L’esprit du « hacker »…

Hatsumi Sensei - grand maître de Ninjutsu...  magnifique illustration vivante de l'intelligence fluide et sachant sortir du cadre ;)
Hatsumi Sensei – grand maître de Ninjutsu… magnifique illustration vivante de l’intelligence fluide et sachant sortir du cadre ;)

“The Buddha, the Godhead, resides quite as comfortably in the circuits of a digital computer or the gears of a cycle transmission as he does at the top of the mountain, or in the petals of a flower. To think otherwise is to demean the Buddha – which is to demean oneself.”
― Robert M. Pirsig, Zen And The Art Of Motorcycle Maintenance: An Inquiry Into Values

On commence à avoir l’habitude.  Les gens, et les médias aussi, déforment tout.  Et de nos jours on ne fait plus aucune différence, dans la culture populaire, entre un « hacker » et un pirate informatique.

C’est triste.  Tout part en couille.  Il faut vite arranger ça, parce que le concept de « hacker » est utile.

Du temps jadis, quand Internet était rempli de forums Usenet en « plain text » (et non pas en « plein texte »), que les consoles Unix n’étaient pas de jolies fenêtres semi-transparentes sur un environnement graphique haute définition, que les distributions Linux se méritaient (ah, patiemment copier les disquettes 1.44Mb en raw, une par une, à la main…)…  du temps jadis où « les hommes étaient des hommes et codaient leurs pilotes de périphériques eux-mêmes »…  on ne confondait pas tout.  On ne pouvait pas.

Oscillant entre une installation boiteuse d’OS/2 et de Red Hat sur mon vieux 486DX (33 Mhz !), je lisais alors Eric S. Raymond.  L’un des auteurs qui a très certainement le plus et le mieux influencé ma vie.  Sous ses aspects crades de geek aux cheveux gras, « ESR » était, et est toujours, un véritable génie.  Génie de l’informatique, bien entendu.  Mais surtout un bel esprit, qui comme beaucoup avant lui (et de plus en plus après, on se fait vieux) qui a mis le doigt sur ce concept.  Qui l’a nommé.  Qui l’a souligné.  Le mot « hacker » a été popularisé par lui.  Le mot « open source » aussi.

En français, « hacker » se traduirait maladroitement par « bidouilleur ».  Mais bidouilleur a un côté un peu péjoratif et approximatif qui ne va pas du tout avec « hacker ».  Le hacker, pour être clair, est celui qui :

  • aime comprendre comment les choses fonctionnent ;
  • n’en a rien à branler des opinions des gens, des conventions sociales, des traditions de pensée…  seuls les résultats comptent (et donc les effets de nos actes sont à surveiller bien plus que leur forme ou leur label à la con) ;
  • qui arrive à faire exploser les cadres, les conventions, les « ça ne se fait pas » pour trouver des solutions nouvelles, créatives et originales à des problèmes divers et variés.

Ce que le hacker préfère, c’est quand on lui dit « non mais ça, c’est pas possible »…  Là, au fond de ses tripes, une lumière rouge s’allume et il s’énerve froidement.  Et il commence déjà à chercher comment prouver que ça l’est.

Vous voyez les gens qui ont ramené l’équipage d’Appolo 13 à bon port en utilisant des chaussettes, du scotch et des trucs farfelus ?  C’étaient des hackers.

Vous voyez le mec qui a inventé le feu par friction, y’a des millions d’années ?  C’était un hacker.

Vous voyez ce jeune qui a inventé un test sanguin peu coûteux, low tech et super efficace pour détecter les marqueurs cancéreux ?  Typiquement un hacker.

Bien…  Maintenant, pour être un bon pirate informatique, il faut aussi être un bon hacker. Mais de rendre les deux synonymes est juste trop dommage.  Et trop bête aussi.

Léonard de Vinci était un superbe hacker.  Très célèbre…  Nicolas Tesla, aussi.  Un incroyable hacker, celui là…  :)

Comment développer l’esprit du hacker en vous ? (à vos risques ;)

  • transgressez certaines normes sociales inutiles.  Eh oui.  Habituez vous.  Désensibilisez vous.  Quittez peu à peu votre phobie de ne pas être parfaitement dans les clous.  Sortez du cadre.  Vraiment je veux dire.  Dites des gros mots.   Acceptez de passer pour un fou ou une folle une fois de temps en temps.  Allez péter un coup dans un lieu public, et souriez en soupirant d’aise au moment où les gens vous regarderont d’un air gêné.  Au feu rouge, allez chercher un truc énorme dans votre nez et jetez le par la fenêtre avec une pichenette gluante.  Et souriez. Asseillez vous par terre.  Refusez l’apéro.  Faites des conneries…  riez.  Evidemment, n’allez pas violer des lois ou faire du mal aux gens hein.  L’idée ici est simplement de se désensibiliser à la pression sociale.  De s’habituer à faire des trucs farfelus…  d’être original aux yeux des autres.  En voyant qu’on peut faire ça sans mourir, on commence à intégrer peu à peu l’idée que la créativité n’est pas mortelle.  Et que de penser en dehors du cadre peut aussi être envisageable.  Et ça commence par des actes en apparence banals comme ça.  Bien entendu, utilisez votre jugement.  N’allez pas tout faire péter dans votre boulot ou votre famille…  allez y souplement, dans des lieux choisis, dans des contextes où ça n’aura pas de répercussions fâcheuses…  Commencez cool et vous verrez peu à peu que c’est souvent moins dramatique qu’on croit, surtout quand on explique la démarche à son entourage.  Evidemment, comme en faisant ça vous affirmerez haut et fort votre liberté, ça peut en énerver certains qui préféreraient vous voir la fermer.  A vous de gérer intelligemment hein.
  • libérez votre corps : nous comprenons de mieux en mieux comment le corps et sa liberté de mouvement influencent l’esprit.  Bouger avec son corps, lui faire faire des choses originales et hors cadre permet de libérer aussi l’esprit.  Les traditions millénaires Indiennes l’ont découvert, expérimenté et développé depuis un bail hein, mais nous on a besoin de preuves…  Ben maintenant ces preuves émergent, notamment grâce aux neuro-sciences.  Faites du yoga.  Grimpez sur les murs.  Lancez des trucs.  Jouez et vautrez vous par terre.  Faites des trucs compliqués avec votre corps.  Et des trucs « hors cadre ».  Ca aidera votre esprit à s’autoriser à faire de même aussi.
  • libérez votre esprit : sans nous en rendre compte, nous éliminons tout un tas de solutions, de conceptions du monde et d’hypothèses, dans une phase de pré-traitement des informations qui est nécessaire pour ne pas devenir cinglé, mais qui peut se régler finement.  Quand on cherche une solution, il faut faire attention à la manière dont le langage (inventez vous des mots au besoin), notre culture, nos catégories mentales, nos conditionnements, nos habitudes, notre état physiologique peuvent influencer nos perceptions, et littéralement nous priver de pans entiers d’informations utiles.  Soyez libres.  Soyez créatifs.  Votre esprit et votre intelligence n’ont aucune limite, sauf celles que vous acceptez (sisi, je crois que l’intelligence est une compétence qui s’acquiert, même si elle a peut être une part innée…  je pense aussi que c’est long à développer donc plus on commence tôt, mieux c’est…  mais on peut toujours progresser).
  • n’ayez pas peur d’échouer : au besoin, anticipez les conséquences d’un échec et prévoyez des plans B et C.  Pas grave.  L’échec est normal en fait.  Et c’est une source d’infos précieuses…  Vous vous planterez 20 fois avant de réussir, et profitez du paysage sur le chemin, parce que quand vous réussirez ça sera fini, faudra trouver un autre projet ;)
  • comprenez comment ça marche : pour tout, il y a une mécanique à piger.  Absolument tout.  Une fois que vous avez compris les mécanismes en oeuvre, subitement tout devient limpide et vous pouvez agir sur le système.  En faisant ça, j’enseigne à des citadins ordinaires qui sortent à peine de leur bureau à dormir dehors sans sac de couchage même par des températures négatives parfois…  et ça marche.  En faisant ça, j’arrive à faire comprendre des concepts complexes à des enfants de 8 ans.  En suivant les enseignements de gens qui ont fait exactement ça, j’arrive à toucher une cible de 20cm de large à 200m 10 fois sur 10 avec un fusil.  En moins de 10 secondes.  Le but n’est pas de me vanter…  c’est plutôt de montrer que la méthode fonctionne.
  • soyez teigneux : ne lâchez rien.  N’abandonnez jamais…  Patience, constance, boulot.  Trop de bons hackers deviennent mauvais parce qu’ils pensent que le travail est dangereux ;)

