D a v i d   M a n i s e
Instructeur de survie / vie sauvage

[ l e s   t e x t e s
Des tonnes de contenus... gratuits...

Quels sont les dangers réels
dans la nature, en France
(métropolitaine) ?

La plupart des bouquins « de survie » nous assènent des chapitres entiers sur les dangers et les menaces qui nous attendent dans la nature. Les scénarios catastrophes d'Hollywood semblent souvent bien fades en comparaison de ces pages décrivant en détail toutes les façons dont on pourrait mourrir ici ou là. On trouve ainsi des dizaines et des centaines de pages sur les requins, les animaux dangereux, les espèces de serpents venimeux les plus aggressifs de la planète, et une foule d'autres sujets à la fois exotiques et... peu réalistes. L'immense majorité des français (qui vivent en métropole) pratiquent la randonnée autour de chez-eux, ou à tout le moins en Europe. Pour eux, les araignées belliqueuses et les venins exotiques sont souvent l'arbre qui cache la forêt, lorsqu'il s'agit des dangers qui les concernent.

Quels sont donc les véritables dangers dans la nature en France et en Europe ? De quoi doit-on réellement se méfier ? Contre quoi doit-on se prémunir en priorité ?

Le chaud et le froid

La réponse est extrêmement simple... Si vous devez vous blesser ou mourrir dans la nature, ça sera presque toujours parce que vous n'aurez pas réussi à maintenir votre température corporelle suffisamment proche de 37°C.

Eh oui. On ne meurt pas de faim ou de soif, en forêt, en général. On ne meurt pas dévoré par les ours, ou attaqué par des mygales chassant en bandes organisées... On meurt, le plus souvent, de chaud ou de froid, ou encore de leurs effets secondaires.

En été, le risque le mieux reconnu est bien évidemment le coup de chaleur. Dans sa forme la plus grave, il consiste en une élévation importante de la température centrale corporelle, qui peut mener à de graves complications (lésions au foie, aux reins et au cerveau, perte de conscience, mort). En hiver, le principal risque est l'hypothermie et les risques qui en découlent (engelures, perte de conscience, mort)...

Ceci dit, les variations anormales de notre température corporelle ont des effets bien plus insidieux que ces classiques cas d'hypothermie ou d'hyperthermie extrêmes, et leurs dangers apparaissent souvent bien longtemps avant le collapsus à l'effort ou le coma hypothermique... Le fait de s'éloigner, même très peu, de nos chers 37°C malmène en effet nos capacités très rapidement, ce qui nous pousse souvent à mettre le pied dans des engrenages dangereux.

Pour faire une histoire simple, nous dirons que dès que notre température centrale corporelle tombe sous 35°C ou s'élève au-dessus de 38°C, les réactions chimiques qui permettent à notre cerveau et à notre système nerveux de bien fonctionner sont déjà largement altérées. À ce stade, bien que nous soyons encore plus ou moins mobiles et apparemment « capables de continuer », nous fonctionnons à peu de chose près à la moitié de nos capacités normales. Dans ces conditions, on peut raisonnablement affirmer que notre Q.I. est divisé par deux. Ça nous donne un individu moyen soudainement doté d'un Q.I. de l'ordre d'un génial... eucalyptus. Sous 35°C, et au-delà de 38°C, nous risquons tout simplement de commettre des erreurs de jugement, ou de ne pas trouver de solutions à des problèmes qui — en temps normal — nous sembleraient affreusement simples. J'ai vu des gens, en état d'hyperthermie légère, repartir après une pause, en montagne, dans le sens contraire de la marche. J'ai aussi entendu un de mes amis — alors que nous étions à trois jours de kayak du village le plus proche — me dire « attends-moi là, je vais aller acheter des bières »... et il est parti à pied, titubant, droit dans la forêt. Vu la taille de l'animal, j'ai eu bien du mal à le convaincre de faire demi-tour... j'ai dû lui dire que j'avais une bière bien froide cachée au fond de mon sac pour qu'il arrête de m'injurier et qu'il veuille bien s'asseoir à l'ombre...

Autre effet important d'une hypo ou hyperthermie, même modérées : la désintégration de notre motricité fine. Au delà de 38°C comme en-deça de 35°C, nous avons du mal à utiliser nos mains, et nous ne pouvons plus effectuer de gestes précis (comme allumer un briquet, tirer un azimut sur une carte ou composer le 112 sur un portable). Bref, tous ces gestes qui pourraient nous tirer d'affaire sont désormais hors de notre portée. Nous ne sommes tout simplement plus capables de les poser, par manque de dextérité pur et simple.

Mors Kochanski, spécialiste de la vie en forêt bien connu aux États-Unis et au Canada, propose un test très simple de dextérité manuelle par temps froid. Il nous dit, à peu de choses près, « si à n'importe quel moment vous ne pouvez pas facilement joindre le pouce et l'auriculaire d'une même main, arrêtez ce que vous êtes en train de faire et réchauffez-vous ». La dextérité manuelle, en effet, est particulièrement sensible aux assauts du froid. Par temps chaud, c'est davantage le sens de l'équilibre qui est affecté en premier, mais à terme le résultat est le même et les handicaps se rejoignent.


