Les 5% qui prennent soin du monde…

Je parlais, dans la précédente entrée de ce blog, de ces 5% de gens qui portent le monde à bout de bras.  5% étant un chiffre assez aléatoire en fait, servant à illustrer l’idée de minorité.  J’ai piqué ce chiffre à un ami, j’avoue.  Il m’avait fait franchement bien rire en me parlant de sa théorie du « 5-45-50″.  Pour résumer un peu son idée, il annonçait avec ce côté sarcastique pince-sans-rire qui lui va si bien que « 50% des gens sont juste des aimants à plomb et à baffes dans la gueule », « 45% feront des choses bien s’ils sont bien encadrés » et « les 5% qui restent feront toujours de leur mieux, quoi qu’il arrive ».  Il admet lui-même, plein d’ironie, être dans la caricature grossière…  mais il y a un fond de vrai.  Et ce qu’il veut surtout dire, c’est qu’il appartient à une minorité de se taper le boulot pour qu’une majorité prenne le relais et se mette à son tour en mouvement.

En tout, il faut des précurseurs.  Partout, il y a des gens qui portent des trucs à bout de bras, souvent longtemps et en se sentant seuls, et qui finissent par avoir du renfort.

Ca peut avoir l’air élitiste, mais ça n’est pas le cas.  Les « 5% » sont partout.  Dans tous les métiers, tous les milieux, toutes les strates sociales, toutes les cultures, toutes les ethnies, toutes les institutions…  partout.  Mais un fait demeure : où qu’on aille, les gens sur qui on peut réellement compter sont une minorité.  Grossman dans son ouvrage « On Killing: The Psychological Cost of Learning to Kill in War and Society » parle de 1% de « chiens de berger » vs. 1% de « loups »…  Michel Goya, de son côté, dans son récent article « Le fractionnement des âmes« , reprend l’idée que les « as » sont très efficaces et peu nombreux, et que les autres sont essentiellement des figurants…  Pour ma part, je n’avais jamais osé poser des chiffres là-dessus, mais partout, dans tous les milieux, tous les pays, tous les groupes que j’ai traversé, j’ai remarqué ce même phénomène : une infime minorité de gens se tape tout le boulot efficace.

1% - devise d'un "collectif d'amis de la moto" bien connu, et qui traduit cette idée de minorité aussi...  à sa façon...

1% - devise d'un "collectif d'amis de la moto" bien connu, et qui traduit cette idée de minorité aussi... à sa façon...

Tout le monde naît « boulet »…

Oui je sais.  Ca fait pas plaisir.  Mais personne ne nait « efficace ».  On le devient.  Nous sommes tous câblés pour économiser notre énergie, nous cacher quand il y a du danger, faire en sorte de profiter au maximum des occasions offertes par le groupe, et pour en faire le moins possible.

Personne n’est con au point de ne pas comprendre que c’est dangereux, fatiguant, ingrat et décevant…  Alors pourquoi ? :)

Quand quelqu’un veut devenir moniteur au CEETS, je lui dis toujours un peu la même chose : « tu sais que c’est vraiment un boulot de merde, avec un salaire de misère, aucune gloire, aucun avantage, aucun prestige, et qu’à la fin ça va juste pouvoir s’arrêter dans des souffrances atroces et l’anonymat ? ».

Ceux qui rigolent et disent « c’est exactement ce que je pensais » et qui ne cherchent même pas à argumenter ont une chance d’y arriver.  Parce que pour être moniteur au CEETS, il faut le faire pour les autres, parce que ça a du sens, et en abandonnant tout espoir de retour équivalent à l’investissement nécessaire.

Ceux qui deviennent moniteur au CEETS pour recevoir quelque chose…  ne le deviennent jamais.  Et pour ça, j’ai 10 ou 15 demandes par semaines de gens tous plus intéressants les uns que les autres.  Pourquoi ? :)

Parce que ça a du SENS.  Parce que je leur donne une opportunité d’être vraiment grands.  D’être ce qu’ils ont profondément envie d’être.  Et tous les moniteurs, en titre ou en formation, vraiment, sont des humains en or.  Et ça, ça ne se fait pas quand on agit égoïstement, petitement, en pensant à son cul en premier…

Comment, alors, devient un un leader ?  Un de ces « 5% » ?

