Quels
sont les dangers réels
dans la nature, en France
(métropolitaine) ?
La
plupart des bouquins « de survie » nous assènent
des chapitres entiers sur les dangers et les menaces qui nous attendent
dans la nature. Les scénarios catastrophes d'Hollywood semblent
souvent bien fades en comparaison de ces pages décrivant
en détail toutes les façons dont on pourrait mourrir
ici ou là. On trouve ainsi des dizaines et des centaines
de pages sur les requins, les animaux dangereux, les espèces
de serpents venimeux les plus aggressifs de la planète, et
une foule d'autres sujets à la fois exotiques et... peu réalistes.
L'immense majorité des français (qui vivent en métropole)
pratiquent la randonnée autour de chez-eux, ou à tout
le moins en Europe. Pour eux, les araignées belliqueuses
et les venins exotiques sont souvent l'arbre qui cache la forêt,
lorsqu'il s'agit des dangers qui les concernent.
Quels
sont donc les véritables dangers dans la nature en France
et en Europe ? De quoi doit-on réellement se méfier ?
Contre quoi doit-on se prémunir en priorité ?
Le
chaud et le froid
La
réponse est extrêmement simple... Si vous devez
vous blesser ou mourrir dans la nature, ça sera presque toujours
parce que vous n'aurez pas réussi à maintenir votre
température corporelle suffisamment proche de 37°C.
Eh
oui. On ne meurt pas de faim ou de soif, en forêt, en général.
On ne meurt pas dévoré par les ours, ou attaqué
par des mygales chassant en bandes organisées... On meurt,
le plus souvent, de chaud ou de froid, ou encore de leurs effets
secondaires.
En
été, le risque le mieux reconnu est bien évidemment
le coup de chaleur. Dans sa forme la plus grave, il consiste en
une élévation importante de la température
centrale corporelle, qui peut mener à de graves complications
(lésions au foie, aux reins et au cerveau, perte de conscience,
mort). En hiver, le principal risque est l'hypothermie et les risques
qui en découlent (engelures, perte de conscience, mort)...
Ceci
dit, les variations anormales de notre température corporelle
ont des effets bien plus insidieux que ces classiques cas d'hypothermie
ou d'hyperthermie extrêmes, et leurs dangers apparaissent
souvent bien longtemps avant le collapsus à l'effort ou le
coma hypothermique... Le fait de s'éloigner, même très
peu, de nos chers 37°C malmène en effet nos capacités
très rapidement, ce qui nous pousse souvent à mettre
le pied dans des engrenages dangereux.
Pour
faire une histoire simple, nous dirons que dès que notre
température centrale corporelle tombe sous 35°C ou s'élève
au-dessus de 38°C, les réactions chimiques qui permettent
à notre cerveau et à notre système nerveux
de bien fonctionner sont déjà largement altérées.
À ce stade, bien que nous soyons encore plus ou moins mobiles
et apparemment « capables de continuer »,
nous fonctionnons à peu de chose près à la
moitié de nos capacités normales. Dans
ces conditions, on peut raisonnablement affirmer que notre Q.I.
est divisé par deux. Ça nous donne un individu moyen
soudainement doté d'un Q.I. de l'ordre d'un génial...
eucalyptus. Sous 35°C, et au-delà de 38°C, nous risquons
tout simplement de commettre des erreurs de jugement, ou de ne pas
trouver de solutions à des problèmes qui — en
temps normal — nous sembleraient affreusement simples. J'ai
vu des gens, en état d'hyperthermie légère,
repartir après une pause, en montagne, dans le sens contraire
de la marche. J'ai aussi entendu un de mes amis — alors que
nous étions à trois jours de kayak du village le plus
proche — me dire « attends-moi là, je vais
aller acheter des bières »... et il est parti
à pied, titubant, droit dans la forêt. Vu la taille
de l'animal, j'ai eu bien du mal à le convaincre de faire
demi-tour... j'ai dû lui dire que j'avais une bière
bien froide cachée au fond de mon sac pour qu'il arrête
de m'injurier et qu'il veuille bien s'asseoir à l'ombre...
Autre
effet important d'une hypo ou hyperthermie, même modérées :
la désintégration de notre motricité fine.
