Se déplacer pieds nus

Un article de Wiki Vie Sauvage et Survie.

Sommaire

Pourquoi être pieds nus ?

Parce que ça fait plaisir, parce que nous sommes nés comme ça, parce que c'est bon pour la santé... Retournons plutôt la question.

Pourquoi mettre des chaussures ?

Pour se protéger des agressions du milieu

Abrasions, coupures et piqûres

Objectivement, on se blesse moins en marchant pieds nus qu'en portant des chaussures. Certes, certains lieux ne sont pas fréquentables en raison des contraintes mécaniques ou physiques excessives exercées sur la plante des pieds ; mais cela représente une très faible part de l'espace fréquenté par un individu moyen. La blessure par bris de verre ne représente pas un grand risque, d'abord parce que les rencontres verre / pied sont relativement peu fréquentes, ensuite parce que le morceau de verre ne pénètre pas souvent dans la plante du pied (grâce au retrait réflexe du pied et aux qualités de souplesse et résistance de la peau). Lorsqu'un morceau de verre pénètre dans le pied, il reste généralement dans les couches superficielles et peut s'extraire sans dommages. Des cas de blessures importantes peuvent évidemment se produire, mais ils sont rares.

Chocs

Le pied libéré a une résistance aux chocs comparable à celle de la main. Les coups ne sont ni plus, ni moins douloureux.

Températures extrêmes

Selon la nature du sol (conductivité thermique, couleur, humidité etc.), l'ensoleillement et le vent, on peut marcher pieds nus avec plaisir grosso modo entre 5°C et 30°C. Au delà de ces limites, qui peuvent être repoussées de 5° à 10° par l'entraînement, il y a un risque de blessure. Les pieds et les mains ressentent la température ambiante de façon similaire.

Des chaussures adaptées restent indispensables pour la protection dans les ambiances de travail dangereuses (travaux électriques, ateliers, chantiers, usines etc.) et les activités avec risque de chute à grande vitesse (moto, vélo tout-terrain) ou d'écrasement.

Pour ne pas se salir les pieds

L'ambiance chaude, humide et confinée à l'intérieur des chaussures est propice au développement de microbes (bactéries, champignons, levures...) responsables de mycoses et de mauvaises odeurs. La peau du pied libéré est sèche et aérée, les micro-organismes ne s'y développent pas, elle ne sent pas mauvais. Les frottements répétés sur le sol décrochent toute la matière qui pourrait coller à la plante du pied. Le pied est généralement propre après une sortie, excepté en zone urbaine où une couche de suie noire y adhère. Dans ce cas un nettoyage à l'eau, au savon de Marseille et éventuellement à la brosse à ongles suffit à nettoyer les pieds.

Pour donner des coups de pieds

On peut parfaitement jouer au ballon pieds nus, même si la puissance maximale des tirs sera moindre qu'avec des chaussures. Les coups de pieds de combat ne semblent pas poser problème, de nombreux arts martiaux se pratiquent pieds nus.

Pour avoir de l'adhérence

L'adhérence du pied nu sur un sol plat est souvent meilleure que celle des semelles. L'escalade de voies en falaise peut se faire pieds nus jusqu'à des cotations d'environ 6b pour des personnes entraînées. Au delà, des chaussures spéciales sont indispensables. L'adhérence des pieds nus sur les pentes raides et glissantes en dévers n'est pas bonne. Elle est très mauvaise sur la neige et la glace. Un phénomène amusant se produit en cas de risque important de chute : la peur provoque une sudation de la plante des pieds, ce qui améliore l'adhérence sur la plupart des milieux naturels secs (roche, écorce des arbres).

Pour se faire accepter en société

La norme sociale actuelle dans nos contrées veut que les pieds soient chaussés. C'est la fonction principale des chaussures. Les chaussures sont riches de signification symbolique, autour de la domination, de l'appartenance à un groupe social, de la séduction etc. Au lieu d'être compris comme une absence de communication à ce niveau, ne pas porter de chaussures est ressenti comme un comportement subversif. De ce fait, être pieds nus en société met en danger son positionnement social. C'est, à mon avis, le principal obstacle aux déplacements pieds nus.