C’est assez simple.  C’est un choix.  On le devient.  Petit à petit, pas à pas, acte après acte.  Il y a des hauts et des bas, on évolue en dents de scie, puis à force d’efforts on se dépasse et on y arrive.  Et une fois qu’on l’a fait, on découvre en fait que c’est plus facile « après ».  Un peu comme en ski nautique…  la partie chiante, c’est quand on doit s’accrocher, serrer les skis et tenir bon jusqu’à sortir de l’eau…  et après, d’un seul coup, tout change.  Ce qi devient difficile n’est plus de s’accrocher, mais bien de rester stable.  On domine la situation, on voit loin, on gère plus facilement.  C’est plus risqué, les gamelles font mal, mais on ne bouffe plus de flotte et on se régale.  Au moins le temps que ça dure.

Faire partie des 5%, c’est un peu pareil.  Au début on est tous dans l’eau, mais certains s’accrochent, serrent les dents, les fesses et les skis nautiques…  et hop ils se retrouvent au-dessus du lot.

Et parfois on replonge.  Et on recommence.

Anecdote.

PaintballJ’étais à peine majeur.  Je faisais un paintball avec des potes, au Québec (les étudiants en anthropologie ont parfois des hobbies paradoxaux ;)).  On jouait contre une bande de militaires vraiment bien entraînés, et habitués à bosser en groupe, et donc on se faisait littéralement laminer la gueule.   Et ils faisaient exprès, ces enfoirés, de corser le jeu en réglant toujours leurs lanceurs pour qu’ils fassent vraiment mal.  Les impacts sur les doigts et les mains se traduisaient en fractures.  Les impacts sur toute zone dure du corps comme la tête ou une omoplate faisait éclater la peau dans une ecchymose sanguinolente.  Ca piquait vraiment très fort.  Assez pour avoir peur de se faire toucher…  et c’était le but.  Ils ne voulaient pas tomber dans la complaisance.  Ils voulaient s’habituer à avoir peur des impacts…  et à fonctionner avec cette peur.

Choc culturel, quoi.

Moi, j’avoue, j’étais plaqué au sol, le nez dans un chardon qui, dans le contexte, me semblait ma foi très accueillant.  Les billes sifflaient dans tous les coins, explosaient autour de moi…  j’étais concentré comme un con sur ma bulle de « survie » de 30cm…  et tout d’un coup j’ai compris que si je restais là j’allais finir par prendre une bille, tôt ou tard.  Et là, d’un seul coup, zoom arrière, et vue d’ensemble.  Mentalement, je me suis retrouvé à intégrer mentalement non plus uniquement ma survie et les 30cm de couverts qui me protégeaient bêtement, mais bien l’ensemble de la géométrie du truc.  En gros, 4 mecs nous obligeaient à baisser la tête et à ne pas bouger, pendant que 4 autres nous avaient flanqué et commençaient à se rapprocher pour finir le boulot.  Le truc de base que même les idiots savent faire…  et dont pas mal d’idiots savent aussi sortir.  Ca a été un déclic.  D’une sorte de stupeur effrayée, je suis passé à une sorte de rage froide et inflexible.  J’ai décidé que j’allais tous me les faire.

Un pote à côté de moi embrassait bêtement le sol lui aussi.  Je lui ai dit, en montrant ma droite, « tire par là ».  Il ne comprenait pas…  mais j’ai gueulé assez fort pour qu’il obéisse.  Une fois qu’il a eu tiré 5 ou 6 coups, je suis parti comme un débile vers l’arrière.  Repli solitaire, mais repli quand même.  Et là j’ai attendu que leur piège se referme…  les 4 qui flanquaient sont arrivés devant moi, convergeant vers mon pote qui tirait sans savoir pourquoi.  Et là, planqué derrière un gros sapin, j’ai descendu 3 des 4.  Le 4e, comprenant le truc, a tenté de se replier et mon pote l’a eu dans le dos par pur hasard.

Et là, la rage froide est devenue rage brûlante.  J’ai fait un grand cercle vers la droite et j’ai décidé de flanquer les 4 autres qui continuaient de fixer mes amis.  Et un à un, méthodiquement, je les ai allumés dans le côté du masque.  Toc.  Toc.  Toc.  Toc.  4 coups parfaits, en pleine gueule.

