Réchaud à alcool
Un article de Wiki Vie Sauvage et Survie.
Plus légers, plus simples, moins chers, faciles à fabriquer soi-même... les réchauds à alcool sont là pour ça. Leurs autres qualités sont d'être moins puissants, plus gourmands en carburant, moins résistants au froid, plus salissants, et plus prompts à vous brûler le bout des doigts.
Bienvenue dans le monde merveilleux des réchauds artisanaux qui puent quand on s'en sert.
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36 façons de brûler de l'alcool
Comme pour tout liquide combustible, ce n'est pas l'alcool liquide lui-même qui brûle, mais les vapeurs qui s'en dégagent. Plus l'alcool est chaud, plus il en émane de vapeurs.
Simple
Une simple coupelle emplie d'alcool à brûler forme le plus simple des réchauds à alcool. Un tel réchaud incarne à la fois toutes les qualités et tous les défauts des réchauds à alcool en général : il ne coûte rien, il se bricole avec n'importe quoi ou presque, et il marche. Son principal problème est qu'il ne chauffe pas fort. Accessoirement, pour l'éteindre on a le choix entre écraser la coupelle avec un bonnet ou mettre un grand coup de pied dedans pour l'envoyer au loin dans une flaque d'eau. Ou alors attendre que l'alcool ait entièrement brûlé. Je disais que ce réchaud ne chauffe pas fort parce que, si l'on y regarde d'un peu plus près, on réalise que la flamme est très paresseuse. L'alcool brûle tranquillement en formant une flamme laminaire. Cela signifie que les vapeurs montent paisiblement au dessus du liquide, mais qu'elles restent groupées et ne se mélangent pas franchement à l'air. Or, on sait bien que c'est le mélange de l'air et du combustible qui crée une flamme. Là on se retrouve donc avec une flamme qui n'existe qu'à la surface de contact entre le cône de vapeurs et l'air, une flamme qui n'a pas de volume mais n'est qu'une surface avec peu d'épaisseur, un peu comme si on roulait une feuille de papier en forme de cône ; par analogie on peut dire que la flamme n'est pas massive. Une telle flamme chauffe très mal. On s'y brûle les doigts, mais il faut être patient pour chauffer un récipient. Certes, lorsque la flamme butte contre le récipient, elle se déstructure un peu et le mélange air/alcool en est amélioré dans une faible mesure, mais on peut chercher à faire mieux.
Brutal
Tous les réchauds à alcool sont des améliorations de cette coupelle simplette. La première chose à améliorer est la puissance de chauffe. Une manière simple et brutale d'y arriver est de mettre dans la coupelle une petite pelote de fibres qui s'imbibent d'alcool sans pour autant brûler elles-mêmes ; une chute de laine de verre fait bien l'affaire. La mèche ainsi formée laisse s'évaporer rapidement une grande quantité d'alcool, augmentant d'autant le débit de combustible et, dans le meilleur des mondes, la puissance de la flamme. Il y a cependant deux problèmes à cette méthode. D'abord l'alcool est consommé très vite. Ensuite la flamme reste relativement laminaire, monte plus haut mais n'est pas plus chaude. L'efficacité pour chauffer un récipient n'augmente pas proportionnellement à la consommation d'alcool.
Raffiné
D'autres réchauds cherchent plutôt à améliorer le mélange de l'air et des vapeurs d'alcool pour obtenir une combustion moins étalée en hauteur, et par là également plus chaude. C'est le cas des réchauds qui confinent les vapeurs d'alcool dans une chambre percée de petits trous. Sous l'effet de la chaleur de la combustion, les vapeurs d'alcool voient leur pression augmenter et sont expulsées par les petits trous. Cette expulsion à travers des trous fins crée une couronne de petites flammes à la manière d'une gazinière. Le mélange des gaz qui brûlent est plus pauvre en alcool et plus riche en air. Le rendement en est amélioré et les flammes restent petites. Ces réchauds à chambre confinée, dits à alcool pressurisé, ont parfois besoin d'être amorcés par une flamme extérieure pendant une ou deux minutes, le temps de réchauffer l'alcool qu'ils contiennent et de faire augmenter sa pression. Par ailleurs ils sont capricieux et sensibles au vent.