Physiologie du pied

Avantages

Sens

La peau est un organe sensoriel. Elle contient des récepteurs de pression et de température. La peau du pied en contact direct avec le milieu extérieur (sol, écorce d'un arbre, végétation etc.) donne des informations sur ses caractéristiques : chaud, humide, glissant, friable. C'est une source de plaisir mais aussi d'informations utiles sur l'environnement (zones humides, roches conservant la chaleur).

Motricité

Le corps humain est naturellement "prévu" pour les déplacements pieds nus. On observe lors de la marche une flexion des orteils ("grip") qui améliore l'adhérence et l'efficacité du pas. Pendant la course, le développement de la foulée est plus dynamique : la plante entre en premier en contact avec le sol, puis le talon touche le sol, enfin le talon se relève et la plante puis les orteils propulsent le coureur.

Prévention des blessures

  • Absence d'ampoules, frottements, hématomes sus-unguéaux dus aux chaussures ;
  • Réduction des causes de déformations des pieds (hallus valgus, oignons, œils de perdrix, etc.) ;
  • Les informations données par la peau du pied en contact direct avec le sol ainsi que celles provenant des mécano-récepteurs contenus dans les muscles, les tendons et les articulations, améliorent la perception de la position relative du pied dans l'espace. Cela diminue le risque d'entorse. De plus, l'entraînement des circuits nerveux et des muscles permettant les corrections rapides de positionnement du pied renforce le contrôle des articulations.
  • Se déplacer pieds nus évite les problèmes de posture liés au port des chaussures. Ces problèmes sont dus notamment à la surélévation du talon et sont responsables de tendinites, contractures ou douleurs au niveau des genoux et des hanches.

Hygiène

Pas de développement de petites bêtes (pied d'athlète, mycoses, odeurs)

Marche plus silencieuse

Libération des contraintes dues aux chaussures

  • Plus de soucis d'humidité et de séchage
  • Gain de poids

Inconvénients

  • Dans les descentes et en terrain difficile, la vitesse de progression est inférieure. Plus le terrain est difficile (pierres qui roulent, végétation dense), plus la vitesse chute. En descente, la perte de vitesse s'explique par le fait qu'on ne peut pas déraper sur un sol abrasif pieds nus et que la plante du pied rencontre le sol en premier (alors que le port de chaussures amortissantes permet de frapper le sol avec le talon).
  • Certains lieux sont inaccessibles, soit en raison de contraintes mécaniques ou physiques trop importantes, soit en raison de contraintes sociales.
  • Les sauts sont limités en hauteur, la réception sur une surface dure est traumatisante, à cause de l'écrasement de la partie avant du pied.
  • Les dérapages sont impossibles sur des surfaces abrasives.
  • La résistance électrique plus faible de l'interface pied/terre rend vulnérable aux électrisations.
  • Des crevasses douloureuses peuvent apparaître dans la corne du talon ou sur les côtés des pieds.
  • Il est difficile de réadapter ses pieds aux chaussures après leur avoir fait goûter à la liberté.
  • Dans certaines zones tropicales, des parasites (comme les chiques, Tunga penetrans) peuvent se fixer et pénétrer dans la peau du pied.

