Les couvertures de survie...
Je
m'amuse souvent à faire des petits sondages auprès
de mes élèves et compagnons de crapahutage, en leur
demandant ce qu'ils transportent dans leur sac à dos « au
cas où ». Je ne parle même pas d'équipement
spécialisé ou de trousse de survie complète
(pratiquement personne n'en transporte). Outre les classiques flasques
d'eau de vie et les trousses de premiers soins diverses et variées,
beaucoup de gens me disent fièrement « ben euh...
j'ai une couverture de survie » !
En
général, deux minutes plus tard ils me détestent...
J'ai
un défaut agaçant. J'éprouve un plaisir irrépressible
à détruire les mythes en plein vol. Et lorsque ces
mythes peuvent coûter la vie à des gens que j'aime
bien, j'ai encore moins de pitié... Je m'apprête donc
à démolir ici avec méthode et acharnement quelques
idées reçues concernant les couvertures de survie.
Cela ne signifie pas pour autant que celles-ci n'aient pas leur
place dans un « kit » de survie bien pensé.
J'en transporte généralement une en forêt, mais
en connaissant exactement leurs possibilités... et leurs
limites.
Ces
couvertures « de survie » — et je parle
ici des modèles hyper-légers vendus dans tous les
magasins de plein-air — sont très légères,
peu encombrantes et peu coûteuses. Popularisées à
la fin des années 80, on leur prête des capacités
d'isolation étonnantes. « Conservent 80% de la
chaleur du corps » est l'argument de vente le plus souvent
accolé au produit. Soyons clairs : après m'être
pelé le... disons après avoir constaté l'efficacité
très limitée desdites couvertures, je suis en mesure
d'affirmer qu'elles sont loin de réfléter « 80%
de la chaleur du corps ». En fait, elles renvoient une
petite partie du rayonnement infra-rouge que nous émettons.
Je ne sais pas exactement combien, mais je mettrais ma tête
à couper que ce n'est pas plus de 40%. Certes, je le concède,
d'utiliser un revêtement réfléchissant pour
emprisonner les rayons infra-rouges est un concept intelligent et
intéressant. Mais si les principes physiques qui sont employés
ici sont pertinents, leur mise en application et le format général
du produit laissent grandement à désirer, selon moi.
D'abord,
avant d'enfourner ces petits paquets de technologie spatiale dans
votre sac à dos en pensant vous prémunir contre les
caprices de la météo, il faut tenir compte d'une chose
importante : Les couvertures de survie ne peuvent pas être
utilisées comme couvertures.
Eh
non.
Et
cela est un fait généralement reconnu par la communeauté
des êtres en mal de connaissances qui ont pris le temps d'en
déplier une et de s'envelopper dedans. Ces couvertures sont
tellement petites qu'elles me font plus ou moins l'effet d'une serviette
de toilette.
Autre
fait intéressant à noter : ces couvertures de
l'espace sont tellement fragiles qu'on les retrouve en lambeaux
après seulement quelques heures d'utilisation dans des conditions
réelles. La moindre traction les déchire, la moindre
branche les transperce. D'ailleurs, même si on réussit
à les protéger des déchirures, brûlures
et impacts, le revêtement argenté qui les recouvre
est tellement fragile qu'il se décolle à la moindre
friction. Évidemment, sans ce revêtement métallisé,
nos chères amies ne reflètent plus les rayons infra-rouges,
et donc perdent leur (déjà maigre) capacité
d'isolation. Tant qu'elles sont entières, néanmoins,
elles procurent une surface imperméable et donc coupe-vent,
ce qui les rend tout de même utiles sans leur revêtement
aluminisé.
Inutile
de s'asseoir sur ses couvertures en espérant qu'elles couperont
le froid du sol. Elles conduisent la chaleur à merveille,
et transféreront la chaleur de votre séant vers la
roche mère en moins de deux. Parlant de conduction :
elles conduisent aussi très bien l'électricité.
Le genre de truc qui peut être dangereux par temps orageux,
quoi...
Petit détail, mais qui peut avoir son importance tout de
même, les couvertures de survie produisent un bruit infernal.
Dès qu'on les froisse ou que le vent les fait remuer, elles
émettent un bruit d'emballage de barbe-à-papa froissé
qui, s'il ne vous rend pas complètement fou, pourra facilement
être la goutte d'eau qui... vous empêchera de dormir
ou vous empêchera d'entendre beaucoup de choses, y compris
un sauveteur qui crie votre nom dans le lointain...
Impossible
de déplier ces couvertures avec des gants, et encore moins
avec les doigts engourdis par le froid. Elles emmagasinent beaucoup
d'électricité statique, ce qui fait que chaque pli,
dans l'emballage, adhère sur le suivant, à un tel
point qu'il est parfois difficile de les déplier sans les
déchirer.
Dernier
point, et non des moindres, ces couvertures (tant qu'elles ne sont
pas déchirées) sont 100% imperméables, ce qui
fait que la moindre humidité ou transpiration se condense
sur leur parois, et nous mouille parfois presque autant que la pluie.
L'effet direct de cela est que dès que nous enlevons (ou
perdons) notre couverture, l'eau qui s'est accumulée sur
nos vêtements s'évapore (ou, en hiver, gèle
carrément) et nous pompe des quantités démentielles
de chaleur. Il faut donc prendre grand soin de les secouer régulièrement.