Au delà de 38°C comme en-deça de 35°C, nous
avons du mal à utiliser nos mains, et nous ne pouvons plus
effectuer de gestes précis (comme allumer un briquet, tirer
un azimut sur une carte ou composer le 112 sur un portable). Bref,
tous ces gestes qui pourraient nous tirer d'affaire sont désormais
hors de notre portée. Nous ne sommes tout simplement plus
capables de les poser, par manque de dextérité pur
et simple.
Mors
Kochanski, spécialiste de la vie en forêt bien connu
aux États-Unis et au Canada, propose un test très
simple de dextérité manuelle par temps froid. Il nous
dit, à peu de choses près, « si à
n'importe quel moment vous ne pouvez pas facilement joindre le pouce
et l'auriculaire d'une même main, arrêtez ce que vous
êtes en train de faire et réchauffez-vous ».
La dextérité manuelle, en effet, est particulièrement
sensible aux assauts du froid. Par temps chaud, c'est davantage
le sens de l'équilibre qui est affecté en premier,
mais à terme le résultat est le même et les
handicaps se rejoignent.

Dessin
© Philippe Gady
La
nature n'est pas un milieu particulièrement hostile, mais
c'est néanmoins un endroit où nous sommes entièrement
responsables de notre propre bien-être et de notre propre
sécurité. Évidemment, dans ce genre de situations,
il vaut mieux maintenir son Q.I. à un niveau qui soit supérieur
à la pointures de ses chaussures, et il vaut mieux conserver
intactes notre dextérité manuelle et nos capacités
à nous déplacer en terrain difficile... Un moyen efficace
d'arriver à cela est de maintenir sa température corporelle
le plus près possible de 37°C. Été
comme hiver.
Théoriquement,
on meurt d'hypothermie quand notre température descend sous
la barre des 20°C. Cela veut dire qu'il est très possible,
pour un individu fatigué, déshydraté et stressé
de mourrir d'hypothermie par une nuit fraîche d'été !
De même, en plein hiver, on peut générer suffisamment
de chaleur par l'exercice pour se retrouver en état d'hyperthermie
(état d'autant plus grave que la transpiration et la déshydratation
que cela induit nous refroidiront extrêmement vite dès
la fin de l'exercice)...
Bref,
été comme hiver, il faut absolument toujours être
en mesure de conserver sa température corporelle à
37°C. Il existe une multitude de moyens pour arriver à
ce résultat. Parmi eux, cinq sont véritablement simples
et efficaces (et tous les cinq sont efficaces en hiver comme en
été !) :
- S'acclimater :
notre corps, après une période d'adaptation, peut
lutter très efficacement contre le chaud ou contre le froid.
Il faut en général entre une semaine (pour les sportifs)
et un mois (pour les sédentaires) pour s'acclimater à
un nouveau climat ou à un changement de saison. Respectez
cette période minimale d'adaptation avant de partir à
l'aventure, puis exposez-vous progressivement et prudemment aux
éléments...
- S'habiller
de manière adaptée : en hiver, ne partez
jamais sans une couche d'isolation, un bon coupe-vent (si possible
imper-respirant) et un bonnet de laine. Évitez le coton
(qui absorbe beaucoup d'eau). Sachez rester au sec. En été,
portez de préférence des vêtements amples
et de couleurs claires (et du coton)... et profitez pleinement
de l'évaporation de l'eau sur votre peau. En cas de besoin,
n'hésitez pas à mouiller vos vêtements ou
votre couvre-chef pour vous rafraîchir. Aux inter-saisons,
n'oubliez pas que même si la journée peut ressembler
à l'été, la nuit ressemble encore souvent
à l'hiver. Prévoyez donc un minimum de vêtement
chauds lors de vos sorties, et méfiez-vous de la transpiration
du jour qui pourra vous faire mourrir de froid la nuit.
- Rester
hydraté(e) : on pense généralement
à boire quand il fait chaud, et c'est très bien.
Notre corps a en effet besoin d'eau pour lutter efficacement contre
la chaleur. Notre corps a également besoin d'être
correctement hydraté pour lutter contre le froid !
Votre urine devrait toujours être claire et abondante. Dans
le cas contraire : buvez ! Il est important d'avoir
toujours avec soi, sur le terrain, des moyens efficaces de rendre
une eau douteuse propre à la consommation. Été
comme hiver, ne rationnez pas l'eau. Rationnez plutôt votre
transpiration.
- Modérer
ses efforts physiques (autant que possible) de manière
à ne jamais utiliser plus de 60% de notre VO2Max*.