Je pense que je suis né une seconde fois ce jour là (il ya peut-être un parallèle à faire  aussi avec mes hurlements gesticulants et mon corps moite et sanguinolent ;))…

La géométrie simple de la tactique, couplée à un jeu de vitesse.  Vitesse de perception/compréhension/exécution…  tout ça est apparu dans ma tête comme une évidence à ce moment là.  J’avais un ou deux temps d’avance sur tout le jeu.  Je voyais, je comprenais, j’anticipais.  Je n’étais plus la proie sage et immobile qui attendait la « mort » le nez dans son chardon.  J’étais subitement sorti de l’eau avec mes skis nautiques… :)

Vous me direz, c’est vachement plus facile au paintball que quand on a de vrais balles en face.  C’est clair…  mais certains principes restent valables partout.  Celui qui réussit le premier à sortir le nez de son petit trou de survie et à comprendre « comment tout ça fonctionne » a déjà, très souvent, gagné.  Le reste, c’est la mise en actes, et ça peut être compliqué aussi…  mais sans le déclic, sans « presser sa détente mentale », rien ne bouge.  On reste là et on subit.  Comme je dis en stage on « crève la gueule ouverte et le cul bourré de chiffons ».

(Bon…  pour rendre justice à l’anecdote, contre ces mecs là, ça a marché une fois.  Ils nous traitaient comme les quilles que nous étions, mais ils ont vite compris qu’on avait compris, et le jeu d’échecs a commencé à se complexifier, et c’est devenu de plus en plus intéressant…  et au final ces mecs là sont devenus des amis qui ont largement contribué à ma formation pour la suite (et que j’ai formés aussi, donnant donnant :)).)

Donc voilà.  Pour faire partie des 5%, suffit de le vouloir, et de prendre l’habitude d’agir en conséquence.  De se fixer des objectifs clairs, de ne pas attendre que la solution vienne d’autrui, d’en haut, d’ailleurs…  ne pas attendre le bon moment, un « demain » où on aurait pas besoin de faire l’effort de…  Juste, tout simplement, réfléchir, puis agir.

Est-ce que tout le monde peut être un grand leader ?  Non.  Et c’est très bien comme ça.  On a aussi besoin de gens qui suivent…  on a aussi besoin de gens qui ne servent à rien en apparence, et qui constituent une réserve de diversité…  qui sont utiles juste par leur présence démographique.  Mais si les 5% deviennent 10, 20… si les gens, les citoyens, deviennent un moteur plus qu’un poids, si les humains se mettent à agir ensemble pour le bien commun, sans attendre une félicitation, sans attendre une médaille, juste parce qu’ils pensent que c’est juste…  alors le monde aura changé.  En bien.

Moi, j’ai énormément de chance.  Je bosse presque exclusivement avec des « 5% ».  J’anime depuis 10 ans un forum où les 5% sont tellement sur-représentés que ça en devient gênant…  et je forme des gens qui sont le 5% du 5% pour qu’ils puissent aider les 5% à devenir plus performants.  Mais dans les faits, quand les 5% se croisent, ils se reconnaissent toujours.  Un peu comme les Highlanders :)

Bref, et pour résumer :

  • les 5% percutent ;
  • les 5% agissent…
  • les 5% n’attendent ni autorisation ni récompense…  ils font tout ça parce qu’ils pensent que c’est ce qu’il faut faire, parce qu’ils pensent que c’est bien…  et ils assument leurs actes.

Vous pouvez.

 

L’effondrement mon cul…

Effondrement mon cul

Face à l'usure du système, un petit nombre d'individus porte à bout de bras tout ce que les autres abandonnent... ils sont les 5% qui servent actuellement de filet de sécurité, et qui assureront la transition.

Ouais.  Effondrement mon cul.

Je vais pas me faire des amis hein.   Mais c’est pas comme si j’en avais quelque chose à foutre non plus.  Et donc je persiste.  Effondrement mon cul !!! :)

Commençons notre démonstration par un peu de culture gé.

 

Nos prédictions ont un impact sur la réalité.

