Importance d'un minimum de préparation...
Un article de Wiki Vie Sauvage et Survie.
ou « Pfff... mais laisse-donc ton sac à dos dans la bagnole, on va juste aux champignons !!! »...
Introduction
Comment commencent les situations de survie ? Comme Cody Lundin (98.6 Degres The Art of Keeping your Ass Alive), je préfère me demander comment il est possible qu'elles ne commencent pas. Pas plus souvent, en tout cas. Boussoles déréglées, orages soudains, brouillard de montagne, itinéraires mal balisés, erreurs de navigation, pannes mécaniques au milieu de nulle-part, coups de chaleur, vipères en pleine mue, sangliers grognons, sources à sec, accidents bêtes, mauvaise condition physique... Il existe tellement de facteurs de risque qu'on peut réellement se demander non pas « si » on va un jour se retrouver dans une situation d'urgence dans la nature, mais plutôt « quand ». On aime dorlotter l'idée que la forêt et la montagne ont été aseptisées, nettoyées et sécurisées pour nous. C'est le cas par endroits, peut-être, mais heureusement pas partout.
Un document de Jeunesse et Sports nous indique que : « [...] au cours de l’été 2001, 2295 interventions ont été effectuées par les services de secours en montagne, pour le compte de 2922 personnes dont 1526 blessés et 87 personnes décédées ». Ce sont là les chiffres officiels, ne tenant pas compte de tous ceux qui l'ont simplement échappé belle, ni de tous ceux qui ont dû ou pu se débrouiller seuls.
Aseptisée, la nature ? Pas si sûr. Le risque existe.
Risques liés aux activités de survie
Quand on parle des risques liés aux activités de plein air, on revient presque mécaniquement à la bonne vieille loi de Murphy : « if anything can go wrong, it will ». Autrement dit : « si une seule chose peut aller de travers, elle va finir par aller de travers ». Les mères connaissent ce principe instinctivement (ou plus probablement par expérience). La mienne, dans son infinie sagesse, ne me disait jamais « fais attention ». Elle me disait plutôt « attache tes lacets », ou « ne laisse pas ton verre au bord de la table, tu vas finir par l'accrocher ». Elle me poussait sans arrêt à structurer mon environnement pour que je n'aie pas besoin de faire attention. Elle me connaissait bien, et savait que de toute manière, faire attention ne faisait pas partie de mon univers mental. Voulant me préserver de ma propre inattention, elle s'arrangeait donc pour que rien ne dépende de mon niveau d'attention, qui était loin d'être infaillible.
Marcher dans une pente verglacée à 55 degrés d'inclinaison est, en soi, un défi permanent à la loi de Murphy. Chaque pas est un test. Chaque crampon qui s'enfonce dans la glace est un bras d'honneur à la gravitation. Tout, dans ce genre d'activité, est structuré de manière à attirer la catastrophe... et seule l'attention et la technique de l'alpiniste (et ses crampons, bien sûr) font la différence entre un pas de plus et une glissade... Selon la loi de Murphy, donc, si n'importe quel apliniste pouvait pratiquer ce genre de marche éternellement, tôt ou tard il tomberait. Les crampons, la technique, la glace et l'attention ne sont pas — pour aucun d'entre eux — des éléments totalement infaillibles. Ce n'est donc, statistiquement, qu'une question de temps avant que la glissade ne survienne. Le tout est de s'arranger pour que la traversée de cette vire verglacée soit terminée avant la glissade inévitable...
Inutile, évidemment, d'être alarmistes et de dépeindre la nature comme un environnement hostile et dangereux. La nature est simplement ce qu'elle est : un endroit où tout est possible et où la responsabilité de notre propre bien-être ne dépend de personne d'autre que de nous-mêmes. À nous d'éviter de faire des erreurs. À nous d'éviter de prendre des risques inutiles (à moins qu'on aime ça... chacun son truc). À nous, aussi, de nous préparer à faire face aux sautes d'humeur de la météo, aux erreurs de navigation, aux chevilles tordues, etc.
