Avant de partir
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Introduction
Savoir se tirer d'une situation précaire, c'est bien. Savoir éviter de se mettre en situation précaire, c'est mieux.
Dans nos sociétés modernes nous avons pris l’habitude d’être assisté pour presque tout. Pour la voiture il y a le mécanicien, pour nous nourrir le supermarché, si l’on est attaqué on compte sur la police et en cas d’accident ce sont les pompiers et les médecins qui vont nous sauver. Cette interdépendance est la preuve du bon fonctionnement de nos civilisations mais ce modèle n’est pas vraiment compatible avec l’isolement que l’on connaît en pleine nature.
C’est pourquoi avant de partir faire quoi que ce soit dans ces conditions, il faut se mettre dans le tête qu'à partir d'un certain moment c'est à nous-mêmes que vont incomber les tâches les plus basiques nécessaires pour maintenir l'organisme en bon état de marche : ne pas avoir d'accident, maintenir sa température corporelle, rester correctement hydraté.
Cela suppose une préparation avant de partir.
Sommaire |
Juger ses capacités
Niveau physique : surestimer ses capacités dans ce domaine c’est d’abord ne pas prendre de plaisir mais surtout risquer de se blesser.
Maîtrise technique : toutes les activités nature nécessitent des connaissances techniques particulières, que ce soit des bases de météorologie, d’orientation ou autres. Si l’on a peu d’expérience on commencera par des choses simples et progressivement on s’aventurera plus loin. Un alpiniste ne commence pas par l’Everest et un marin par une traversée en solitaire de l’Atlantique.
Il n’y a pas de honte à abandonner ; au contraire, reconnaître que l’on ne pourra atteindre son objectif et faire passer la sécurité en premier lieu est une preuve de maturité et de sang froid.
Equipement
Chaque activité fait appel à un matériel précis, il est important de s’interroger avant une activité nature sur l’adéquation entre ce que l’on veut faire et ce que l’on a pour le faire. On ne va pas en montagne en basket et on ne passe pas la nuit dans une zone neigeuse avec son sac de couchage d’été.
Une carte précise et une boussole sont des outils essentiel à bon nombre d’activités, mais comme pour tout outil ils ne servent à rien si on ne sait pas s’en servir correctement.
Le téléphone portable est un outil formidable mais il n’est pas une assurance vie. Normalement 100% du territoire français est couvert pour appeler les urgences, mais il se peut que votre batterie vous abandonne ou autre. Avoir un téléphone est une bonne chose, n’avoir qu’un téléphone est une bêtise.
Information
Prendre des informations : s’informer sur la météo en particulier, sur les règlements locaux (feu interdit par exemple) ou toutes autres informations peuvent s’avérer vital.
Donner des informations : avant tout départ il est important de prévenir des proches de l’itinéraire envisagé, de la date de retour prévu. Il peut arriver que l’on ne connaisse personne lorsque l’on est en vacances par exemple, à ce moment-là il faut prévenir son logeur ou ses voisins, les gardiens de refuges où l’on pense passer la nuit.
« Qui peut le plus peut le moins »
Il faut toujours s'attendre à devoir éventuellement passer tout ou partie de la nuit dehors parce qu'un petit rien a mal tourné, par exemple parce qu'on a perdu du temps en s'égarant un peu ou à cause d'une mauvaise entorse de la cheville.
Sans prévoir un bivouac grand confort lorsqu'on part simplement à la journée, il importe d’emporter quand même un minimum d'équipement approprié : poncho, lampe de poche, pull ou polaire, briquet et allume-feu... cela prend peu de place et peut s'avérer très utile.
Un petit conte.
Il était une fois M. Inconscient qui passait ses premières vacances à la montagne en été, sa femme était partie se baigner et il décida sur un coup de tête d’aller se promener sur les hauteurs. Le temps était superbe et il partit en short et t-shirt avec juste une bouteille d’eau et son portable. Il regarda la carte qui décore le hall de son hôtel et prit un télésiège qui le rapprocha d’un col qu’il voulait passer pour atteindre un petit lac d’altitude.
Au milieu de l’ascension du col, une masse nuageuse jusque là masquée par la montagne apparut. Moins de 10 minutes plus tard il se retrouvait dans un brouillard épais, une pluie fine et glacée s’abattait sur lui. Il fit demi-tour mais le chemin traversait plusieurs névés et éboulements ; ajouté à la quasi absence de visibilité, M. Inconscient perdit le sentier, il marcha au hasard, bientôt il se retrouva paniqué sur une zone de lapiaz. Il chercha à redescendre le plus directement possible, après tout il ne s’était pas tellement éloigné du village. Ses vieilles tennis adhéraient mal à la roche humide et il tomba sur le dos, plus de peur que de mal mais son portable fut brisé, de toute façon il n’aurait peut être pas eu de réseau, même pour les urgences.
Il continua sa marche, ponctuée de chutes qui lui causèrent bleus et plaies superficielles, il avait de plus en plus froid, la peur lui donna mal au ventre, il en appela à Dieu et se maudit, il descendit mais il n’était pas sûr d’aller dans la bonne direction, il se demanda même s’il n’était pas en train de s’éloigner. Il glissa une fois de plus mais cette fois son pied tomba dans un trou assez profond, sa chaussure se coinça et c’est de tout son poids qu’il tomba en avant, son tibia ne put résister et ce fut la fracture ouverte. Il avait eu de la chance car à 50 cm il y avait un trou profond de plus de deux mètres où il aurait pu s’assommer et, le froid aidant, mourir très rapidement.
Il pleurait de douleur et hurlait de rage. La nuit tomba vite et avec elle les températures, le vent se leva chassant les nuages mais accentuant la sensation de froid. En état de choc M. Inconscient ne criait plus, il allait mourir dans quelques heures d’hypothermie. Une fois de plus il eut de la chance : sa femme inquiète avait déjà prévenu les secours, la personne qui lui avait vendu la place de télésiège se souvenait de lui, pour cause elle l’avait mise en garde. Les gendarmes sachant à peu près où il était allé, une équipe entama l’ascension malgré des prévisions météo très mauvaises.
Un berger arriva au village à la nuit tombée, il n’avait pas de téléphone dans les alpages et dut redescendre dans l’obscurité pour signaler qu’il avait entendu un homme crier ; par expérience il put a peu près situer l’appel, l’information fut transmise à l’équipe de secours qui précisa ses recherches et se lança dans les lapiaz, éclairée par leur seule lampe frontale. Il mirent 1h30 pour trouver M. Inconscient, qui pour le coup avait perdu conscience et souffrait d’une hypothermie grave. Malgré la météo et la nuit, l’équipage de l’hélicoptère décida de venir chercher le blessé.
M. Inconscient fut transféré à l’hôpital où il reçut les soins appropriés. Les gendarmes durent redescendre dans la vallée sans tomber dans les pièges des lapiaz. Ce que notre victime n’apprendra jamais c’est que pendant son transfert par hélico un grave accident de la route eut lieu, un des blessé nécessitant un transport d’urgence par hélicoptère dut attendre pour être transporté et ne survécut pas.
La morale de cette histoire est que l’inconscience d’un homme peut entraîner sa mort mais surtout faire peser de graves dangers à ses sauveteurs et autres personnes en mobilisant de lourds moyens.
« Depuis la création des unités de montagnes, 46 gendarmes sont décédés dans l’exercice de leur mission » (www.pghm-chamonix.com)