Ceci dit, je dois vous mettre en garde.  Y’a des gens qui vont s’énerver.  Certains vont vous trouver dangereux.  Vous allez passer pour de dangereux intellectuels.  Vous allez faire peur.  Vous allez rencontrer des résistances, surtout dans les institutions sclérosées où le nivellement par le bas et le conformisme sont garantes de l’immobilité des postes et des pouvoirs établis.  Vous allez gonfler plein de gens.  Vous allez changer de groupe d’amis.  Vous allez peut être même perdre votre boulot, devenir pauvre, tout ça…  :)  Ca peut aller loin dans la connerie.  Mais vous pourrez aussi plus facilement résoudre des problèmes, prendre du recul, trouver des solutions…  ;)

10ans

Quelques trucs que j’ai appris en 10 ans à enseigner la survie…

Il faut s’adapter. Vite. Sinon on souffre.  Sinon on meurt.  Ca implique de percevoir le monde tel qu’il est, et pas tel qu’on voudrait qu’il soit.  Pleurnicher ne change pas la météo.  Râler ne change rien au climat social.  Chouiner n’attendrit pas l’institution.  L’univers n’est pas sensible à nos caprices.  Attention : s‘adapter ne veut pas dire souffrir en silence.  S’adapter veut dire structurer ses actes pour pouvoir atteindre ses objectifs dans le contexte.  Tel qu’il est.

Anticiper.  Plus.  La manière la plus rapide de s’adapter reste de s’adapter avant que le contexte ne change.  Ca s’appelle anticiper.  Ca nécessite une prise d’infos et un peu de réflexion.  Et ca implique de l’incertitude (parfois on se trompe), un investissement d’énergie mesuré, et une capacité à changer de plan en permanence.

Notre capacité à décider de poser des actes pertinents est un truc qui fluctue fortement en fonction de notre état. Sous stress, quand on a froid, quand on est fatigués, quand on en a ras le bol, nous acquérons une inertie mentale phénoménale.  Si on ne bouge pas, il sera très difficile de se mettre en marche.  Si on est lancés, ça sera sur un rail et il sera difficile de changer de cap ou de freiner.  L’inertie mentale nuit fortement à notre capacité d’adaptation, évidemment.  Le tout est de le reconnaître, de l’anticiper, de le savoir, d’en tenir compte…  et de savoir faire un gros effort au bon moment  pour en sortir et initier un cercle vertueux.

Facta non verba.  Les mots c’est de la merde.  Les gens retiennent peut-être à 10% ce qu’on dit, et imitent à 90% ce qu’on est et ce qu’on fait.  Ils referont ce qu’ils ont déjà fait (les habitudes sont collantes).  Ils retiendront et comprendront ce qu’ils ont fait.  Ils réfléchiront, éventuellement, sur la base de ce qu’ils ont fait.  Les mots ne servent pas à grand chose, sauf à attirer l’attention et à justifier l’action qui suivra.  Les gens suivent nos pieds, pas nos index.  Les gens prennent exemple…  et quand les mots contredisent les gestes, ils retiennent le geste.

La tête et les couilles.  Ou les ovaires, bien sûr.  De l’intelligence et du courage.  La gniaque, mais aussi la conscience de ses limites.  L’attitude « marche ou crève » n’est utile que quand on marche dans la bonne direction.  Et un con qui marche ira toujours plus loin qu’un intellectuel assis, pour paraphraser Audiard.  Il faut trouver le chemin le plus facile.  Et s’il n’y en a pas de facile, il faut en trouver un possible.  Et s’il n’y en a aucun de possible, il faut trouver un moyen pour que ça soit possible quand même.  Find a way.

Quelque chose nous pousse à nous compliquer la vie. On se crée des problèmes.  On ne s’autorise pas à utiliser des solutions vraiment efficaces lorsqu’elles sont en dehors des clous, de la normalité, de nos habitudes.  Pression sociale ?  Conditionnement à rester dans le droit chemin, fût il imaginaire ?  Peur de la sanction ?  Education castratrice ?  Sans doute un peu de tout ça.  Mais le fait est que souvent des solutions simples et d’une cruelle efficacité existent, et même en le sachant il arrive qu’on décide de ne pas les apppliquer.  Je cherche encore, y compris pour moi-même, à bien comprendre comment tout ça opère.

Moins mais mieux.  C’est valable pour absolument tout.  St-Exupéry disait que la perfection est atteinte non pas quand il n’y a plus rien à ajouter, mais bien quand il n’y a plus rien à retirer.  On dit aussi que la simplicité est la sophistication suprême…  La simplicité vient avec la pratique, avec le temps, avec l’expérience.  Et plus les outils, techniques, mots, plans de cours, gestes, systèmes sont simples, et mieux ils fonctionneront en contexte dégradé, plus ils seront faciles à réparer, produire, remplacer, bricoler, plus ils seront efficients…  Les fioritures, c’est de la merde coûteuse et lourde qui ne sert à rien.