Dessin © Philippe Gady

La nature n'est pas un milieu particulièrement hostile, mais c'est néanmoins un endroit où nous sommes entièrement responsables de notre propre bien-être et de notre propre sécurité. Évidemment, dans ce genre de situations, il vaut mieux maintenir son Q.I. à un niveau qui soit supérieur à la pointures de ses chaussures, et il vaut mieux conserver intactes notre dextérité manuelle et nos capacités à nous déplacer en terrain difficile... Un moyen efficace d'arriver à cela est de maintenir sa température corporelle le plus près possible de 37°C. Été comme hiver.

Théoriquement, on meurt d'hypothermie quand notre température descend sous la barre des 20°C. Cela veut dire qu'il est très possible, pour un individu fatigué, déshydraté et stressé de mourrir d'hypothermie par une nuit fraîche d'été ! De même, en plein hiver, on peut générer suffisamment de chaleur par l'exercice pour se retrouver en état d'hyperthermie (état d'autant plus grave que la transpiration et la déshydratation que cela induit nous refroidiront extrêmement vite dès la fin de l'exercice)...

Bref, été comme hiver, il faut absolument toujours être en mesure de conserver sa température corporelle à 37°C. Il existe une multitude de moyens pour arriver à ce résultat. Parmi eux, cinq sont véritablement simples et efficaces (et tous les cinq sont efficaces en hiver comme en été !) :

  1. S'acclimater : notre corps, après une période d'adaptation, peut lutter très efficacement contre le chaud ou contre le froid. Il faut en général entre une semaine (pour les sportifs) et un mois (pour les sédentaires) pour s'acclimater à un nouveau climat ou à un changement de saison. Respectez cette période minimale d'adaptation avant de partir à l'aventure, puis exposez-vous progressivement et prudemment aux éléments...

  2. S'habiller de manière adaptée : en hiver, ne partez jamais sans une couche d'isolation, un bon coupe-vent (si possible imper-respirant) et un bonnet de laine. Évitez le coton (qui absorbe beaucoup d'eau). Sachez rester au sec. En été, portez de préférence des vêtements amples et de couleurs claires (et du coton)... et profitez pleinement de l'évaporation de l'eau sur votre peau. En cas de besoin, n'hésitez pas à mouiller vos vêtements ou votre couvre-chef pour vous rafraîchir. Aux inter-saisons, n'oubliez pas que même si la journée peut ressembler à l'été, la nuit ressemble encore souvent à l'hiver. Prévoyez donc un minimum de vêtement chauds lors de vos sorties, et méfiez-vous de la transpiration du jour qui pourra vous faire mourrir de froid la nuit.

  3. Rester hydraté(e) : on pense généralement à boire quand il fait chaud, et c'est très bien. Notre corps a en effet besoin d'eau pour lutter efficacement contre la chaleur. Notre corps a également besoin d'être correctement hydraté pour lutter contre le froid ! Votre urine devrait toujours être claire et abondante. Dans le cas contraire : buvez ! Il est important d'avoir toujours avec soi, sur le terrain, des moyens efficaces de rendre une eau douteuse propre à la consommation. Été comme hiver, ne rationnez pas l'eau. Rationnez plutôt votre transpiration.

  4. Modérer ses efforts physiques (autant que possible) de manière à ne jamais utiliser plus de 60% de notre VO2Max*. Cela permet d'utiliser en priorité ses réserves de graisse en tant que carburant, tout en économisant l'eau et les réserves de glycogène pour les urgences. Cela nous permet de transpirer moins, été comme hiver, et d'éviter les complications.

  5. Dormir suffisamment. Le sommeil est le réparateur par excellence du corps, comme de l'esprit. Un organisme fatigué lutte beaucoup moins efficacement contre la chaleur ou contre le froid. Si vous ne pouvez pas dormir pendant la nuit (en survie, c'est souvent le cas pendant les nuits froides d'hiver où on passe beaucoup de temps accroupi devant le feu), faites plusieurs petites siestes pendant la journée. En été, ou quand il fait très chaud, faites la sieste pendant l'après-midi, et préférez la nuit pour bouger et vous activer.

L'effet chimpanzé

Un autre tueur en série largement reconnu, dans les situations délicates en forêt ou ailleurs : la peur. Ou plutôt quelques-uns de ses effets secondaires. Je les regroupe et je les étiquette de manière un peu simpliste, pour qu'on se les représente clairement : « l'effet chimpanzé ».