Cela permet d'utiliser en priorité ses réserves
de graisse en tant que carburant, tout en économisant l'eau
et les réserves de glycogène pour les urgences.
Cela nous permet de transpirer moins, été comme
hiver, et d'éviter les complications.
- Dormir
suffisamment. Le sommeil est le réparateur par excellence
du corps, comme de l'esprit. Un organisme fatigué lutte
beaucoup moins efficacement contre la chaleur ou contre le froid.
Si vous ne pouvez pas dormir pendant la nuit (en survie, c'est
souvent le cas pendant les nuits froides d'hiver où on
passe beaucoup de temps accroupi devant le feu), faites plusieurs
petites siestes pendant la journée. En été,
ou quand il fait très chaud, faites la sieste pendant l'après-midi,
et préférez la nuit pour bouger et vous activer.
L'effet chimpanzé
Un autre tueur
en série largement reconnu, dans les situations délicates
en forêt ou ailleurs : la peur. Ou plutôt quelques-uns
de ses effets secondaires. Je les regroupe et je les étiquette
de manière un peu simpliste, pour qu'on se les représente
clairement : « l'effet chimpanzé ».
Sous
l'emprise d'une peur ou d'une anxiété suffisamment
intense, notre Q.I. est, là aussi, divisé par deux.
C'est un fait bien connu. Les pilotes d'avions de chasse, les ambulanciers,
les policiers et les étudiants stressés devant une
copie d'examen en savent tous quelque chose. Dès qu'on se
met à avoir un peu trop peur, les parties de notre cerveau
qui nous rendent intelligents se déconnectent une à
une. Notre jugement est — de facto — altéré.
Notre mémoire à court terme s'éclipse. Nos
facultés de raisonnement et notre capacité à
accéder à nos connaissances sont pratiquement anéanties.
Autre point important, notre motricité fine et notre capacité
à poser des gestes complexes ou précis foutent le
camp, pour laisser graduellement la place à l'action des
grands groupes musculaires et aux gestes simples et basiques :
courrir, sauter, frapper et grogner... Bref, nous devenons plus
forts, certes, mais surtout plus cons. C'est un fait, et il faut
vivre avec.

Dessin ©
Philippe Gady
Attention...
Rendons tout de même à César ce qui est a César.
L'effet chimpanzé est un magnifique sauveur de vies
dans les situations d'urgence extrême, où il faut réagir
rapidement et instinctivement. Comme quand un Grizzli de 400 kilos
fonce sur vous, sorti de nulle-part, ou comme quand votre belle-mère
doit venir dîner. Pourtant la
plupart des situations dites « de survie »
ne sont pas particulièrement spectaculaires. Elles arrivent
généralement de manière insidieuse, et s'installent
lentement et progressivement. L'anxiété qui les accompagne,
bien souvent, grandit elle aussi en catimini. Elle est refoulée
jusqu'au dernier moment, pour finalement déferler d'un seul
coup quand on finit par prendre pleinement conscience du fait que
oui, on est perdu(e), ou qu'on ne va pas pouvoir rentrer, ou que
finalement non, on ne va pas pouvoir terminer l'ascension de ce
mur sans aide extérieure, etc.
Ce genre de
situation fait souvent déferler en nous une vague d'anxiété
presque insoutenable. Notre corps, croyant voir là une situation
d'extrême urgence, libère des tonnes de composés
chimiques qui ont pour effet de nous préparer à la
fuite ou au combat. La liste des effets de ce genre de décharge
d'adrénaline est bien connue et je ne vous ferai pas l'affront
de la répéter une fois encore. Il s'agit simplement
de souligner que toute cette adrénaline nous prive instantanément
des attributs qui nous seraient le plus utiles objectivement à
ce moment là : du calme, des neurones qui fonctionnent
bien et qui nous permettraient de mettre sur pied un plan de match
adapté à la situation concrète. Or, au lieu
de réfléchir froidement à « comment
survivre », on se met alors souvent à dépenser
des quantités astronomiques d'énergie à marcher
pour trouver la sortie, ou à grimper coûte que coûte,
ou à hurler en tournant en rond et en pleurant... Notre stress
nous pousse ainsi parfois jusqu'au bout de nos limites physiques
et nous laisse là, complètement épuisés
dans une situation qui — dans le meilleur des cas
— ne s'est pas améliorée. Beaucoup de gens,
cédant ainsi à ce besoin viscéral de bouger
et de continuer, abandonnent leur équipement pour s'alléger
ou s'enfoncent plus profondément encore dans une situation
déjà difficile.