Évidemment, ça nous fait un peu drôle... Nous qui sommes habitués à ce que tout danger soit signalé, à ce que que tout risque soit maîtrisé. Et tout risque non-maîtrisé justifie une action en justice. Il faut un responsable... pour tout. Nous avons l'habitude de tourner un thermostat pour avoir plus chaud, et de le tourner dans l'autre sens pour avoir moins chaud. Nous buvons une eau claire et sûre (à défaut d'être pure), que nous avons à notre disposition n'importe quand. Nous considérons comme normal que la viande arrive, déjà découpée et pourtant encore fraîche, dans un emballage plastique, et que les fruits soient propres, sucrés et juteux, et disponibles toute l'année... Pour beaucoup de gens, le simple fait de se retrouver en montagne, un matin, sans papier de toilette est le prétexte au début d'un psychodrame. Nous dormons dans des abris en béton imperméables et sécurisés, que nous mettons des années à payer... Bref, nous sommes des êtres coupés de la nature. Enfin pour la plupart... Pas tous... Peut-être pas vous... Vous fâchez pas...
Un fait, cependant, demeure : la liberté quasi-totale que nous pouvons retrouver dans la nature se troque contre un engagement plus grand, et un niveau de responsabilités plus élevé par rapport à notre propre sécurité, et à notre propre bien être. J'aime les grands espaces. J'aime la liberté, les vires escarpées et les contrées enneigées par -45°C. Pourtant, je sais que quand je m'engage seul sur une vire un peu glissante, je suis le seul à pouvoir m'éviter une chute mortelle. De même, lorsque je suis loin de tout, je sais que je devrai faire face tout seul à un blizzard soudain ou à une entorse du genou, ou à un coup de fatigue... Pour moi, il n'est pas question d'abandonner ma liberté et mon indépendance contre la quiétude et l'absence de responsabilités. C'est un choix. Et ce choix me pousse, tout simplement, à me préparer à faire face à un certain nombre de problèmes possibles.
Les facteurs de risques qui causent des accidents ou coûtent des vies, en forêt, sont souvent des éléments très peu dangereux pris isoléments. En coordinant leurs efforts, par contre, deux ou trois de ces petits riens peuvent vite nous attirer des ennuis. Un guide de haute montagne expérimenté était ainsi parti en ski de randonnée dans une poudreuse magnifique, un jour de janvier. À la montée, dans un corridor beaucoup trop étroit pour être skiable à la descente, une de ses peaux de phoque a cédé. Impossible de continuer à monter, et impossible de redescendre à skis. Il a donc commencé à descendre à pied, dans la poudreuse jusqu'aux aisselles. Retardé de plusieurs heures, il a été pris dans un blizzard, qui était annoncé pour la nuit... Son expérience et des techniques de survie de base l'ont sauvé : au lieu de paniquer, et voyant la tempête se lever, il a creusé une terrier dans la neige à l'aide de sa pelle ARVA, et il a ainsi passé une nuit relativement confortable dans les -1°C de son abri, alors que dehors la tempête faisait rage et que le mercure tombait sous les -20°C (sans le facteur de refroidissement éolien).
Ces textes n'ont pas pour but de vous faire replonger subitement à l'âge de pierre, ni de vous faire connaître tout le plaisir fraternel et viril d'un stage de survie du genre « commando ». Je suis personnellement un être assez... bourrin, rustique, mais je comprends très bien que ça n'intéresse pas tout le monde. À chacun de fréquenter la nature comme il ou elle le souhaite, à son rythme et avec le niveau de confort voulu. Pourtant, qu'on le veuille ou non, les accidents arrivent, et les gens s'égarent, et les GPS tombent en panne, et certains ligaments croisés antérieurs se rompent à 5 heures de marche du village le plus proche (15 heures à cloche-pied, quoi). Et là, nous sommes subitement livrés à nous-mêmes, pour une période plus ou moins longue (avant que la civilisation ne vienne à nous, ou que nous ne revenions à la civilisation). Pendant ce laps de temps très particulier, personne à part nous ne peut subvenir à nos besoins. C'est très exactement cet intervalle que je définis comme étant une situation de survie. Notre vie sera peut-être mise en danger... ou peut-être pas. Mais une chose est certaine : durant cet intervalle, nos devront nous débrouiller avec les moyens du bord. Autant, donc, se préparer un peu.