Les civilisations se font et se défont sur la base de l’attachement au confort. Rome a piqué du nez et a été remplacée par tout un tas de peuples rustiques et ancrés dans le concret a partir du moment où le gros de ses citoyens a commencé à prioriser son confort, et à négliger sa survie à long terme.  La civilisation occidentale est en train de suivre exactement le même chemin, sauf si nous arrivons à retrouver le contact avec le plancher des vaches.  Le confort est un formidable indicateur du fait que nos besoins primordiaux sont satisfaits.  Et on doit le rechercher.  Mais il faut aussi savoir en sortir si c’est nécessaire pour assurer ces mêmes besoins dans la durée.  L’aimer oui.  Y être attaché, non.  En être esclave encore moins.  Aucune liberté réelle n’est possible quand on est ligoté par sa propre envie d’être bien et d’en profiter.  Et ceux qui couineront en me disant qu’ils le choisissent, et donc qu’ils sont libres, et ils seront nombreux, pourront se regarder dans la glace et voir en quoi ce discours diffère de celui de ceux qui ont des problèmes d’addiction.

En ce moment même, dans le monde, des milliards de personnes boivent quotidiennement de l’eau qui vous rendrait gravement malade pendant des semaines.  Wake the fuck up.

To be continued…  ;)

Crédit photo : Théo / Synchro-X

Inutile de combattre… il faut construire.

Quand on a plus de 1600 amis sur Facebook, assez vite on voit son fil d’actualité devenir un petit laboratoire sympa de l’ambiance d’une société.  Bien mieux que tous les grands médias, bien plus vite que les fils de presse, bien plus finement que ce qu’on peut imaginer, on a accès à cet espèce de bruit de fond, de murmure de la foule, avec de temps en temps un cri, de temps en temps un coup de gueule…  et des tendances.

Fin 2013, début 2014, j’ai assisté un peu horrifié à l’émergence de plusieurs tendances nettes, qui sont présentes depuis 5 ou 10 ans mais qui s’amplifient, se précisent, se combinent pour devenir des courants.  Et actuellement j’en identifie trois, très précises.

  1. les gens en ont plein le cul.  Marre d’être les seuls à payer, les seuls à trimmer, les seuls à ne pas pouvoir se défendre face aux agressions diverses (incivilités, insécurité, affaire du bijoutier de Nice…), les seuls à être réglos devant des élites et des politiques de plus en plus pathétiques, de plus en plus malhonnêtes, de plus en plus incohérents.  L’ère Sarkozy voyait son lot de critiques et de coups de gueule, mais depuis l’arrivée au pouvoir du PS, on assiste à une série noire de scandales, de réponses inadaptées, de hausses d’impôts et de taxes qui, sur fond de crise sociale et économique, commencent réellement à pousser tout le monde à bout.  Les mots « ras le bol » sont de plus en plus présents.  Au point que les racontards les plus farfelus sont désormais relayés sans états d’âme, puisque considérés comme crédibles.  Certaines dates refont surface : « 1789… « 
  2. les gens cherchent une solution centralisée, unique, et politique à des problèmes systémiques étendus.  Ne comprenant pas forcément la complexité des phénomènes socio-économiques, les propriétés émergeant des grands systèmes et de leur complexité, ils ont l’impression lancinante que « certains » organisent toute la crise pour en tirer profit…  et on rejoue un vieux scénario des années 30 avec le « sionnisme » qui retrouve sa place de bouc émissaire, dans une analyse plus ou moins cohérente mais surtout désespérée de trouver des solutions à toute ces crises.  Certains « comiques » et certains « intellectuels » (ils me pardonneront les guillemets…  ils sont à l’humour et à la réflexion politique ce que je suis au badminton ou à la danse classique : lourds, pas doués, visiblement pas entraînés, mais très déterminés sans doute).  Les théories complotistes, l’antisémitisme, le sexisme et les discours moralisateurs de base (notamment une incroyable remontée des envolées lyriques homophobes) ont actuellement le vent en poupe.  Je « vire » actuellement en moyenne 3-5 « amis » facebook par pur ras le bol de lire leurs commentaires ou posts haineux.  Et malgré ce grand ménage perpétuel, des gens qui jusque là étaient modérés explosent et basculent dans la haine chaque jour.  C’est comme une maladie qui se répand.  Elle se répand vite.  Elle est en train de poser les bases idéologiques nécessaires aux pires horreurs.  Et les réponses violentes et inadaptées de notre ministre de l’Interieur, censurant d’un côté, frappant ses officiers supérieurs d’injonctions paradoxales (dites nous tout, mais pas ce que nous ne voulons pas entendre) ne font que renforcer les craintes et la grogne du peuple.  Ce qui crédibilise, bien entendu, les théories les plus brunes…
  3. les gens cherchent à récupérer du contrôle sur leur vie…  par tous les moyens.  Ils en ont marre de subir, marre d’attendre, marre d’espérer.  Ils veulent avancer.  Ils veulent du concret.  Ils veulent faire des choses.  Quelque part, le constat est simple.  Le contrat social qui consistait, schématiquement, à troquer sa liberté (d’entreprendre sans trop de taxes, de s’armer, de se défendre, de penser différemment, etc.) contre des services publics performants étant de moins en moins crédible pour le peuple, les gens veulent récupérer leurs billes : entreprendre librement, se défendre librement, parler et penser librement, et ne plus gober les discours officiels qu’ils considèrent comme étant mensongers et manipulateurs.  Et donc les gens réapprennent la permaculture, le bricolage, les médecines alternatives…  ils mettent leurs enfants dans des écoles Montessori.  Ils veulent du concret et du pragmatique.  No more bullshit

Il est toujours extrêmement prétentieux et risqué de faire de la prospective.  Mais j’en viens à la conclusion que nous sommes à un embranchement sérieux de l’histoire de ce pays…  voire de la civilisation Occidentale (on assiste en effet à des phénomènes assez similaires un peu partout en Occident).  Le renversement du pouvoir de diffusion permis par Internet y est sans doute pour quelque chose (et l’impression 3D rajoutera l’insulte à l’injure en permettant bientôt aux gens de produire divers objets chez eux très facilement)…  rendant les frontières poreuses à l’information, à la culture, à la réflexion, et aux théories fumeuses aussi.  Seuls quelques grands blocs linguistiques se découpent encore dans le paysage mondial.  Et les grandes civilisations de l’antiquité retrouvent les frontières floues de leurs nébuleuses culturelles : Chine, Russie, Inde, monde Arabe…  et l’Occident, uni pour le moment par la langue anglaise et une culture de rationalité, d’humanisme et de démocratie…  Pendant tout ce temps, l’Etat Nation, en tant que concept politique, se révèle de plus en plus cisaillé entre les pressions du commerce international, et l’émergence de localismes dans lesquels se reconnaissent de plus en plus de gens, qui cherchent des solutions concrètes à leurs problèmes tout en préservant leurs valeurs et leur identité culturelle.