Les pièges

  • Les pierriers à pierres moyennes et grosses.
  • Certaines zones de calcaire corallien érodé (en bord de mer) extrêmement vulnérant.
  • Les chemins défoncés par la surfréquentation ou les VTT en zone calcaire, avec des pierres qui roulent de 5 à 15 cm de diamètre.
  • Les zones fraîchement recouvertes de roche concassée (base pour enrobés) : les angles aigus sont douloureux. Ce revêtement est également utilisé pour les allées des parcs en zone urbaine.
  • Les ballasts de chemins de fer.
  • La végétation méditerranéenne dense et sèche. Certaines zones sont infranchissables en raison de la présence de graines portant des piquants très durs. En fin d'été, des tiges sèches coupées au ras du sol sont également blessantes.
  • Les zones de présence dense de certaines espèces végétales (ronces, genêts scorpions, rejets d'acacias...)
  • Les zones fraîchement débroussaillées au rotofil. Le sol est jonché de débris parsemés de restes d'espèces végétales piquantes.
  • Les abords immédiats des conteneurs de récupération du verre.
  • Les lieux de consommation régulière d'alcool en plein air : présence de tessons de bouteilles.
  • Les chantiers de construction métallique, ateliers de métallurgie, les sols jonchés de copeaux métalliques.
  • Les toilettes publiques qui baignent dans la vieille urine, voire pire.
  • Le personnel des lieux privés ouverts au public (commerces etc.) refuse souvent l'entrée aux personnes pieds nus, surtout en zone touristique. Cette discrimination étrange reposant sur l'habillement ("tenue correcte exigée") et non sur des critères illégaux, le propriétaire des lieux est semble-t-il dans son bon droit.

Les lieux particulièrement agréables

  • La boue.
  • L'herbe courte et drue (gazon).
  • Les champs fraîchement labourés.
  • Certains paillassons en plastique !
  • Les roches polies par les rivières ou les glaciers.

Conseils pour débuter

Bien que la marche pieds nus soit naturelle, certains individus n'ont pratiquement jamais marché ainsi hors de leur domicile. La peau du pied qui a toujours été protégée dans des chaussures est blanche, fine et sensible. L'adaptation est longue, les premières séances devront être très courtes, sur un sol sans difficultés. Les sensations douloureuses ressenties au cours des premières séances lors de la marche sur des terrains très stimulants (petits gravillons par exemple), sont dues non pas à l'endommagement des tissus, mais à l'hypersensibilité de la plante des pieds. Ces sensations disparaissent après quelque temps de pratique (quelques semaines). En dehors de cette sensation particulière, la douleur est un signal de danger qui ne doit pas être ignoré. Dans tous les cas elle doit donner lieu à un examen minutieux du pied, et si elle persiste à un arrêt de la séance jusqu'à avoir trouvé la cause de sa survenue et résolu le problème.

Les distances et la difficulté des sols pourront être augmentées de façon très progressive. Par exemple, marche tous les jours sur un terrain facile (prairie herbeuse, chemin de terre, bitume lisse)

  • quelques dizaines de mètres la première semaine,
  • 50 à 100 m la deuxième semaine,
  • 100 à 500 m la troisième semaine,
  • autour d'un kilomètre après un mois.

Après un mois de marche, on peut envisager la course à très faible allure, en reprenant le cycle depuis le début (quelques dizaines de mètres les premiers jours). Cette progression n'est donnée qu'à titre indicatif, pour montrer que la lenteur est très importante. Il s'agit de développer des parties du corps (peau, circuits nerveux, muscles etc.) qui ont été sous-exploitées durant des années. Cela ne peut se faire que très doucement. Tenter d'ignorer une douleur sera contre-productif et pourra même amener à une blessure.

Trucs et astuces

  • En cas de sensation d'un objet planté dans le pied, ne pas attendre. Si la sensation est forte, s'arrêter immédiatement et retirer l'objet. Si la sensation est légère, frotter doucement le pied sur le sol. Cela suffit dans la majorité des cas à éliminer l'intrus. En cas d'échec, passer la main sous le pied, et si cela n'est pas suffisant s'arrêter immédiatement (même devant un public difficile !).
  • Prendre avec soi une paire de pincettes, brucelles ou autre outil servant à extraire de possibles épines ou échardes. Les pincettes des outils Leatherman Micra sont efficaces, celles des couteaux suisses Victorinox sont trop souples.
  • Prendre avec soi une paire de chaussures, même minimum (tongs) pour s'affranchir des zones infranchissables et sembler civilisé en cas de besoin.
  • En ville, le reste de l'apparence physique (vêtements propres, pantalon long, rasage, coupe de cheveux), permet de vaquer à ses occupations sans que les pieds nus ne soient remarqués.
  • Répondre poliment (ou au minimum ne pas répondre de façon agressive) aux fréquentes remarques débiles des passants. C'est bon pour l'image de la marche pieds nus et cela permet parfois des échanges intéressants.