Ce qui est important
à retenir, ici, c'est qu'à un niveau de stress important,
nous sommes physiologiquement incapables d'être intelligents,
et qu'il n'est plus possible d'inventer des solutions adaptées
à nos problèmes. Il fallait y penser et se préparer
avant, notamment en s'entraînant régulièrement
à poser les gestes qui sauvent...
En situation
de stress important, nous nous rabattons
mécaniquement sur les conditionnements les plus simples qui
sont inscrits dans notre système tout entier. Ce qui s'exprime
à ce moment là relève donc autant de notre
« mémoire musculaire » que de notre
expérience et de notre vécu. Et c'est ainsi que la
plupart des gens continuent tout simplement à marcher une
fois qu'ils se voient perdus en forêt, parce que c'est ce
que leur corps a toujours fait, et ça s'est toujours
terminé par un retour à la maison et un bon repas.
D'ailleurs, si
les bénévoles de la croix-rouge prennent le temps
de se réunir en équipe toutes les semaines pour pratiquer
la réanimation cardio respiratoire et d'autres gestes de
première importance, c'est justement pour être en mesure
de fonctionner dans des situations de stress intense sans avoir
besoin de réfléchir. En pratiquant régulièrement
ces techniques, ils les inscrivent dans leur corps tout entier,
et deviennent ainsi capables de vous sauver la vie sans faire appel
à leur savoir théorique.
C'est précisément
cette différence entre le savoir théorique et l'entraînement
« in vivo » qui rend les cours de survie sur
le terrain aussi efficaces. En pratiquant (au moins une fois) diverses
techniques de survie, on devient capable de les reproduire plus
facilement dans une situation réelle. Des cours de survie,
donnés par des professionels qualifiés existent dans
le monde entier, et leurs cours sont absolument irremplacables.
Que cela ne vous prive pas, cependant, d'aller tester vous-même
vos connaissances théoriques sur le terrain. Entraînez-vous
à construire des abris, à marcher à la boussole,
et à allumer des feux par tous les temps... et tout le reste !
Sortez de chez vous, et faites-le. Prenez votre sac à
dos, votre kit de survie, et allez programmer votre corps tout entier
à bien réagir. Non seulement vous vous amuserez comme
un gamin à construire des cabanes et à jouer dans
les bois, mais ça pourrait fort bien vous sauver la vie,
si jamais mère nature vous prenait un jour en grippe pour
une raison ou pour une autre.
Il
existe beaucoup de techniques plus ou moins ésotériques
pour contrôler son niveau d'anxiété. Chacun
possède sa technique préférée, et il
est bon, d'ailleurs, de la cultiver. Certains se parlent. D'autres
respirent profondément, en expirant longuement (c'est très
efficace pour ralentir le rythme cardiaque et pour détendre
tout le corps). Certains pratiquent la méditation, d'autres
prient... Personnellement, j'aime bien l'humour noir et l'ironie.
Je vois en ce genre d'humour parfois un peu dérangé
en apparence un excellent moyen de conserver ses esprits, ou de
les retrouver avant qu'il ne soit définitivement trop tard.
L'humour, à mon avis, est une technique de survie à
part entière, de par le simple fait qu'il nous aide à
relativiser une situation, ou à simplement prendre un peu
de recul ironique vis-à-vis de situations parfois insoutenables.
Bref, même dans les situations extrêmes, n'oubliez pas
de vous marrer... au pire vous mourrez en passant un bon moment...
Quelques mythes
Pour résumer,
donc, les trois dangers principaux dans la nature française
sont l'hyperthermie, l'hypothermie, et « l'effet chimpanzé »,
et non pas comme on le croit généralement la faim
ou les animaux dangereux. Même au Québec, où
il y a encore des loups, des coyotes, des lynx, et des ours, on
n'a recensé (depuis que les recensements existent...) que
deux attaques mortelles d'animaux sur des êtres humains, les
deux fois de la part d'ours. C'est beaucoup moins que la foudre,
beaucoup moins que les accidents de chasse... et même beaucoup
moins que les assassinats purs et simples ayant eu lieu en forêt !
En France, deux animaux inspirent la crainte (outre l'ours et le
loup, qui sont très peu répandus) : la vipère
et le sanglier. Tordons donc le cou à quelques idées
préconcues...