Se préparer pour une randonnée
Se préparer pour une randonnée est une habitude à prendre. Quelques petits trucs simple peuvent nous éviter le pire, en forêt, en montagne ou ailleurs...
- Préparez vos itinéraires soigneusement, en tenant compte des difficultés du terrain, du niveau d'expérience et de la condition physique de tous les membres de votre groupe. Prenez des informations fiables avant de partir (météo, conditions sur le terrain, recommandations, etc.), et préparez-vous en conséquence. Ne faites pas comme ces dizaines de skieurs et de randonneurs qui meurent bêtement, happés par une avalanche un jour où on indique un risque avalanche de 5/5 : respectez les consignes et les recommandations fournies par les professionnels du terrain. Loin de vouloir vous priver de votre liberté, ces derniers se donnent pour mission de vous fournir des jours de liberté en plus...
- Méfiez vous des « petites ballades ». La plupart des gens se perdent dans des endroits qu'ils connaissent bien et qu'ils fréquentent régulièrement. Les recherches sur le comportement des personnes perdues montrent bien qu'il ne faut pas une grande forêt pour se perdre. Statistiquement, les personnes disparues sont souvent retrouvées dans un rayon de moins de 2,5 km de l'endroit où elles auraient dû être (Kenneth Hill, 2001). Ne négligez pas trop votre préparation sous prétexte que « ça n'est qu'une petite ballade » (bon, ok, pas besoin d'emmener votre kit de survie complet pour sortir les poubelles non plus, restons dans le domaine du bon sens !)...
- Avant de partir, prévenez toujours au moins une personne de confiance de votre départ, en lui donnant pour mission d'appeler les secours si vous manquez à l'appel en temps venu.
- Portez toujours des vêtements adaptés au climat que vous rencontrerez tout au long de votre parcours, et prévoyez le pire... En partant, demandez-vous si vous pourriez survivre à une nuit dehors avec les vêtements et éventuellement l'équipement que vous transportez. Ne vous fiez pas à un ciel radieux ou aux températures douces qui prévalent au moment de votre départ. Le temps change parfois vite, surtout en montagne...
- Prévoyez de l'eau en quantités suffisantes, et ayez avec vous de quoi purifier l'eau que vous trouverez sur le terrain.
- Emportez avec vous un minimum d'équipement de survie, sur lequel vous pourrez vous replier si besoin est. Fabriquez, modifiez et testez ce kit vous-même, en fonction de vos besoins spécifiques.
- N'emportez pas ces textes avec vous ! Ces textes ne sont pas un manuel de référence conçu pour le terrain. Dans une situation d'urgence, il est un peu tard pour commencer à lire, à apprendre ou à vous entraîner à poser les gestes de base qui vous sauveront... Prenez le temps de lire ces textes avant de partir (c'est ce que vous faites, je sais !), et surtout prenez le temps de tester par vous-même les techniques et les principes qu'ils contiennent. Une bonne préparation commence par là... car même le meilleur des livres ne remplacera jamais l'expérience sur le terrain. Sortez, et construisez des abris (abri de fortune), allumez des feux, trouvez de l'eau douteuse et entraînez-vous à la purifier, puis buvez là ! Passez, aussi, du temps en forêt... habituez-vous simplement à l'idée d'être là, seul(e)... Bref, sortez de chez-vous, et faites-le. En passant ainsi de la théorie à la pratique, vous assimilerez mieux les informations, et vous passerez un bon moment, croyez-moi.
Texte de David Manise et illustration de Philippe Gady.