Soins

Prophylaxie

Comme les petites plaies sous ou sur les pieds sont plus fréquentes (bien que complètement acceptables) quand on marche pieds nus, il est fortement conseillé d'avoir une vaccination antitétanique à jour (primovaccination + rappel tous les dix ans !)... Le vaccin antitétanique, en France, coûte généralement moins de trois euros (la moitié d'un paquet de cigarettes !), et il sauve des vies.

Retrait d'un corps étranger

La peau de la plante des pieds est vraiment très solide, surtout chez les personnes qui marchent pieds nus régulièrement sur tous types de terrains. Les pieds développent notamment des réflexes de contraction et de retrait qui les protègent efficacement des blessures. Malgré tout, il arrive qu'on se plante des petits objets dans les pieds, notamment des échardes ou des épines.

On les retire comme celles qu'on trouve dans les mains ou ailleurs, en tirant tout simplement dessus avec une pince ou même avec les doigts. On nettoie ensuite bien la plaie et on la désinfecte comme n'importe quelle plaie, puis on recouvre pour éviter que les corps étrangers n’y pénètrent (risque infectieux élevé).

Il est très rare que des grosses plaies se produisent, ou que des corps étrangers volumineux pénètrent les pieds. En marchant pieds nus, on apprend vite à y faire attention, et on développe plein de stratégies et de gestes inconscients pour protéger ses pieds. En cas de grosse blessure ou de gros corps étranger enfoncé profondément dans le pied, il faut se rendre aux urgences ou consulter un médecin qui pourra le retirer entièrement, évaluer l'étendue réelle des dégâts, et soigner le tout correctement.

Crevasses

Les crevasses sont causées par l'épaississement de la peau, et notamment de sa partie externe, l'épiderme. Sous les pieds, l'épiderme s'use de lui-même par friction sur le sol, et donc ne peut pas s'épaissir beaucoup. Sur les côtés, il s'épaissit davantage et perd en flexibilité. Ne pouvant pas suivre les mouvements du pied, il craque et s'ouvre, ce qui crée une crevasse.

Les crevasses sont plus faciles à prévenir qu'à guérir. Mais dans un cas comme dans l'autre, il importe d'agir directement sur leur CAUSE, à savoir le manque d'élasticité et de flexibilité de l'épiderme devenu épais. Pour ce faire, l'application régulière d'un corps gras est particulièrement efficace. La lanoline (graisse de laine) fait des merveilles.

Si une crevasse est assez profonde pour saigner, elle constitue une porte d'entrée pour les infections, et doit être traitée pour ce qu'elle est : une plaie ouverte ! On fera en sorte de bien la nettoyer, de la désinfecter, et de la protéger des saletés pour prévenir les infections.

Alternatives

Se déplacer pieds nus n'est pas possible ou souhaitable partout. Des solutions intermédiaires permettent d'assurer certaines fonctions des chaussures en conservant quelques avantages des pieds nus.

Les tongs

Elles ont le grand avantage de pouvoir êtres mises et retirées sans l'aide des mains. Parfaites pour alterner pieds nus et chaussures plusieurs fois dans la journée. Encombrement et poids minimum. Certaines ont une semelle de type montagne, adhérentes sur rocher mouillé (Salomon).

Les mocassins

Les mocassins en peau permettent un déroulé du pied naturel. Par contre ils s'usent vite, notamment sur les matières minérales (bitume, béton, roche, cailloux...)

Les sandales

Elles limitent la macération du pied. Préférer un modèle à talons plats.

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