Coincés entre l’arbre et l’écorce, nos gouvernements luttent actuellement pour leur propre survie.  La caste politique, de plus en plus malmenée et perdant de plus en plus en crédibilité, sera, je le crains, dissoute dans une redistribution des pouvoirs qui s’étalera sur quelques décennies.  Et on verra, je le crains aussi, des tentatives intenses et peut être violentes de résistance de leur part.  Et en attendant leur dissolution qui me semble de plus en plus inévitable, les soubresauts nationalistes, identitaires seront nombreux.  Et les niches écologiques pour les marchés du service au public seront âprement disputés.

Bon et donc quoi ?

La conclusion, pour moi, s’impose d’elle même…  il devient de plus en plus justifiable et possible de créer localement des solutions qui rendront possible une vie paisible et heureuse de manière relativement indépendante des grands systèmes nationaux.  Sans rupture brutale, sans même devoir tomber dans l’illégalité, il devient de plus en plus réaliste de :

  • faire son potager (permaculture, agriculture bio, traction animale, etc.) ;
  • réapprendre à prévenir les maladies et à se soigner localement (la médecine restera irremplaçable pour les gros problèmes, mais tellement de prévention peut se faire, et tellement d’alternatives efficaces existent) ;
  • réapprendre à bricoler, réparer, réutiliser…
  • réapprendre à s’entraider, tisser du lien de proximité avec les gens qui en valent la peine, et créer des réseaux d’entraide et d’échange d’informations larges grâce au net…
  • réapprendre à se défendre, aussi…  individuellement et, en accord avec les autorités, collectivement (le service militaire avait au moins ça de bon…  les hommes apprenaient à faire la guerre dans un cadre légal clair).
  • bref…  commencer à construire tranquillement un système à côté du système actuel avant qu’il ne soit dissout (en tout ou en partie).  Un système souple et léger, réaliste et ancré dans des objectifs de survie à long terme qui sera là pour maintenir les humains en vie, sereinement, malgré les soubresauts qui risquent d’arriver à moyen terme.

Je ne crois pas en l’effondrement du système…  je ne crois pas que tout va sombrer dans le chaos, je ne crois pas que l’avenir est sombre.  Je crois plutôt que les prochaines décennies vont être des décennies où nous verront beaucoup de changement dans nos institutions…  et soit on arrivera à concilier les besoins locaux et globaux, l’identité et la technologie, la tradition et la modernité…  soit nous nous confronterons de plus en plus à ces tensions que nous ressentons actuellement cruellement.

La tête dans les étoiles et les pieds sur terre…  ;)

Maintenant, il est fort possible que je me trompe…  il est fort possible que je sois complètement à côté de la plaque.  Auquel cas j’aurai appris plein de trucs qui resteront compatibles avec l’Etat Nation tel qu’on le connaît actuellement…  et qui me permettront de vivre une vie sereine, pleine, riche, et saine.

Il est excessivement facile de fédérer les gens CONTRE quelque chose.  Tout le monde s’entend généralement bien pour rejeter les choses qui ne vont pas.  Toute la difficulté réside dans le fait de fédérer les gens dans un projet commun concret et cohérent.  Dans ce domaine, l’expérience me semble démontrer que les difficultés, les frictions et les glissements deviennent de plus en plus fréquents au fur et à mesure de la croissance des systèmes.  Aussi, je crois que les petits groupes locaux, reliés entre eux de manière informelle, avec juste assez de règles pour assurer la cohérence de l’ensembe seront une bonne hypothèse à tester.

You may say I’m a dreamer… ;)

Mes deux balles ;)

David

Carnets d’aventures dans les bacs ;)

Salut :)

Carnets d'aventureJuste un petit mot pour dire que le dernier numéro de Carnets d’Aventures est sorti.  Ma chronique de ce trimestre ci est sur le confort.  Le confort pour durer sur le terrain…  Ca tranche un peu.

D’ici peu, ils vont aussi publier un recueil en PDF de toutes les chroniques « vie sauvage » qui ont été pondues depuis le No.6 (ça fait genre 28 chroniques…  mine de rien !).  Ca sera vendu pour pas cher et ça financera le beurre pour mettre dans mes chénopodes ;)

Affaire à suivre sur http://www.expemag.com/

La Tribu…

Si on regarde un peu la préhistoire et même une bonne partie de l’histoire de notre espèce, on se rend compte qu’on a évolués, pour faire simple :

  • dehors, exposés aux éléments, au soleil, au vent, au froid…
  • dans la crainte permanente de prédateurs plus gros et plus forts (les gros chats, quoi) ;
  • en mangeant essentiellement des plantes sauvages (sans produits chimiques, engrais, pesticides), des noix diverses, et du gibier…
  • en bougeant toujours un peu, à faible intensité, avec de temps en temps des pointes d’activité pour fuir, combattre ou sortir de l’eau glacée dans laquelle on était tombés…
  • en chassant et combattant en groupes…

C’est le « en groupe » que je souhaiterais souligner un peu ici.

Nous vivons des vies, actuellement, en occident, qui sont absolument à l’inverse par rapport à tout ça.  Nos vies sont matériellement faciles, douces et confortables, pourtant nous ressentons une grande souffrance, un grand vide.  Ce vide est, à mon humble avis, causé ou en tout cas fortement corrélé avec l’absence de défis concrets…  et la solitude.

Nos corps et nos esprits ont été conçus, par le biais d’une évolution longue et sans pitié, pour la lutte, la guerre, la peur, et la cohésion.  Nous sommes câblés pour nous protéger les uns les autres, pour se serrer les coudes, pour se mettre à 5 ou 6 sur le tigre à dents de sabre qui a choppé un gamin par une cuisse et qui veut l’emporter pour le manger.  Nous sommes câblés pour protéger nos femmes, pour protéger nos petits, pour respecter les anciens qui savent, pour être fiers de ramener du gibier et de le partager.

Partager un repas, quand tout le monde a faim…  amener une cuisse d’orignal à la Tribu, la poser près du feu et regarder les gens se la partager et se mettre d’un seul coup à sourire et à blaguer…  parce qu’ils savent qu’ils vont vivre quelques jours de plus.  C’est sans doute l’un des sentiments les plus puissants et les plus nobles qui soient.  Et ça a clairement un sens, dans la survie de notre espèce, d’être fier de pouvoir faire ça, et de valoriser ceux qui le font…  tout comme je pense que le fait que tous les homo sapiens que je connais sont plongés dans un état second de calme dès qu’un feu est allumé, et que tout le monde aime rester autour, je pense que la fierté qu’on ressent à donner, la joie qu’on ressent à aider un autre homo sapiens qui en a besoin est, en soi, une adaptation évolutive propre à notre espèce.