Ingénieux
Entre la mèche dans une coupelle, simple mais dispendieuse en carburant, et le réchaud pressurisé qui pourrait presque se réclamer des technologies spatiales, des tentatives intéressantes de compromis existent. Prenez la coupelle et la mèche, entourez-les d'un cylindre de tôle percé d'ouvertures munies de languettes tortueuses et proéminentes. L'aspiration d'air induite par la flamme mènera de l'air à travers les ouvertures le long des languettes disposées au gré de l'imagination farfelue du concepteur du réchaud, ce qui rendra le flux d'air un peu plus turbulent. L'air agité viendra se mélanger chaotiquement avec les chaudes vapeurs d'alcool qui s'élèvent de la surface du liquide, et le mélange air/alcool sera grandement amélioré. Enfin en théorie. En pratique, vu les faibles vitesses des fluides, la turbulence est faible et le mélange n'est que moyennement efficace.
Pratique
Pour pallier les défauts des réchauds qui ne fonctionnent que selon un seul principe, des inventeurs ont eu l'idée de regrouper plusieurs concepts dans un seul modèle de réchaud. Ainsi, le plus célèbre des réchauds commerciaux est sûrement le Trangia, qui est là depuis au moins cent ans. Ma grand-mère en avait déjà un comme ça en 1945 quand elle fuyait sous les obus dans l'hiver poméranien, mais ça ça n'intéresse personne. Le Trangia est séparé en deux parties : au centre, l'alcool brûle librement. Avantages : c'est facile à allumer et la flamme résiste bien aux courants d'air modérés. Sur les bords, l'alcool est légèrement pressurisé et brûle à travers des petits trous. Avantages : à la manière d'un réchaud pressurisé, la couronne chauffe plus fort et est plus économe en carburant que le centre.
D'autres hybrides et d'autres concepts sont possibles. Les réchauds à alcool se prêtent bien aux expérimentations en tous genres et peuvent devenir assez amusants.
Domestiquer la flamme
Pouvoir démarrer le réchaud, c'est bien. Mais il ne faut pas non plus cracher sur une possibilité de l'éteindre.
Avec leur simplicité naturelle, les réchauds à alcool ne présentent pas d'endroit bien placé pour leur adjoindre un robinet comme celui des réchauds à gaz. Puisqu'il n'y a aucune circulation d'alcool à réguler, il reste la possibilité d'agir sur l'apport d'oxygène. Le plus simple est de prévoir un petit couvercle qu'on peut déposer sur le réchaud allumé pour l'éteindre complètement.
Des réchauds plus raffinés, parmi lesquels le Trangia ou les réchauds à fondue, sont munis d'un couvercle coulissant qui permet de régler la taille d'un ou plusieurs trous par lesquels la flamme sort. Celle-ci peut ainsi être gérée un peu plus finement (pour peu qu'on arrive à bouger le couvercle sans se brûler les doigts, ce qui ne manquerait pas de provoquer un sursaut avec des chances de renverser le réchaud, la gamelle et tout le reste), et le réchaud peut servir à faire mijoter un plat un peu civilisé. Ce genre de subtilités est bien sûr un pur luxe sur un réchaud qu'on destine juste à faire fondre de la neige en consommant le moins de carburant possible.
Mais la pratique du réchaud à alcool montre vite que domestiquer la flamme ne consiste pas simplement à savoir l'étouffer en temps voulu. Il faut aussi savoir la prendre par la main pour lui montrer le chemin de l'épanouissement. De nombreux dangers guettent la flamme, et il faut l'en protéger.
Le vent, pour commencer. Les réchauds à alcool y sont particulièrement sensibles et le moindre courant d'air les fait pâlir. Sur les réchauds pressurisés dont les flammes sortent par de petits trous, un petit courant d'air suffit pour éteindre sans fioritures les flammes qui se trouvent du côté exposé ; les vapeurs d'alcool continuent à sortir sans brûler et sont gaspillées. Sur les réchauds avec une grande ouverture, le vent n'éteint pas la flamme mais la déplace et la dévie loin de l'endroit à chauffer, parfois carrément à côté du récipient s'il est petit. Dans tous les cas un vent même très faible entraîne une perte d'efficacité et un sérieux gaspillage. Dans tous les cas il faut donc protéger autant que possible le réchaud des courants d'air. De nombreux objets ou déchets font d'excellents pare-vent et l'utilisateur n'a qu'à ouvrir un peu les yeux pour trouver autour de lui un pare-vent digne de son réchaud.