Aussi, il est vital d'éviter de respirer dedans, puisque
l'air que nous expirons est presque saturé en vapeur d'eau.
Bref,
comme couvertures, ces couvertures laissent plutôt à
désirer. Et pour monter des abris et des tentes improvisées,
il leur manque la solidité, la durabilité et... des
oeillets. On peut évidemment en fabriquer en renforçant
les coins avec du scotch, mais elles restent fragiles et de déchireront
au premier coup de vent. Le seul moyen que j'ai trouvé de
rendre ces couvertures réellement utiles dans la lutte contre
le froid a été de les utiliser comme doublure imperméable
dans un toit de débris... Évidemment elles ne couvrent
pas toute la superficie du toit, mais on peut les disposer stratégiquement
de manière à ce qu'elles récupèrent
à la fois le plus gros de l'eau de pluie qui passe, tout
en les laissant réfléter un peu de chaleur de notre
corps et du feu (si on a pu en allumer un). Ainsi maintenues par
le poids des débris, elles ne risquent plus de s'envoler,
elles ne bougent plus beaucoup (et donc ne font plus trop de bruit),
et elles ont une durée de vie un peu plus longue.
À
force d'entêtement, j'ai tout de même réussi
à trouver un moyen d'utiliser efficacement ces couvertures
par temps froid pour conserver la chaleur du corps. Le truc est
simple, et il fonctionne bien. D'abord, il faut s'asseoir sur une
surface isolante (son sac à dos, un bout de matelas de mousse,
une corde lovée...) de manière à éviter
les déperditions de chaleur par conduction. Ensuite, on serre
ses genoux contre son thorax, de manière à former
une boule compacte dont la surface d'échanges thermiques
sera réduite. Finalement, on s'enveloppe tout entier dans
la couverture de survie, en prenant bien soin de la faire passer
au-dessus de sa tête. On laisse une petite ouverture devant
soi, de manière à pouvoir expirer à l'extérieur
de la couverture, évitant ainsi que trop de condensation
ne se forme à l'intérieur de ce petit « cocon »
improvisé. Dans cette position (qui devient vite inconfortable),
on peut conserver sa chaleur très efficacement. On est aussi
un peu à l'abri du vent et de la pluie. Le principal avantage
de cette méthode est qu'elle permet de se mettre à
l'abri très rapidement (en une ou deux minutes), sans devoir
se lancer dans la construction d'un abri de fortune.
Par
temps très chaud (dans le désert, par exemple), ces
couvertures sont capables de repousser une bonne quantité
de radiations solaires. En utilisant un peu de ruban adhésif,
beaucoup d'ingéniosité et un minimum de créativité,
on peut ainsi mettre en place un coin d'ombre particulièrement
frais (et qui sera visible à des kilomètres). Ray
Jardine (le père de la randonnée ultra-légère)
utilise un parapluie recouvert de ces couvertures pour se protéger
du soleil avec des résultats surprenants.
Un
autre avantage indéniable de ces couvertures est le fait
que sous le soleil, elles prennent très vite la forme de
miroir de signalisation géant. En tenant l'une de ces couvertures
et en l'agitant lentement face au soleil, on peut attirer l'attention
efficacement. C'est d'ailleurs dans cet unique but que j'achète
de préférence des couvertures de survie dotées
d'un côté argenté et d'un côté
doré. Les reflets du côté doré sont beaucoup,
beaucoup plus visible sur la neige comme sur les cours d'eau.
À
moins que vous n'ayiez en poche un diplôme spécialisé
de niveau Bac + 47, ne pensez même pas qu'il vous sera possible
de replier votre couverture de survie dans son volume d'origine.
C'est tout bonnement impossible. Au mieux, on peut arriver à
chiffonner ces couvertures en une boule de la taille d'un ballon
de volley, qui ne demandera qu'à se déplier et s'envoler.
Les
revêtements réfléchissants qui font toute la
force de ces couvertures, heureusement, sont disponibles en d'autres
formats, plus solides et plus grands. On les trouve ainsi notamment
sous forme de bâches de divers formats, ponchos ou même
sous forme de couvertures de survie plus solides, qui sont évidemment
plus lourdes et plus encombrantes que leur petites soeurs, mais
qui pourront vous servir pendant plusieurs nuits, et que vous pourrez
replier.
Pour
ma part, je transporte en général une couverture de
survie légère et un poncho avec côté
réflechissant et muni d'oeillets. Je peux ainsi utiliser
la petite couverture comme réflecteur et comme signal de
détresse en cas de besoin, sans pour autant me retrouver
sans rien une fois qu'elle sera déchiquetée et transparente...
Par principe, de toute manière, je préfère
toujours les objets réutilisables aux objets jetables. Simple
souci écologique. |
Cogitations :
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Les monstres, les
vampires et les loups garous n'ont qu'à bien se tenir...
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vipères !
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Un texte assez court
sur ces choses vraiment importantes pour survivre...
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des animaux
Quelques trucs pour
faire de belles rencontres en forêt...
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• Le
feu par friction... oui mais !
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• De
l'importance d'un minimum de préparation
... ou « Pfff
! Mais laisse ton sac à dos dans la bagnole, on va juste aux champignons !!! »
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Ce qui manque au
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