Matrix –> la scène où Néo rencontre l’Oracle dans sa cuisine.   Ici en anglais.  Désolé je l’ai pas trouvé en français.

–> http://www.youtube.com/watch?v=kqFPDrDWAHs

- L’oracle : Ne t’inquiète pas pour le vase…

- Néo : Quel vase ? (il se retourne et pète le vase)

- Ce vase là.

- Néo : Désolé !

- L’oracle : Je t’ai dit de ne pas t’inquiéter pour le vase.  Je demanderai à un des gamins de le réparer.  Ce qui va vraiment t’exciter la nouille maintenant c’est « est-ce que tu l’aurais quand-même cassé si je n’avais rien dit » ?

Nos prédictions ont un impact sur la réalité. Et tous ces vautours de l’apocalypse qui nous prédisent un effondrement social, politique, économique ou écologique sont en train de travailler, sciemment ou pas, à le provoquer.  Donc oui.  Effondrement mon cul.

(On serait en droit de se demander dans quel but, pourquoi, que cherchent-ils ?  J’ai quelques pistes de réflexion à ce sujet, mais après on va encore me faire remarquer que je suis cynique et paranoïaque ;))

Nos prédictions ont un impact sur notre comportement.  Et si on prédit des trucs publiquement et collectivement, on a aussi un impact sur le comportement des gens.  Bizarrement, cet impact se fait très souvent dans le sens qui nous donne raison…  Dingue, non ?

Bon.

Maintenant, c’est là que l’esprit humain nous joue un tour.  Un deuxième.  Comme on pense spontanément de manière binaire et symétrique (simple question de perception basée sur le contraste, phénomène neurologique bien connu), vous vous dites « il pense que l’effondrement n’arrivera pas et qu’on n’a pas besoin de s’y préparer »…

Faux aussi.

Je pense que le monde part vraiment en couille.  Mais il part en couille lentement. Il s’use.  Je l’observe au quotidien, dans cet espèce de relâchement global et progressif de la notion de respect des règles qui permettent la vie en groupe.  Je pense que les causes majeures de ce pourrissement de notre civilisation sont complexes, multifactoriels et inextricables.  Je pense aussi qu’il est trop tard pour récupérer la sauce.

(OH MON DIEU ON VA TOUS MOURIR ALORS ???)

Le monde ne va pas s’arrêter.  Les gens vont survivre.  Simplement l’organisation économique, sociale et politique va changer.  Tout ça va changer à un point tel que les mots « économique, social et politique » auront un petit arrière goût d’archaïsme.  Comme quand aujourd’hui on prononce le mot esclavage, droit divin ou conscription.

Le changement de notre civilisation est en cours depuis un moment, déjà.  Et ce changement, comme la chute de l’Empire Romain, est globalement lent.  Il y a des évènements isolés très forts (émeutes par ci, bombe qui pète par là, guerre ici et tireur fou là), sur lesquels les médias insistent lourdement.  Mais globalement, ça meurt tranquillement, avec quelques hocquets et soubresauts.  Et ça mourra comme ça encore pendant plusieurs générations.  Et à l’échelle d’une vie, ça représentera des changements importants, stressants, et parfois pénibles.

C’est l’adaptation collective au changement qui sera la clé de notre survie. Notre manière de comprendre le problème de manière lucide et pragmatique, de réfléchir, de nous organiser et de mettre en place des solutions durables pour rester vivants.  Longtemps et bien si possible…  Et ça se fera en réconciliant les traditions qui fonctionnent avec les outils modernes qui fonctionnent aussi.

Le weekend dernier, on faisait du feu par friction et on filmait ça avec des téléphones haut de gamme.

La vérité c’est que c’est à nous de préparer l’après.  De commencer à poser les pierres de fondation de l’ère humaine qui succèdera à celle-ci.  Et les vautours de l’apocalypse n’y participeront pas.  Ils seront trop occupés à se battre pour les morceaux de viande pourrie de ce monde ci…

Qu’est-ce qu’on sera, collectivement, dans 200 ans ?  Un monde plus juste, ou un monde plus pourri encore qu’aujourd’hui ?