L'autre ennemi des réchauds à alcool est le froid. Même à 5°C ou 10°C la difficulté est très nette : l'alcool a du mal à s'évaporer, et donc à brûler. Le réchaud peut devenir difficile à allumer, s'éteindre tout seul quand on ne s'y attend pas et ne jamais chauffer assez pour entrer dans le cercle vertueux de la flamme qui réchauffe l'alcool, qui s'évapore mieux et vient agrandir la flamme. Heureusement, vu leur petite taille, il est facile de mettre un réchaud à alcool et son combustible pendant quelques minutes dans une poche contre son corps pour les amener à une température où le réchaud se montrera plus vivant.
Idées pour fabriquer un réchaud à alcool avec peu de choses
On peut faire un réchaud à alcool avec presque n'importe quoi. Le choix des formes et des matériaux n'est laissé qu'à l'imagination du bricoleur. Ramassez n'importe quel récipient qui traîne, et vous avez un réchaud à alcool primitif.
Les réchauds à alcool fabriqués avec des cannettes ou des boîtes de conserves découpées et assemblées connaissent un certain succès. Ces matériaux permettent de réaliser facilement des formes variées et d'expérimenter toutes sortes de concepts. Certaines cannettes portent un revêtement protecteur qui dégage une odeur parfaitement nauséabonde quand il brûle, et dépose sur les ustensiles une épaisse couche poisseuse, malodorante et probablement assez malsaine. Pour m'éviter de refaire en moins bien ce que d'autres ont déjà très bien fait, j'invite le lecteur à consulter les liens en bas de page vers des sites qui montrent des modèles très aboutis de réchauds fabriqués très facilement avec des cannettes et un couteau suisse.
Quelques combustibles adéquats
Le combustible le plus simple à trouver est tout simplement celui vendu sous le nom d'alcool à brûler, ou alcool ménager. Il est composé à 90% d'éthanol (l'alcool proprement dit) et à 10% de diverses substances qui ont valeur de déchets de fabrication. Certaines d'entre elles sont très toxiques, en particulier pour le système nerveux. D'autres brûlent mal et forment des dépôts sur les casseroles. Cela dit, l'alcool à brûler se trouve partout et revient moins cher que n'importe quel autre carburant pour réchaud.
La version haut de gamme de l'alcool à brûler est l'alcool dénaturé à 95%. Il ne contient que 5% de produits indésirables, dont de l'acétone difficilement dissociable de l'éthanol et rendant le liquide trop désagréable au goût pour être bu, le faisant ainsi échapper aux législations sur les spiritueux. La différence à l'usage avec l'alcool à brûler classique est très nette : moins d'odeurs et moins de saletés.
La version de luxe du combustible, c'est l'alcool de grain à 90°. Celui là est cher mais fonctionne bien, tout comme la vodka ou le calva le plus corsé... Dans la famille "c'est trop cher mais c'est bon à savoir" on peut aussi brûler des produits à base d'alcool comme de l'antigel pour voiture ou du parfum, mais certains sont extrêmement neurotoxiques, et laisser leurs vapeurs chauffer votre neige n'est pas forcément ce que vous souhaiterez le plus. Les effets neurotoxiques de certains composés chauffés sont violents et immédiats.
L'alcool en gel est pratique à manipuler et présente moins de risques que l'alcool liquide, mais il est réservé aux réchauds les plus simples et ne permet pas de bonnes performances de chauffe.
Enfin, il faut absolument proscrire l'usage d'essence dans les réchauds à alcool. L'essence brûle beaucoup plus fort et s'avère très dangereuse lorsqu'on la laisse en liberté ! Les réchauds à essence font l'objet d'un article à part dans ce wiki, et sont des objets industriels perfectionnés sans aucun rapport avec ma coupelle d'alcool.
Liens externes
- Zenstoves Comme site sur les réchauds, en particulier à alcool, on fait difficilement plus complet et plus intelligent.
- Le P3RS sur randonner-leger.org Un exemple de réchaud à faire facilement soi-même. Le concept est proche du Trangia.