Nous sommes, je le pense vraiment, une espèce qui a la coopération et l’entraide encodée en dur dans le génôme.  Et nos cultures, très diverses et très variées, sont toutes plus ou moins des dérivés de cette réalité toute bête qui veut qu’on s’en sorte mieux en groupe, avec un système cohérent pour vivre en groupe.

Et ce mal être que nous ressentons pratiquement tous, de nos jours, dans nos sociétés hyper-confortables, vient aussi, à mon avis, de la privation de contact humain réel.  C’est comme si nous étions tous bannis.  Comme si nous nous bannissions tous les uns les autres…  et de retrouver une meute, de retrouver une tribu est un truc qui devient tellement précieux de nos jours que ça ouvre la porte à plein d’abus (des sectes au communautarisme primaire, aux mouvements identitaires divers)…

En stage, nous avons très très souvent un commentaire qui revient : « c’était génial de rencontrer des gens comme moi »…  ou « je pensais être le seul au monde à me poser ces questions, et je suis content d’avoir vu que je n’étais pas un cas isolé, pas complètement cinglé »…  En fait, pendant un weekend ou une semaine, on se retrouve à vivre dehors, près d’un feu, en petit groupe de primates bienveillants.  On veille tous les uns sur les autres.  On fonctionne en meute.  On partage le peu de nourriture qu’on a.  Et on reprend contact non seulement avec le chasseur-cueilleur qui est en nous…  mais aussi avec les archétypes les plus importants, les plus centraux de son organisation sociale.

Dans l’infanterie, on retrouve aussi beaucoup cela.  Quand, à 3h du matin, sous la pluie, on peut dormir dans le noir et sans bruit parce que notre binôme garde les yeux ouverts, forcément ça crée des liens, ça reconnecte à ce côté tribal…  Et quand on combat à plusieurs, quand on réussit à survivre ensemble, forcément, ça crée des liens d’une profondeur et d’une intensité qu’on ne peut pas comprendre autrement.

La vérité, c’est que depuis la nuit des temps, nous avons été sélectionnés exactement pour faire ça.

Je pense humblement, à force de le vérifier un peu partout, à force de côtoyer des humains dans ce contexte là…  à force de voir l’effet, aussi que ça a sur moi…  je constate de plus en plus que pour être heureux et équilibrés, nous avons besoin de problèmes concrets (du froid, de la faim) sur lesquels nous pouvons agir, d’ennemis (que nous pouvons combattre ou éviter), de combats…  et d’une Tribu.

Les 5% qui prennent soin du monde…

Je parlais, dans la précédente entrée de ce blog, de ces 5% de gens qui portent le monde à bout de bras.  5% étant un chiffre assez aléatoire en fait, servant à illustrer l’idée de minorité.  J’ai piqué ce chiffre à un ami, j’avoue.  Il m’avait fait franchement bien rire en me parlant de sa théorie du « 5-45-50″.  Pour résumer un peu son idée, il annonçait avec ce côté sarcastique pince-sans-rire qui lui va si bien que « 50% des gens sont juste des aimants à plomb et à baffes dans la gueule », « 45% feront des choses bien s’ils sont bien encadrés » et « les 5% qui restent feront toujours de leur mieux, quoi qu’il arrive ».  Il admet lui-même, plein d’ironie, être dans la caricature grossière…  mais il y a un fond de vrai.  Et ce qu’il veut surtout dire, c’est qu’il appartient à une minorité de se taper le boulot pour qu’une majorité prenne le relais et se mette à son tour en mouvement.

En tout, il faut des précurseurs.  Partout, il y a des gens qui portent des trucs à bout de bras, souvent longtemps et en se sentant seuls, et qui finissent par avoir du renfort.

Ca peut avoir l’air élitiste, mais ça n’est pas le cas.  Les « 5% » sont partout.  Dans tous les métiers, tous les milieux, toutes les strates sociales, toutes les cultures, toutes les ethnies, toutes les institutions…  partout.  Mais un fait demeure : où qu’on aille, les gens sur qui on peut réellement compter sont une minorité.  Grossman dans son ouvrage « On Killing: The Psychological Cost of Learning to Kill in War and Society » parle de 1% de « chiens de berger » vs. 1% de « loups »…  Michel Goya, de son côté, dans son récent article « Le fractionnement des âmes« , reprend l’idée que les « as » sont très efficaces et peu nombreux, et que les autres sont essentiellement des figurants…  Pour ma part, je n’avais jamais osé poser des chiffres là-dessus, mais partout, dans tous les milieux, tous les pays, tous les groupes que j’ai traversé, j’ai remarqué ce même phénomène : une infime minorité de gens se tape tout le boulot efficace.

1% - devise d'un "collectif d'amis de la moto" bien connu, et qui traduit cette idée de minorité aussi...  à sa façon...
1% - devise d'un "collectif d'amis de la moto" bien connu, et qui traduit cette idée de minorité aussi... à sa façon...

Tout le monde naît « boulet »…

Oui je sais.  Ca fait pas plaisir.  Mais personne ne nait « efficace ».  On le devient.  Nous sommes tous câblés pour économiser notre énergie, nous cacher quand il y a du danger, faire en sorte de profiter au maximum des occasions offertes par le groupe, et pour en faire le moins possible.

Personne n’est con au point de ne pas comprendre que c’est dangereux, fatiguant, ingrat et décevant…  Alors pourquoi ? :)

Quand quelqu’un veut devenir moniteur au CEETS, je lui dis toujours un peu la même chose : « tu sais que c’est vraiment un boulot de merde, avec un salaire de misère, aucune gloire, aucun avantage, aucun prestige, et qu’à la fin ça va juste pouvoir s’arrêter dans des souffrances atroces et l’anonymat ? ».

Ceux qui rigolent et disent « c’est exactement ce que je pensais » et qui ne cherchent même pas à argumenter ont une chance d’y arriver.  Parce que pour être moniteur au CEETS, il faut le faire pour les autres, parce que ça a du sens, et en abandonnant tout espoir de retour équivalent à l’investissement nécessaire.

Ceux qui deviennent moniteur au CEETS pour recevoir quelque chose…  ne le deviennent jamais.  Et pour ça, j’ai 10 ou 15 demandes par semaines de gens tous plus intéressants les uns que les autres.  Pourquoi ? :)

Parce que ça a du SENS.  Parce que je leur donne une opportunité d’être vraiment grands.  D’être ce qu’ils ont profondément envie d’être.  Et tous les moniteurs, en titre ou en formation, vraiment, sont des humains en or.  Et ça, ça ne se fait pas quand on agit égoïstement, petitement, en pensant à son cul en premier…

Comment, alors, devient un un leader ?  Un de ces « 5% » ?

