Aussi Loin Que Mes Pas Me Portent
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de Josef Martin BAUER
Résumé
Un jour de l’hiver 1953, l’imprimeur-éditeur munichois Franz Ehrenwirth écoute l’un de ses techniciens fraîchement embauché (Clemens Forell dans le livre) raconter sa vie de prisonnier en Russie, son évasion et sa folle errance de trois ans à travers la Sibérie, et il lui suggère d’en faire un livre. Forell ne s’en sent pas capable, mais accepte de collaborer avec le romancier Josef Martin Bauer, lequel est vite captivé par l’histoire inimaginable que cet inconnu lui raconte… En août 1944, Clemens Forell, infortuné bidasse allemand enrôlé sous la bannière du Reich, laisse derrière lui femme et enfant pour aller se battre sur le front russe. Un an plus tard, capturé par l’Armée Rouge, il se voit refuser le statut de prisonnier de guerre et écope d’une condamnation à vingt ans de bagne – car il s’agit de fournir en main-d’oeuvre les terribles mines mises en exploitation au-delà de la Kolyma, près du détroit de Béring… Après trois longues années passées sous terre, dans des conditions effroyables, Forell parvient à s’évader et entame une odyssée terrestre dont il ne mesure pas d’abord l’impossibilité. Il ne sait qu’une chose : il doit faire route vers le sud-ouest, sans faiblir. Heureusement l’ignorance, lorsqu’elle est servie par assez de volonté, permet parfois de rendre possible l’impossible. A demi gelé par le vent de la toundra, le fugitif est recueilli par des chasseurs de l’Arctique qui le soignent et font route avec lui. De rencontre en rencontre, toujours à la merci d’être trahi (cela lui arrivera d’ailleurs), il poursuit tant bien que mal son chemin au long des mois. On le retrouve chasseur, braconnier, éleveur de rennes. Parfois, on l’accueille si qu’il en oublie son projet de retour au pays. Mais toujours lui revient l’image de sa femme et de son enfant, et après une halte réparatrice il reprend sa marche. Le chien Willy, qui s’attache à ses pas, le protégera des loups, mais aussi des hommes – car tous n’ont pas la bienveillance des « sauvages » du Grand Nord. Plusieurs fois il perd son chemin, s’égare dans des détours, butte sur des obstacles infranchissables ; toujours il persiste. Jusqu’à rejoindre les forêts de Sibérie centrale, puis les montagnes du pays bouriate, puis la steppe du Kazakhstan – avant de buter sur l’infranchissable rideau de fer qui longe la frontière de l’Iran. Ironie de l’histoire, ce petit soldat du Reich trouvera son salut chez un Juif allemand qui le cache puis le confie à des amis, tandis qu’une femme rencontrée dans la rue et qui devine sa détresse lui procure le laissez-passer miraculeux qui lui permettra de passer la frontière. Trois ans et deux mois ont passé depuis qu’il a quitté l’enfer du bagne : il aura parcouru au total quatorze mille kilomètres. Mais laissons-là les chiffres. Ce ne sont pas les mesures de l’exploit qui rendent le livre de J.M. Bauer inoubliable ; c’est la simple narration d’une aventure dont le projet surhumain est à chaque instant ramené à ses dimensions humaines : celles de la souffrance, du découragement et par-dessus tout de la peur ; celles aussi d’un entêtement qui n’est pas loin de déplacer les montagnes. On ne remerciera jamais assez Bauer de s’être borné à cela : à rendre compte, sans monter jamais sur ses grands mots. Ce qui ne l’empêche pas de suivre Forell, le fugitif terrorisé, dans le plus renversant de ses paradoxes : l’amour qu’il finit par vouer, au bout de la route, à cette Sibérie qui l’aura tant fait souffrir – mais qui lui aura offert le plus incompréhensible des cadeaux : la vie.