Je vois aujourd’hui que plein de gens sont encore tournés vers le haut.  Ils attendent une solution qui vienne d’en haut.  Ils menacent de voter « extrême ».  Ils abusent du système parce que le système a abusé d’eux.  Ils sont en train de se rendre compte que le système paternaliste où on troquait confortablement de la liberté contre une prise en charge financière et morale arrive à un tournant.  Et les abus de biens sociaux ordinaires sont de plus en plus ordinaires.  Et on n’a plus besoin de faire des choses justifiées.  Il suffit de faire du justifiable.

La solution émergera d’en bas, et elle grandira en cercles.

Aujourd’hui, la triste vérité c’est qu’une minorité de citoyens responsables prend d’ores et déjà le relais d’un Etat Providence de plus en plus pourri.  On voit dans les hopitaux, dans les services de police, dans les crèches, dans les maisons d’accueil diverses, chez les pompiers, au samu, PARTOUT dans le secteur public et parapublic.  On voit des gestions financières complètement pourries et auto-destructrices être contrées par l’effort soutenu, durable et épuisant de gens qui PORTENT A BOUT DE BRAS non seulement les personnes dont ils ont directement la charge et la responsabilité humaine, mais en plus les institutions qui, normalement, devraient être là pour les aider et qui leurs tirent dans les pattes.

Ces gens, ce petit 5% de gens à la volonté de fer et à l’éthique inalterable sont le filet de sécurité de notre société.  Ce sont les mêmes qui hébergent les voisins pendant les inondations, qui se bougent le cul pour faire soigner leur chien plutôt que de le laisser souffrir, qui ne vont pas juste regarder ailleurs en se disant « quelqu’un s’en occupera bien ».  ILS PRENNENT LE MONDE EN CHARGE.

Je reviendrai prochainement sur ces « 5% » (les enragés des statistiques me pardonneront cette approximation qui sert à représenter l’idée de minorité, hein)…  qui sont-ils, comment fonctionnent-ils, leur comportement est-il inné…  et comment devenir l’un des leurs…  ;)

A bientôt ;)

David

 

Pourquoi honorer les guerriers morts au combat ?

Certains de mes amis ne comprennent pas pourquoi je trouve important d’honorer les soldats tombés au combat. Certains ne comprennent pas pourquoi je prends parti ainsi. Ils pensent que je cautionne tout. Ils pensent que je ne pense rien. Et ça m’attriste un peu.

Je n’aime pas la violence. Je n’aime pas la guerre. Je suis un pacifiste convaincu. Et j’ai déjà maintes fois choisi de laisser mon égo être sali plutôt que de devoir le laver par le sang… non pas par peur, non pas par manque de moyens, mais bien par choix. Parce que je juge que les effets de ces actes que je poserais ne seraient pas positifs, je passe mon chemin, je laisse parler, je laisse vivre…

Mais.

Je viens aussi d’une culture où la mort et la guerre ont encore une petite place. Où on comprend encore que la force, la violence et le combat peuvent être des activités nobles, si on les utilise bien. Pour une cause juste. Je viens d’un pays où on a encore le droit d’appeler son ennemi un ennemi. Et où, quand il essaie de nous tuer, quand il cherche à kidnapper nos enfants, quand il veut violer et tuer nos femmes, on a encore le droit de se lever sans complexes, et de lui démonter sa gueule de merde. Par tous les moyens nécessaires.

Les guerriers en tous genres, à commencer par nos soldats, outre tous les aspects politiques et économiques qu’on peut aussi opposer, font précisément cela. Et ils sont prêts à risquer leur vie pour ça. Même s’ils préfèrent vivre vieux, et surtout revenir avec tous leurs morceaux, ces gens vont voir la mort de très près. Ils vont la donner. Ils risquent de la recevoir. Ils la connaissent personnellement. Et ils la regardent dans les yeux pour que ceux restés au pays n’aient pas à le faire.

Et ils sont prêt à donner leur vie pour ça… Leur vie, oui, mais pas leur honneur. Et je crois que la moindre des choses, lorsqu’un guerrier meurt, est et sera toujours de lui permettre d’être mort avec honneur. Et donc de l’honorer.

