terme.

Je ne crois pas en l’effondrement du système…  je ne crois pas que tout va sombrer dans le chaos, je ne crois pas que l’avenir est sombre.  Je crois plutôt que les prochaines décennies vont être des décennies où nous verront beaucoup de changement dans nos institutions…  et soit on arrivera à concilier les besoins locaux et globaux, l’identité et la technologie, la tradition et la modernité…  soit nous nous confronterons de plus en plus à ces tensions que nous ressentons actuellement cruellement.

La tête dans les étoiles et les pieds sur terre…  ;)

Maintenant, il est fort possible que je me trompe…  il est fort possible que je sois complètement à côté de la plaque.  Auquel cas j’aurai appris plein de trucs qui resteront compatibles avec l’Etat Nation tel qu’on le connaît actuellement…  et qui me permettront de vivre une vie sereine, pleine, riche, et saine.

Il est excessivement facile de fédérer les gens CONTRE quelque chose.  Tout le monde s’entend généralement bien pour rejeter les choses qui ne vont pas.  Toute la difficulté réside dans le fait de fédérer les gens dans un projet commun concret et cohérent.  Dans ce domaine, l’expérience me semble démontrer que les difficultés, les frictions et les glissements deviennent de plus en plus fréquents au fur et à mesure de la croissance des systèmes.  Aussi, je crois que les petits groupes locaux, reliés entre eux de manière informelle, avec juste assez de règles pour assurer la cohérence de l’ensembe seront une bonne hypothèse à tester.

You may say I’m a dreamer… ;)

Mes deux balles ;)

David

Carnets d’aventures dans les bacs ;)

Salut :)

Carnets d'aventureJuste un petit mot pour dire que le dernier numéro de Carnets d’Aventures est sorti.  Ma chronique de ce trimestre ci est sur le confort.  Le confort pour durer sur le terrain…  Ca tranche un peu.

D’ici peu, ils vont aussi publier un recueil en PDF de toutes les chroniques « vie sauvage » qui ont été pondues depuis le No.6 (ça fait genre 28 chroniques…  mine de rien !).  Ca sera vendu pour pas cher et ça financera le beurre pour mettre dans mes chénopodes ;)

Affaire à suivre sur http://www.expemag.com/

"J'enseigne aux gens à rester en vie."