Bonjour à tous

Depuis longtemps j'avais envie de faire ça, mais là c'est l'occasion ou jamais : le compte-rendu du stage, mais du point de vue de l'instructeur.
Ce stage, je l'attendais avec impatience. J'aime vraiment bien faire des stages niveau 1, mais les stages avancés sont toujours vachement plus cool. Le premier jour, avant le stage, on sent un peu les gens anxieux. On lit des questions dans les yeux. Tout le monde se demande "mais qu'est-ce qu'il nous réserve"... Une fois le premier contact pris, et l'arrivée sur les lieux, on sent un peu d'anxiété. Et quand je dévoile le scénario, les gens écoutent. J'ai TOUTE l'attention. Ca change

Là, sans dévoiler tous les secrets de l'instruction, nous étions une équipe de travailleurs humanitaires envoyés en mission dans le Dioikistan pour supporter l'action pacifique des rebelles babakouls qui font face au pouvoir karsoziste en place (ouais ouais je sais, c'est juste histoire de faire un scénario sympa quoi

)... Nous devions réceptionner, à un point donné sur une carte gribouillée vite fait dans un café, un larguage de vivres et de médicaments, pour éviter que la famine organisée par les karsozistes ne décime toute opposition dans le pays.
Bon...
Alors TOUT LE MONDE A ETE VACHEMENT SURPRIS quand l'hélico n'est pas venu au RV hein

Et quand j'ai reçu un coup de bigophone qui disait que l'hélico arriverait dans 24h, tout le monde s'est dit OULALAAAAA, VA FALLOIR SURVIVRE UNE NUIT DEHORS SOUS LA PLUIE ET SANS FEUUUUU...

Ok ben au boulot. C'est quoi nos priorités. C'est quoi les contraintes. Qu'est-ce qu'on doit faire pour en pas crever. Déjà, vu le temps, la gestion du froid était notre première priorité... froid, humidité, pluie, vent... un temps à ne pas mettre un survivor dehors. Pourtant en appliquant des principes simples, non seulement tout le monde a survécu, mais en plus tout le monde a pu dormir un peu. Preuve que l'objectif de survie était dépassé, et qu'on retombait dans le confort.
En plus, c'était sympa parce que parmi les intervenants de l'ONG, on avait un spécialiste de la botanique qui nous a permis de manger pas trop mal et de prolonger notre pique nique. Nous comptions aussi sur le larguage de l'hélico pour nous nourrir, donc c'était sympa d'avoir un botaniste avec nous !
J'ai toujours un peu l'angoisse, pendant la nuit, dans les stages avancés. On a vite fait de se retrouver avec une fille en hypothermie, avec un gars qui fait un malaise... alors on dort d'un oeil, on stresse, on se lève deux fois pendant la nuit pour aller entendre les gens dormir... s'assurer que tout va bien. C'est flippant, vu les responsabilités qu'on prend, et qu'on fait prendre. Et au matin, les stagiaires se lèvent doucement, avec un peu mal partout, la tête dans le cul, mais le petit sourire satisfait de la personne qui sait qu'elle l'a fait, et qu'elle pourra le refaire. Et on rattaque la cueillette et on refait chauffer de l'eau pour une thisane ou un restant de café... et on se rend compte que malgré un estomac un peu creux on continue pas trop mal à fonctionner.
Je garde les détails, je conserve les secrets du scénario et de tous les autres scénarii que j'ai en réserve... vous m'en voudrez pas j'espère. Mais ce que j'aime par dessus tout dans les stages avancés, c'est justement ça : de voir les gens se lever le 2e matin avec cette petite lueur dans le regard qui dit "je l'ai fait". Et j'aime voir les gens repartir avec.
Combien de gens, en France, ont déjà passé une nuit dehors avec presque rien ? Combien de gens savent le faire au besoin ? Ceux qui sont venus chez moi, en tout cas, ils savent. Et paradoxalement ils savent que c'est à la fois possible ET difficile... ils connaissent le truc, ils savent ce que ça implique exactement. Donc ils ne prennent plus le truc à la légère ("bouarf j'ai un pull c'est bon !"), ni en flippant complètement (je vais mouriiiiiiiiir....

)...
Bref. Ma gueule.
Moi je voulais juste dire que je me suis particulièrement régalé pendant ce stage. Du temps pourri, de la pluie, du vent, rien à bouffer... Déjà en soi c'est nickel

Mais surtout la certitude que les gens repartent avec des connaissances et un "petit truc spécial" que plus personne, jamais, je pourra leur enlever... et ça, pour moi, ça n'a pas de prix.
En plus, les stages avancés c'est toujours l'occasion de revoir les stagiaires qui sont déjà venus au moins une fois, et qui par la force des choses deviennent des potes, puis des amis parfois. J'ai vraiment du pot de faire ce taf

Ciao

David
P.S.: merci à tous mes stagiaires de supporter mes névroses de Don Quichiotte