C’est assez simple.  C’est un choix.  On le devient.  Petit à petit, pas à pas, acte après acte.  Il y a des hauts et des bas, on évolue en dents de scie, puis à force d’efforts on se dépasse et on y arrive.  Et une fois qu’on l’a fait, on découvre en fait que c’est plus facile « après ».  Un peu comme en ski nautique…  la partie chiante, c’est quand on doit s’accrocher, serrer les skis et tenir bon jusqu’à sortir de l’eau…  et après, d’un seul coup, tout change.  Ce qi devient difficile n’est plus de s’accrocher, mais bien de rester stable.  On domine la situation, on voit loin, on gère plus facilement.  C’est plus risqué, les gamelles font mal, mais on ne bouffe plus de flotte et on se régale.  Au moins le temps que ça dure.

Faire partie des 5%, c’est un peu pareil.  Au début on est tous dans l’eau, mais certains s’accrochent, serrent les dents, les fesses et les skis nautiques…  et hop ils se retrouvent au-dessus du lot.

Et parfois on replonge.  Et on recommence.

Anecdote.

PaintballJ’étais à peine majeur.  Je faisais un paintball avec des potes, au Québec (les étudiants en anthropologie ont parfois des hobbies paradoxaux ;)).  On jouait contre une bande de militaires vraiment bien entraînés, et habitués à bosser en groupe, et donc on se faisait littéralement laminer la gueule.   Et ils faisaient exprès, ces enfoirés, de corser le jeu en réglant toujours leurs lanceurs pour qu’ils fassent vraiment mal.  Les impacts sur les doigts et les mains se traduisaient en fractures.  Les impacts sur toute zone dure du corps comme la tête ou une omoplate faisait éclater la peau dans une ecchymose sanguinolente.  Ca piquait vraiment très fort.  Assez pour avoir peur de se faire toucher…  et c’était le but.  Ils ne voulaient pas tomber dans la complaisance.  Ils voulaient s’habituer à avoir peur des impacts…  et à fonctionner avec cette peur.

Choc culturel, quoi.

Moi, j’avoue, j’étais plaqué au sol, le nez dans un chardon qui, dans le contexte, me semblait ma foi très accueillant.  Les billes sifflaient dans tous les coins, explosaient autour de moi…  j’étais concentré comme un con sur ma bulle de « survie » de 30cm…  et tout d’un coup j’ai compris que si je restais là j’allais finir par prendre une bille, tôt ou tard.  Et là, d’un seul coup, zoom arrière, et vue d’ensemble.  Mentalement, je me suis retrouvé à intégrer mentalement non plus uniquement ma survie et les 30cm de couverts qui me protégeaient bêtement, mais bien l’ensemble de la géométrie du truc.  En gros, 4 mecs nous obligeaient à baisser la tête et à ne pas bouger, pendant que 4 autres nous avaient flanqué et commençaient à se rapprocher pour finir le boulot.  Le truc de base que même les idiots savent faire…  et dont pas mal d’idiots savent aussi sortir.  Ca a été un déclic.  D’une sorte de stupeur effrayée, je suis passé à une sorte de rage froide et inflexible.  J’ai décidé que j’allais tous me les faire.

Un pote à côté de moi embrassait bêtement le sol lui aussi.  Je lui ai dit, en montrant ma droite, « tire par là ».  Il ne comprenait pas…  mais j’ai gueulé assez fort pour qu’il obéisse.  Une fois qu’il a eu tiré 5 ou 6 coups, je suis parti comme un débile vers l’arrière.  Repli solitaire, mais repli quand même.  Et là j’ai attendu que leur piège se referme…  les 4 qui flanquaient sont arrivés devant moi, convergeant vers mon pote qui tirait sans savoir pourquoi.  Et là, planqué derrière un gros sapin, j’ai descendu 3 des 4.  Le 4e, comprenant le truc, a tenté de se replier et mon pote l’a eu dans le dos par pur hasard.

Et là, la rage froide est devenue rage brûlante.  J’ai fait un grand cercle vers la droite et j’ai décidé de flanquer les 4 autres qui continuaient de fixer mes amis.  Et un à un, méthodiquement, je les ai allumés dans le côté du masque.  Toc.  Toc.  Toc.  Toc.  4 coups parfaits, en pleine gueule.

Je pense que je suis né une seconde fois ce jour là (il ya peut-être un parallèle à faire  aussi avec mes hurlements gesticulants et mon corps moite et sanguinolent ;))…

La géométrie simple de la tactique, couplée à un jeu de vitesse.  Vitesse de perception/compréhension/exécution…  tout ça est apparu dans ma tête comme une évidence à ce moment là.  J’avais un ou deux temps d’avance sur tout le jeu.  Je voyais, je comprenais, j’anticipais.  Je n’étais plus la proie sage et immobile qui attendait la « mort » le nez dans son chardon.  J’étais subitement sorti de l’eau avec mes skis nautiques… :)

Vous me direz, c’est vachement plus facile au paintball que quand on a de vrais balles en face.  C’est clair…  mais certains principes restent valables partout.  Celui qui réussit le premier à sortir le nez de son petit trou de survie et à comprendre « comment tout ça fonctionne » a déjà, très souvent, gagné.  Le reste, c’est la mise en actes, et ça peut être compliqué aussi…  mais sans le déclic, sans « presser sa détente mentale », rien ne bouge.  On reste là et on subit.  Comme je dis en stage on « crève la gueule ouverte et le cul bourré de chiffons ».

(Bon…  pour rendre justice à l’anecdote, contre ces mecs là, ça a marché une fois.  Ils nous traitaient comme les quilles que nous étions, mais ils ont vite compris qu’on avait compris, et le jeu d’échecs a commencé à se complexifier, et c’est devenu de plus en plus intéressant…  et au final ces mecs là sont devenus des amis qui ont largement contribué à ma formation pour la suite (et que j’ai formés aussi, donnant donnant :)).)

Donc voilà.  Pour faire partie des 5%, suffit de le vouloir, et de prendre l’habitude d’agir en conséquence.  De se fixer des objectifs clairs, de ne pas attendre que la solution vienne d’autrui, d’en haut, d’ailleurs…  ne pas attendre le bon moment, un « demain » où on aurait pas besoin de faire l’effort de…  Juste, tout simplement, réfléchir, puis agir.