Quand j’honore un guerrier tombé au combat, je n’honore pas ses chefs. Je n’honore pas les politiques qui ont décidé où il devrait aller se battre. Je n’honore pas tous les mécanismes géopolitiques complexes qui ont fait que ce guerrier s’est retrouvé là où il a reçu cette balle, pris cet éclat d’IED, marché sur cette mine… non. Je l’honore lui, parce qu’en échange de sa vie, la moindre des choses est de lui donner une chose dont la valeur se perd, de nos jours : de l’honneur. De la fierté. De la gratitude. Et peut-être même ce petit pincement de culpabilité de profiter de la liberté dont on jouit tranquillement grâce, entre autres, à lui.

Cette culpabilité là nous poussera à bien l’utiliser, cette liberté. A notre manière, comme on le veut. Librement. Mais pleinement.

MERCI.

Le mauvais karma du café…

Quand j’étais à l’université, pendant un bout de temps j’ai eu un coloc.  Tous les matins, il se faisait une groooosse tasse de café bien plein à ras bord (parce qu’il se couchait très tard et qu’il était très fatigué).  Il posait sa tasse sur la table branlante de la cuisine.  Et ensuite il s’asseyait et il coupait son pain (que sa maman lui faisait) juste à côté.

Evidemment, ça se renversait.  Tous les matins.

Et tous les matins, il soupirait, levait les yeux au ciel, comme si Dieu lui-même s’acharnait sur lui, et il disait en se levant péniblement pour chercher l’éponge « Pfffff…  chaque matin c’est pareil »…  et sa journée commençait mal.  Comme chaque journée.  De toute sa vie.  Je n’ai jamais eu le courage de lui dire qu’il pouvait faire autrement, tant il semblait attaché, pour une raison étrange, à son malheur et au mauvais oeil qui s’acharnait sur lui.

Vivre pendant quelques semaines avec quelqu’un comme ça a quelque chose de très instructif.  Au début on a envie de les aider, mais en fait ce sont eux qui nous aident.  Ils nous apprennent à quel point on peut vite se construire tout un beau gros nuage noir en perdant simplement de vue la loi des causes et des effets (ce qui est la définition première de « karma » : causalité).

C’est vrai dans la vie quotidienne.  C’est valable aussi en survie.  La nature n’est pas hostile.  Ce sont nos erreurs et notre inadaptation au milieu qui le sont.

Moins mais mieux. Simple. Laisser du vide. Respirer.

Je disais sur facebook, après mes voeux de bonne année

« Moins mais mieux. Simple. Laisser du vide. Respirer. »

On me demande de compléter un peu ma pensée.  Voici.

  • moins mais mieux, c’est privilégier la qualité plutôt que la quantité… dans tout. Manger, tirer, aimer, faire, penser… pour les projets, les connaissances, les amitiés, les lectures… l’entraînement. Un principe générique qui devient réellement salutaire dans ce monde de surexposition, surabondance, où on touche à tout mais mal…
  • Simple. Comme dans simplifier, enlever du bruit, enlever, enlever, enlever. C’est une conséquence du point précédent, très souvent. Ou en tout cas complémentaire.
  • Laisser du vide, c’est à la fois une cause et une conséquence des deux points précédents.
  • Respirer, c’est au sens de « se donner le temps de respirer »… mais aussi dans la pratique c’est revenir aux fondamentaux, c’est méditer (pratiquement toutes les pratiques de méditation sont basées ou aidées par la respiration), c’est être libre, etc, etc.

Le monde va continuer de tourner après le 21 décembre 2012

Bonjour,

Ca va sans doute en faire rire certains, mais vu le nombre de mails que je reçois de la part de gens effrayés à l’idée que la fin du monde arrive en 2012, je pense que ce message sera utile.  Vraiment ;)

Depuis la nuit des temps, on nous prédit périodiquement la fin du monde.  En l’an 1000, en l’an 2000, et puis il y a eu Paco Rabanne qui a prédit des horreurs, etc.  Le climat de crise, les catastrophes industrielles, les éléments naturels qui se déchaînent (tsunami, tempête à New-York, etc.) ne sont pas des phénomènes nouveaux.  Ils sont cependant davantage médiatisés.  Et cette médiatisation contribue à créer une ambiance propice à la peur.  Mais j’ai une mauvaise nouvelle.