Les vipères
[Illustration : vipère -- détails
: 60-80 cm de long, pupille linéaire verticale, corps trapu,
tête aplatie et triangulaire, cou plus fin que le corps]
La
vipère est un animal à sang froid (poïkilotherme).
Dénué de mécanismes de régulation de
température corporelle, la chaleur de son corps varie en
fonction de la température ambiante. Son métabolisme
s'accélère lorsqu'il fait chaud, et ralentit considérablement
lorsqu'il fait froid. Sous 10°C, les vipères sont en
complète léthargie. Elles ne représentent donc
aucun danger l'hiver, et pendant toute la saison froide. Méfiance
au printemps ou en automne, où elles peuvent sortir aux heures
chaudes de la journée.
Les vipères
sont plus lentes au petit matin, ou par temps plus frais, et ne
pourront pas s'enfuir aussi vite qu'elles le voudraient, et peuvent
se sentir menacées un peu plus facilement par votre présence,
mais elles tenteront généralement la fuite avant toute
autre option.
Les vipères
affectionnent particulièrement les broussailles et les endroits
relativement confinés, où elles se faufilent aisément
et où elles trouvent de petites proies en quantité.
Pendant les périodes extrêmement chaudes, on voit souvent
les vipères se mettre à l'abri dans les endroits plus
frais et plus humides (sous les gros cailloux au bord des ruisseaux,
par exemple). Elles passent ainsi dans l'eau de temps en temps pour
se rafraîchir, et restent à l'ombre pour éviter
de surchauffer. Pendant ces périodes, elles sont en pleine
possession de leurs moyens, et elles s'enfuient généralement
si elles détectent votre présence suffisamment tôt
pour s'éloigner sans être vues. Si,
par contre, une vipère ne s'aperçoit de votre arrivée
que trop tard, elle préférera généralement
adopter une position défensive, plus ou moins lovée
et vous faisant face. Cela s'explique facilement de par le fait
que le principal point faible des vipères est leur dos. Elles
préfèrent donc faire face et attendre plutôt
que d'exposer leur dos à un prédateur potentiel. Ce
genre d'attitude des vipères est bien résumée
par le dicton qui veut que « la vipère donne la
mort ou attend la mort »... En fait, les rares vipères
que l'on voit sont celles que l'on a surprises, et qui n'ont pas
eu le temps de mettre leur dos à l'abri avant qu'il ne soit
trop tard.
Une vipère
qui adopte ainsi une position défensive pourra mordre si
on s'approche trop. Mais si on s'éloigne simplement de quelques
mètres, lui laissant une marge suffisante pour filer sans
exposer son dos trop longtemps, elle profitera pratiquement toujours
de l'occasion et s'enfuira.
Comme la plupart
des serpents, la vipère est pratiquement sourde. Elle est
cependant très sensible aux vibrations du sol. Aussi, pour
se faire remarquer d'une vipère il suffit de taper du pied.
Elle s'éloigne alors pratiquement toujours. En marchant un
peu lourdement, ou en tapant un peu le sol avec un bâton de
marche à chaque pas, on n'en voit, en pratique, jamais.
La vipère
est un animal extrêmement craintif. Elle n'attaque jamais
un être humain sauf en cas d'extrême nécessité,
lorsqu'on l'attrape, par exemple, ou lorsqu'on lui marche pratiquement
(ou directement) dessus. Il arrive qu'une vipère acculée
attaque pour se défendre, ou qu'une femelle protège
son nid. En s'éloignant simplement on rassure la vipère
et on se met à l'abri.
Contrairement
à la croyance populaire, la morsure d'une vipère n'est
pas d'une rapidité extrême. Elle est rapide, certes,
mais si on a vu la vipère avant qu'elle ne se détende,
il est parfois possible d'éviter la tentative de morsure
(qui est extrêmement rare en soi), simplement en retirant
son pied ou sa main à temps...
Même
si la vipère nous mord (ce qui est rare, vous l'avez compris...),
la situation est loin d'être désespérée.
En effet, neuf fois sur dix la morsure d'autodéfense est
« sèche » : aucun venin n'est
injecté (Dr. Éric Torres, Urgence Pratique No. 2123,
Juin 2001). Autrement dit, la vipère n'injecte du venin pour
se défendre qu'une fois sur dix. Et de cette fois sur dix,
seule un cas sur dix constitue une envenimation grave... Autrement
dit, seule une morsure de vipère sur cent cause des effets
réellement graves (et pratiquement jamais mortels, surtout
si la victime a accès à des soins médicaux)...