Est-ce que tout le monde peut être un grand leader ?  Non.  Et c’est très bien comme ça.  On a aussi besoin de gens qui suivent…  on a aussi besoin de gens qui ne servent à rien en apparence, et qui constituent une réserve de diversité…  qui sont utiles juste par leur présence démographique.  Mais si les 5% deviennent 10, 20… si les gens, les citoyens, deviennent un moteur plus qu’un poids, si les humains se mettent à agir ensemble pour le bien commun, sans attendre une félicitation, sans attendre une médaille, juste parce qu’ils pensent que c’est juste…  alors le monde aura changé.  En bien.

Moi, j’ai énormément de chance.  Je bosse presque exclusivement avec des « 5% ».  J’anime depuis 10 ans un forum où les 5% sont tellement sur-représentés que ça en devient gênant…  et je forme des gens qui sont le 5% du 5% pour qu’ils puissent aider les 5% à devenir plus performants.  Mais dans les faits, quand les 5% se croisent, ils se reconnaissent toujours.  Un peu comme les Highlanders :)

Bref, et pour résumer :

  • les 5% percutent ;
  • les 5% agissent…
  • les 5% n’attendent ni autorisation ni récompense…  ils font tout ça parce qu’ils pensent que c’est ce qu’il faut faire, parce qu’ils pensent que c’est bien…  et ils assument leurs actes.

Vous pouvez.

 

L’effondrement mon cul…

Effondrement mon cul
Face à l'usure du système, un petit nombre d'individus porte à bout de bras tout ce que les autres abandonnent... ils sont les 5% qui servent actuellement de filet de sécurité, et qui assureront la transition.

Ouais.  Effondrement mon cul.

Je vais pas me faire des amis hein.   Mais c’est pas comme si j’en avais quelque chose à foutre non plus.  Et donc je persiste.  Effondrement mon cul !!! :)

Commençons notre démonstration par un peu de culture gé.

 

Nos prédictions ont un impact sur la réalité.

Matrix –> la scène où Néo rencontre l’Oracle dans sa cuisine.   Ici en anglais.  Désolé je l’ai pas trouvé en français.

–> http://www.youtube.com/watch?v=kqFPDrDWAHs

- L’oracle : Ne t’inquiète pas pour le vase…

- Néo : Quel vase ? (il se retourne et pète le vase)

- Ce vase là.

- Néo : Désolé !

- L’oracle : Je t’ai dit de ne pas t’inquiéter pour le vase.  Je demanderai à un des gamins de le réparer.  Ce qui va vraiment t’exciter la nouille maintenant c’est « est-ce que tu l’aurais quand-même cassé si je n’avais rien dit » ?

Nos prédictions ont un impact sur la réalité. Et tous ces vautours de l’apocalypse qui nous prédisent un effondrement social, politique, économique ou écologique sont en train de travailler, sciemment ou pas, à le provoquer.  Donc oui.  Effondrement mon cul.

(On serait en droit de se demander dans quel but, pourquoi, que cherchent-ils ?  J’ai quelques pistes de réflexion à ce sujet, mais après on va encore me faire remarquer que je suis cynique et paranoïaque ;))

Nos prédictions ont un impact sur notre comportement.  Et si on prédit des trucs publiquement et collectivement, on a aussi un impact sur le comportement des gens.  Bizarrement, cet impact se fait très souvent dans le sens qui nous donne raison…  Dingue, non ?

Bon.

Maintenant, c’est là que l’esprit humain nous joue un tour.  Un deuxième.  Comme on pense spontanément de manière binaire et symétrique (simple question de perception basée sur le contraste, phénomène neurologique bien connu), vous vous dites « il pense que l’effondrement n’arrivera pas et qu’on n’a pas besoin de s’y préparer »…

Faux aussi.

Je pense que le monde part vraiment en couille.  Mais il part en couille lentement. Il s’use.  Je l’observe au quotidien, dans cet espèce de relâchement global et progressif de la notion de respect des règles qui permettent la vie en groupe.  Je pense que les causes majeures de ce pourrissement de notre civilisation sont complexes, multifactoriels et inextricables.  Je pense aussi qu’il est trop tard pour récupérer la sauce.

(OH MON DIEU ON VA TOUS MOURIR ALORS ???)

Le monde ne va pas s’arrêter.  Les gens vont survivre.  Simplement l’organisation économique, sociale et politique va changer.  Tout ça va changer à un point tel que les mots « économique, social et politique » auront un petit arrière goût d’archaïsme.  Comme quand aujourd’hui on prononce le mot esclavage, droit divin ou conscription.

Le changement de notre civilisation est en cours depuis un moment, déjà.  Et ce changement, comme la chute de l’Empire Romain, est globalement lent.  Il y a des évènements isolés très forts (émeutes par ci, bombe qui pète par là, guerre ici et tireur fou là), sur lesquels les médias insistent lourdement.  Mais globalement, ça meurt tranquillement, avec quelques hocquets et soubresauts.  Et ça mourra comme ça encore pendant plusieurs générations.  Et à l’échelle d’une vie, ça représentera des changements importants, stressants, et parfois pénibles.

C’est l’adaptation collective au changement qui sera la clé de notre survie. Notre manière de comprendre le problème de manière lucide et pragmatique, de réfléchir, de nous organiser et de mettre en place des solutions durables pour rester vivants.  Longtemps et bien si possible…  Et ça se fera en réconciliant les traditions qui fonctionnent avec les outils modernes qui fonctionnent aussi.

Le weekend dernier, on faisait du feu par friction et on filmait ça avec des téléphones haut de gamme.

La vérité c’est que c’est à nous de préparer l’après.  De commencer à poser les pierres de fondation de l’ère humaine qui succèdera à celle-ci.  Et les vautours de l’apocalypse n’y participeront pas.  Ils seront trop occupés à se battre pour les morceaux de viande pourrie de ce monde ci…

Qu’est-ce qu’on sera, collectivement, dans 200 ans ?  Un monde plus juste, ou un monde plus pourri encore qu’aujourd’hui ?

Je vois aujourd’hui que plein de gens sont encore tournés vers le haut.  Ils attendent une solution qui vienne d’en haut.  Ils menacent de voter « extrême ».  Ils abusent du système parce que le système a abusé d’eux.  Ils sont en train de se rendre compte que le système paternaliste où on troquait confortablement de la liberté contre une prise en charge financière et morale arrive à un tournant.  Et les abus de biens sociaux ordinaires sont de plus en plus ordinaires.  Et on n’a plus besoin de faire des choses justifiées.  Il suffit de faire du justifiable.

La solution émergera d’en bas, et elle grandira en cercles.