TOUT INDIQUE QUE LE MONDE VA CONTINUER D’ALLER MAL EN 2013, et aussi en 2014… ;)

En revanche, tout indique aussi que beaucoup de gens cherchent à faire peur avec cette histoire de calendrier Maya, pour se donner de l’importance, du pouvoir, pour faire mousser des ventes immobilières dans des villages soi-disant protégés, pour vendre des bouquins, des idées politiques, etc, etc.

HALTE AU SKETCH.

Il est utile d’anticiper les problèmes, et concrètement, il est possible que les choses se passent un peu mal en le 21 décembre 2012, notamment parce que beaucoup de gens semblent paniqués et effrayés, au point d’en venir à poser des gestes irrationnels et inhabituels.  Je pense qu’il est urgent de calmer les esprits.

Le 21 décembre, moi, j’ai prévu d’inviter des amis à la maison pour un bon repas.  Je ne serai pas plus inquiet que d’habitude…  mis à part le fait qu’il est possible que quelques fêtards en profitent un peu trop, ou que quelques désespérés se disent qu’ils peuvent tout faire ce soir là…  sans risquer de devoir assumer le lendemain.  Mais le 22 décembre, le soleil se lèvera, et le monde continuera.  Je parie ma vie là-dessus.

Par ailleurs, il me semble inutile d’attendre la fin du monde, d’un monde, ou de notre monde pour anticiper, évaluer les risques, se préparer aux problèmes REELS ET CONCRETS auxquels nous pourrions être confrontés, individuellement ou collectivement.  Pour ma part, j’ai toujours quelques semaines de vivres en réserve (3 semaines, en général), plus :

- un peu d’eau,
- de la litière pour chat (pour faire des toilettes sèches de fortune),
- quelques bougies (en cas de panne de courant) ;
- des vêtements chauds, des sacs de couchage…
- quelques outils…

Rien d’extraordinaire.  Juste de quoi tenir le temps que le courant revienne, que les camions se remettent à rouler, etc.  C’est loin d’être une mauvaise idée, ne serait-ce qu’en cas de tempête (comme en 1999), de canicule, de grève prolongée, ou au cas où tout un tas de gens se mettent à faire n’importe quoi sous prétexte qu’un Maya, en l’an 1400 et quelques, n’a pas souhaité graver ses calculs astronomiques plus loin que 2012 dans la pierre ;)

Il reste toujours des solutions jusqu’à ce qu’on abandonne

Attitude SurvieDepuis bientôt 10 ans, j’enseigne aux gens à rester en vie.  Dans la nature, dans la rue, dans des accidents, au combat…

En 10 ans, j’en ai vu passer un paquet, de gens qui ne voulaient pas crever bêtement.  De gens qui ne voulaient pas subir.  J’ai eu le temps de faire un petit peu le tour du sujet.  J’ai eu le temps de me documenter sur ceux qui survivent, de voir comment ils survivent, de comprendre comment moi j’ai survécu, de voir ce qui fait qu’on survit…  ou pas.  Plusieurs bons ouvrages existent sur le sujet, notamment celui de Laurence Gonzales « Deep Survival », qui va fouiller dans les entrailles de notre matière grise pour trouver ce qui fait que certains survivent, pendant que d’autres se laissent crever…  c’est une bonne piste, mais ça manque de vécu.

Le fait est que pratiquement tous les survivants, tous ceux qui sont allés au bout de l’enfer et qui en sont revenus ont un trait en commun.

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Le principe de sobriété

ZenDans mes cours et stages divers, j’enseigne avant tout des principes.  Quand les gens me posent des questions, je réponds toujours par « ça dépend »…  et ensuite j’énonce le principe.  Et les gens trouvent leur réponse tous seuls.  Leur cerveau d’homo sapiens se sent respecté.  Ils sont libérés du carcan des solutions toutes faites.

Les principes, ce sont des outils.  Des outils pour construire des solutions techniques à des problèmes concrets.  Un des principes que j’enseigne en priorité, pendant mes cours, stages, et partout, est le principe de sobriété, ou de simplicité.   Il est relativement abstrait, mais restez avec moi 5 minutes, vous allez voir, ça vaut le coup.

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"J'enseigne aux gens à rester en vie."