Le plus grand risque provenant des morsures de vipères reste
donc, et de loin, la panique et l'infection ! La première
chose à faire, en cas de morsure, est donc de bien nettoyer
la plaie, et de la désinfecter... tout en restant calme.
Attention à éviter tout désinfectant à
base d'alcool qui accélère la diffusion du venin par
un effet de vasodilatation locale.
Dans les cas
(rares) d'envenimation, un oedème apparait entre 15 minutes
et deux heures après la morsure, près de la plaie.
Si aucun odème n'est apparut après deux heures, on
peut écarter toute possibilité d'envenimation.
La douleur est
souvent faible ou inexistante au moment de la morsure. En cas d'envenimation,
elle apparaît en même temps que l'oedème. Elle
est, comme l'oedème, un symptôme sûr d'une envenimation,
et va en augmentant pendant les 48 heures qui suivent la morsure.
Un traitement antalgique est souvent prescrit, tout en évitant
scrupuleusement l'aspirine, qui renforce l'effet anticoagulant du
venin.
En cas d'envenimation,
et selon le niveau de gravité, une hospitalisation peut s'avérer
nécessaire. Dans les cas d'envenimation plus graves, il faut
s'attendre à passer 48 heures plutôt désagréables
(vomissements, douleurs, hypotension, diarrhées...). L'oedème
de la partie atteinte ne disparaîtra souvent pas avant plusieurs
semaines.
Les envenimations
causées par les vipères sont évidemment plus
dangereuses pour les personnes déjà affaiblies, et
sur les personnes de petite taille. Comme pour toute substance,
le rapport entre le poids de la personne et la quantité de
venin injecté influence grandement les symptômes prévisibles,
à dose égale. Chez les enfants, donc, on court le
risque de voir se développer des réactions plus grave
à une envenimation, même minime. On traite donc les
morsures de vipère chez les enfants avec encore plus de sérieux
que chez les adultes.
Certaines personnes
sont allergiques au venin de vipère (très rarement
lors d'une première morsure). Pour ces personnes, le risque
est évidemment plus grand, car les symptômes allergiques
s'ajoutent aux effets du venin. Une morsure « sèche »
ne constitue pas de risque allergique.
Que
faire en cas de morsure ?
1
- SECURISER ET CALMER, IDENTIFIER SI POSSIBLE
2 - DESINFECTER
3 - ENLEVER TOUT CE QUI PEUT SERRER LE MEMBRE ATTEINT
4 - IMMOBILISER COMME UNE FRACTURE
5 - APPELER OU JOINDRE LES SECOURS
La
conduite à tenir, en cas de morsure de vipère, est
tout d'abord de s'éloigner et de se mettre à l'abri.
Le plus souvent, voyant que tout danger est écarté,
la vipère (ou la couleuvre) s'enfuira d'elle-même et
glissera hors de vue dans les broussailles. De s'éloigner
de quelques mètres suffit généralement.
Une
fois tout danger écarté, il faut absolument rester
calme. L'idéal est de s'asseoir et d'observer calmement
la plaie. Les morsures de vipère se présentent presque
toujours sous la forme de deux petits points ou éraflures,
distants de cinq à dix millimètres. La présence
d'autres petits points (marques de dents derrière les crochets)
que ces deux principaux nous indique à coup sûr que
le serpent qui nous a mordu n'était pas venimeux. Dans le
doute, il vaut toujours mieux traiter la morsure comme s'il s'agissait
d'une morsure de vipère.
[illustration
: morsure de vipère : 5-10mm, aucune autre trace, morsure
de couleuvre : traces de dents derrière les crochets, plus
large..]
L'efficacité
de la pompe a venin n'a pas été démontrée
sur les morsures de vipères. Certains manufacturiers affirment
qu'appliquées moins de trois minutes après la morsure,
elles peuvent éliminer jusqu'à 50% du venin. Qu'elle
soit réellement efficace ou pas quant à l'extraction
du venin, elle a un effet calmant sur la victime, et en cela elle
est potentiellement efficace. En effet, en se calmant on ralentit
la propagation du venin (si toutefois il est présent) dans
l'organisme. Cela reste discutable : en effet certaines sources
affirment que la pompe a venin pourrait avoir un effet néfaste
en endommageant les capilaires de la zone succionnée. Les
informations divergent... donc faute d'information fiable, on cherchera
à "premièrement ne pas nuire"...