Aujourd’hui, la triste vérité c’est qu’une minorité de citoyens responsables prend d’ores et déjà le relais d’un Etat Providence de plus en plus pourri.  On voit dans les hopitaux, dans les services de police, dans les crèches, dans les maisons d’accueil diverses, chez les pompiers, au samu, PARTOUT dans le secteur public et parapublic.  On voit des gestions financières complètement pourries et auto-destructrices être contrées par l’effort soutenu, durable et épuisant de gens qui PORTENT A BOUT DE BRAS non seulement les personnes dont ils ont directement la charge et la responsabilité humaine, mais en plus les institutions qui, normalement, devraient être là pour les aider et qui leurs tirent dans les pattes.

Ces gens, ce petit 5% de gens à la volonté de fer et à l’éthique inalterable sont le filet de sécurité de notre société.  Ce sont les mêmes qui hébergent les voisins pendant les inondations, qui se bougent le cul pour faire soigner leur chien plutôt que de le laisser souffrir, qui ne vont pas juste regarder ailleurs en se disant « quelqu’un s’en occupera bien ».  ILS PRENNENT LE MONDE EN CHARGE.

Je reviendrai prochainement sur ces « 5% » (les enragés des statistiques me pardonneront cette approximation qui sert à représenter l’idée de minorité, hein)…  qui sont-ils, comment fonctionnent-ils, leur comportement est-il inné…  et comment devenir l’un des leurs…  ;)

A bientôt ;)

David

 

Pourquoi honorer les guerriers morts au combat ?

Certains de mes amis ne comprennent pas pourquoi je trouve important d’honorer les soldats tombés au combat. Certains ne comprennent pas pourquoi je prends parti ainsi. Ils pensent que je cautionne tout. Ils pensent que je ne pense rien. Et ça m’attriste un peu.

Je n’aime pas la violence. Je n’aime pas la guerre. Je suis un pacifiste convaincu. Et j’ai déjà maintes fois choisi de laisser mon égo être sali plutôt que de devoir le laver par le sang… non pas par peur, non pas par manque de moyens, mais bien par choix. Parce que je juge que les effets de ces actes que je poserais ne seraient pas positifs, je passe mon chemin, je laisse parler, je laisse vivre…

Mais.

Je viens aussi d’une culture où la mort et la guerre ont encore une petite place. Où on comprend encore que la force, la violence et le combat peuvent être des activités nobles, si on les utilise bien. Pour une cause juste. Je viens d’un pays où on a encore le droit d’appeler son ennemi un ennemi. Et où, quand il essaie de nous tuer, quand il cherche à kidnapper nos enfants, quand il veut violer et tuer nos femmes, on a encore le droit de se lever sans complexes, et de lui démonter sa gueule de merde. Par tous les moyens nécessaires.

Les guerriers en tous genres, à commencer par nos soldats, outre tous les aspects politiques et économiques qu’on peut aussi opposer, font précisément cela. Et ils sont prêts à risquer leur vie pour ça. Même s’ils préfèrent vivre vieux, et surtout revenir avec tous leurs morceaux, ces gens vont voir la mort de très près. Ils vont la donner. Ils risquent de la recevoir. Ils la connaissent personnellement. Et ils la regardent dans les yeux pour que ceux restés au pays n’aient pas à le faire.

Et ils sont prêt à donner leur vie pour ça… Leur vie, oui, mais pas leur honneur. Et je crois que la moindre des choses, lorsqu’un guerrier meurt, est et sera toujours de lui permettre d’être mort avec honneur. Et donc de l’honorer.

Quand j’honore un guerrier tombé au combat, je n’honore pas ses chefs. Je n’honore pas les politiques qui ont décidé où il devrait aller se battre. Je n’honore pas tous les mécanismes géopolitiques complexes qui ont fait que ce guerrier s’est retrouvé là où il a reçu cette balle, pris cet éclat d’IED, marché sur cette mine… non. Je l’honore lui, parce qu’en échange de sa vie, la moindre des choses est de lui donner une chose dont la valeur se perd, de nos jours : de l’honneur. De la fierté. De la gratitude. Et peut-être même ce petit pincement de culpabilité de profiter de la liberté dont on jouit tranquillement grâce, entre autres, à lui.

Cette culpabilité là nous poussera à bien l’utiliser, cette liberté. A notre manière, comme on le veut. Librement. Mais pleinement.

MERCI.

Le mauvais karma du café…

Quand j’étais à l’université, pendant un bout de temps j’ai eu un coloc.  Tous les matins, il se faisait une groooosse tasse de café bien plein à ras bord (parce qu’il se couchait très tard et qu’il était très fatigué).  Il posait sa tasse sur la table branlante de la cuisine.  Et ensuite il s’asseyait et il coupait son pain (que sa maman lui faisait) juste à côté.

Evidemment, ça se renversait.  Tous les matins.

Et tous les matins, il soupirait, levait les yeux au ciel, comme si Dieu lui-même s’acharnait sur lui, et il disait en se levant péniblement pour chercher l’éponge « Pfffff…  chaque matin c’est pareil »…  et sa journée commençait mal.  Comme chaque journée.  De toute sa vie.  Je n’ai jamais eu le courage de lui dire qu’il pouvait faire autrement, tant il semblait attaché, pour une raison étrange, à son malheur et au mauvais oeil qui s’acharnait sur lui.

Vivre pendant quelques semaines avec quelqu’un comme ça a quelque chose de très instructif.  Au début on a envie de les aider, mais en fait ce sont eux qui nous aident.  Ils nous apprennent à quel point on peut vite se construire tout un beau gros nuage noir en perdant simplement de vue la loi des causes et des effets (ce qui est la définition première de « karma » : causalité).

C’est vrai dans la vie quotidienne.  C’est valable aussi en survie.  La nature n’est pas hostile.  Ce sont nos erreurs et notre inadaptation au milieu qui le sont.

Moins mais mieux. Simple. Laisser du vide. Respirer.

Je disais sur facebook, après mes voeux de bonne année

« Moins mais mieux. Simple. Laisser du vide. Respirer. »

On me demande de compléter un peu ma pensée.  Voici.

  • moins mais mieux, c’est privilégier la qualité plutôt que la quantité… dans tout. Manger, tirer, aimer, faire, penser… pour les projets, les connaissances, les amitiés, les lectures… l’entraînement. Un principe générique qui devient réellement salutaire dans ce monde de surexposition, surabondance, où on touche à tout mais mal…
  • Simple. Comme dans simplifier, enlever du bruit, enlever, enlever, enlever. C’est une conséquence du point précédent, très souvent. Ou en tout cas complémentaire.
  • Laisser du vide, c’est à la fois une cause et une conséquence des deux points précédents.
  • Respirer, c’est au sens de « se donner le temps de respirer »… mais aussi dans la pratique c’est revenir aux fondamentaux, c’est méditer (pratiquement toutes les pratiques de méditation sont basées ou aidées par la respiration), c’est être libre, etc, etc.

"J'enseigne aux gens à rester en vie."