On
retirera tout objet ou vêtement pouvant comprimer le membre
atteint si l'oedème se développe (chaussure, montre,
bracelets, bagues, vêtements, etc.).
La
deuxième étape consiste à bien désinfecter
la plaie. On oublie souvent cette étape, mais les infections
liées aux morsures de vipères sont un risque bien
réel, dans certains cas plus importants que l'envenimation.
Il
faut ensuite, idéalement, immobiliser le membre atteint comme
s'il s'agissait d'une fracture : en bloquant les articulations
au-dessus et au-dessous de la partie atteinte. Ainsi, par exemple,
pour une morsure au mollet, on bloquera (sans entraver la circulation
sanguine) la cheville et le genou. L'immobilisation totale du membre
est la mesure la plus efficace pour limiter la diffusion du venin
dans l'organisme... si toutefois il est présent. Évidemment,
on peut immobiliser le membre atteint consciemment en ne bougeant
tout simplement pas...
La
dernière étape, si c'est possible, consiste à
appeler les secours ou à marcher (si on ne peut pas faire
autrement) calmement pour se diriger vers une assistance
médicale. Inutile de paniquer ou même de forcer l'allure.
Il vaut mieux, au contraire, prendre son temps et rejoindre l'aide
la plus proche. Selon la gravité de l'envenimation (classifiée
de 0 : morsure sèche à 3 : envenimation
grave par Audebert F., Sorkine M. et Bon C.) on vous renverra chez
vous avez un joli petit pansement, des antalgiques et un rappel
antitétanique, ou on vous gardera aux soins intensifs pendant
quelques temps (de quelques heures à quelques jours), afin
de pouvoir veiller sur vous de près.
À ne
pas faire...
Il ne faut
surtout pas faire d'incisions sur les lieux de la morsure,
ni sucer la plaie avec la bouche (comme on le voit dans les mauvais
films de cow-boys). D'inciser les vaisseaux superficiels ne fait
qu'accélérer la diffusion du venin dans le sang, et
sucer le venin avec la bouche peut être très dangereux...
On imagine sans mal ce qui peut se passer si les tissus de le bouche
ou de la gorge doublent ou triplent de volume, ayant été
mis en contact avec du venin, même dilué. D'ailleurs,
outre le venin, beaucoup de maladies (hépatites, SIDA, etc.)
peuvent être transmises par le sang ou la lymphe de la victime,
qui viendrait en contact avec une plaie, même très
petite, dans la bouche de son sauveteur. Donc, en plus d'être
inefficaces, ces succions dignes des plus mauvais westerns sont
dangereuses. Évitez-les.
Évitez
aussi les garrots. On a vu des gens devoir être amputés
d'une jambe à cause d'un garrot privant le membre de sang,
alors qu'aucune envenimation sérieuse n'était présente.
Les garrots sont à proscrire, donc, même en cas d'envenimation
évidente. On peut appliquer un bandage élastique faiblement
serré en amont de la morsure, tout en prenant soin de ne
pas freiner la circulation sanguine. Ce bandage, large et pas trop
serré, a pour but de freiner un peu la circulation lymphatique
et de limiter l'oedème dans le membre atteint, ralentissant
un peu la diffusion du venin.
L'administration
des sérums anti-venins (sérothérapie) fut longtemps
controversée. Ces sérums, en effet, causaient souvent
des réactions allergiques graves (notamment des bronchospasmes
et des chocs anaphylactiques). Depusi quelques années, en
europe, existe un traitement efficace et généralement
bien supporté : le ViperFav. On l'administre dilué
dans une solution IV. Il est efficace si administré moins
de 12 heures après l'envenimation, et bien que des réactions
anaphylactoïdes/allergiques soient parfois présentes,
de réelles complications restent rares. (Voir notamment ici
: http://www.toxicologie-clinique.org/infotox22.pdf]
Les sangliers
Les sangliers
ont une très mauvaise réputation, et ils font peur.
Il est vrai que leur silhouette massive et hirsute n'inspire pas
confiance, de prime abord... surtout quand on sait que les gros
mâles peuvent facilement atteindre 150kg, voire plus dans
certaines régions. Pourtant les attaques de sangliers sont
extrêmement rares dans la nature. S'il est vrai qu'une bête
blessée ou acculée peut être aggressive, et
qu'une laie peut charger pour protéger ses petits, le sanglier
évite l'être humain autant qu'il le peut. On peut ainsi
se promener dans des fourrés à quelques mètres
d'un sanglier sans le moindre danger. Le sanglier s'éloigne
généralement sans autre forme de procès...
Et s'il arrive qu'un sanglier fonce sur nous tête baissée,
c'est plus souvent par inadvertance ! S'il remarque notre présence,
il s'arrête généralement tant bien que mal,
et fait demi-tour pour repartir encore plus vite qu'il n'est venu.
J'ai souvent
croisé des sangliers dans les forêts françaises.
La plupart du temps, il me font face et cherchent à m'identifier,
et continuent leur chemin. S'il est clair que l'attitude de certains
gros mâles ne m'a jamais donné envie d'aller leur chercher
des noises, aucun d'entre eux ne m'a jamais attaqué, sauf
un, que j'avais volontairement acculé à une petite
barre rocheuse (oui, je sais, c'était très stupide).
En restant tout simplement à distance respectable et en laissant
à l'animal toute la place nécessaire pour s'éloigner,
on ne court généralement aucun danger en croisant
un sanglier dans la nature.
La faim
Une personne
en santé et normalement constituée peut passer plusieurs
jours sans rien manger, et ce sans aucun problème (à
part une sensation de faim parfois intense, qui s'estompe après
deux ou trois jours). En mangeant très peu (quelques salades
sauvages, même très pauvres, par exemple), on peut
tenir pendant des mois... Quand on sait qu'en France, les personnes
perdues sont pratiquement toujours secourues en moins de trois jours,
on comprend bien que la nourriture n'est pas (non plus) notre problème
numéro un !
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Le VO2Max est un concept tiré de la physiologie du sport.
Il s'agit tout simplement de notre capacité maximale d'utilisation
d'oxygène. Plus notre VO2Max est élevé, et
plus nous sommes en mesure d'utiliser l'oxygène de l'air
pour alimenter les réactions chimiques qui rendent possible
l'action de nos muscles et autres tissus.
Une façon
simple (et approximative) d'évaluer l'intensité d'un
effort physique par rapport à notre VO2Max est de se baser
sur notre fréquence cardiaque maximale (en pulsations par
minute), qui est généralement égale à
220 moins notre âge. Par exemple, à 29 ans, la fréquence
cardiaque maximale d'un individu est aux alentours de 191 (220 -
29 = 191). 60% de 191 donne environs 114 battements par minute,
donc tant que cet individu ne dépasse pas, pendant l'exercice,
114 BPM, il est sous la barre fatidique des 60% de son VO2Max.
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Cogitations :
• Quels
sont les dangers réels dans la nature, en France (métropolitaine)?
Les monstres, les
vampires et les loups garous n'ont qu'à bien se tenir...
Dernière MAJ : 4 avril 2008 - corrections dans la partie sur les
vipères !
• Les priorités en survie
Un texte assez court
sur ces choses vraiment importantes pour survivre...
Dernière MAJ :
17 mars 2006
• Voir
des animaux
Quelques trucs pour
faire de belles rencontres en forêt...
Dernière MAJ :
23 août 2005
• Le
feu par friction... oui mais !
Dernière
MAJ :
18 août 2005
• De
l'importance d'un minimum de préparation
... ou « Pfff
! Mais laisse ton sac à dos dans la bagnole, on va juste aux champignons !!! »
Dernière MAJ :
17 août 2005
Physiologie :
• L'acclimatation au
froid
Ou apprendre à
se peler le cul avec classe ;)
Dernière MAJ :
21septembre 2005
• L'hypothermie
Les 4 étapes
de la descente aux enfers...
Dernière MAJ :
21septembre 2005
• L'importance
de l'eau en toutes circonstances
Ce qui manque au
bonheur de pas mal de gens, c'est un litre d'eau.
Dernière MAJ :
3 septembre 2005
• L'effet chimpanzé
Stress et survie
Dernière MAJ :
17 août 2005
Équipement :
• Les couvertures de survie
Enfin... façon
de parler...
Dernière MAJ :
17 août 2005
• Le couteau
'Tranchons' une
bonne fois pour toutes !!!
Dernière MAJ :
17 août 2005
Divers :
• Les
tiques et la maladie de Lyme
Un danger mal connu...
Dernière MAJ :
17 août 2005
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