Sous l'emprise d'une peur ou d'une anxiété suffisamment intense, notre Q.I. est, là aussi, divisé par deux. C'est un fait bien connu. Les pilotes d'avions de chasse, les ambulanciers, les policiers et les étudiants stressés devant une copie d'examen en savent tous quelque chose. Dès qu'on se met à avoir un peu trop peur, les parties de notre cerveau qui nous rendent intelligents se déconnectent une à une. Notre jugement est — de facto — altéré. Notre mémoire à court terme s'éclipse. Nos facultés de raisonnement et notre capacité à accéder à nos connaissances sont pratiquement anéanties. Autre point important, notre motricité fine et notre capacité à poser des gestes complexes ou précis foutent le camp, pour laisser graduellement la place à l'action des grands groupes musculaires et aux gestes simples et basiques : courrir, sauter, frapper et grogner... Bref, nous devenons plus forts, certes, mais surtout plus cons. C'est un fait, et il faut vivre avec.


Dessin © Philippe Gady

Attention... Rendons tout de même à César ce qui est a César. L'effet chimpanzé est un magnifique sauveur de vies dans les situations d'urgence extrême, où il faut réagir rapidement et instinctivement. Comme quand un Grizzli de 400 kilos fonce sur vous, sorti de nulle-part, ou comme quand votre belle-mère doit venir dîner. Pourtant la plupart des situations dites « de survie » ne sont pas particulièrement spectaculaires. Elles arrivent généralement de manière insidieuse, et s'installent lentement et progressivement. L'anxiété qui les accompagne, bien souvent, grandit elle aussi en catimini. Elle est refoulée jusqu'au dernier moment, pour finalement déferler d'un seul coup quand on finit par prendre pleinement conscience du fait que oui, on est perdu(e), ou qu'on ne va pas pouvoir rentrer, ou que finalement non, on ne va pas pouvoir terminer l'ascension de ce mur sans aide extérieure, etc.

Ce genre de situation fait souvent déferler en nous une vague d'anxiété presque insoutenable. Notre corps, croyant voir là une situation d'extrême urgence, libère des tonnes de composés chimiques qui ont pour effet de nous préparer à la fuite ou au combat. La liste des effets de ce genre de décharge d'adrénaline est bien connue et je ne vous ferai pas l'affront de la répéter une fois encore. Il s'agit simplement de souligner que toute cette adrénaline nous prive instantanément des attributs qui nous seraient le plus utiles objectivement à ce moment là : du calme, des neurones qui fonctionnent bien et qui nous permettraient de mettre sur pied un plan de match adapté à la situation concrète. Or, au lieu de réfléchir froidement à « comment survivre », on se met alors souvent à dépenser des quantités astronomiques d'énergie à marcher pour trouver la sortie, ou à grimper coûte que coûte, ou à hurler en tournant en rond et en pleurant... Notre stress nous pousse ainsi parfois jusqu'au bout de nos limites physiques et nous laisse là, complètement épuisés dans une situation qui — dans le meilleur des cas — ne s'est pas améliorée. Beaucoup de gens, cédant ainsi à ce besoin viscéral de bouger et de continuer, abandonnent leur équipement pour s'alléger ou s'enfoncent plus profondément encore dans une situation déjà difficile.

Ce qui est important à retenir, ici, c'est qu'à un niveau de stress important, nous sommes physiologiquement incapables d'être intelligents, et qu'il n'est plus possible d'inventer des solutions adaptées à nos problèmes. Il fallait y penser et se préparer avant, notamment en s'entraînant régulièrement à poser les gestes qui sauvent...

En situation de stress important, nous nous rabattons mécaniquement sur les conditionnements les plus simples qui sont inscrits dans notre système tout entier. Ce qui s'exprime à ce moment là relève donc autant de notre « mémoire musculaire » que de notre expérience et de notre vécu. Et c'est ainsi que la plupart des gens continuent tout simplement à marcher une fois qu'ils se voient perdus en forêt, parce que c'est ce que leur corps a toujours fait, et ça s'est toujours terminé par un retour à la maison et un bon repas. D'ailleurs, si les bénévoles de la croix-rouge prennent le temps de se réunir en équipe toutes les semaines pour pratiquer la réanimation cardio respiratoire et d'autres gestes de première importance, c'est justement pour être en mesure de fonctionner dans des situations de stress intense sans avoir besoin de réfléchir. En pratiquant régulièrement ces techniques, ils les inscrivent dans leur corps tout entier, et deviennent ainsi capables de vous sauver la vie sans faire appel à leur savoir théorique.

C'est précisément cette différence entre le savoir théorique et l'entraînement « in vivo » qui rend les cours de survie sur le terrain aussi efficaces. En pratiquant (au moins une fois) diverses techniques de survie, on devient capable de les reproduire plus facilement dans une situation réelle. Des cours de survie, donnés par des professionels qualifiés existent dans le monde entier, et leurs cours sont absolument irremplacables. Que cela ne vous prive pas, cependant, d'aller tester vous-même vos connaissances théoriques sur le terrain. Entraînez-vous à construire des abris, à marcher à la boussole, et à allumer des feux par tous les temps... et tout le reste ! Sortez de chez vous, et faites-le. Prenez votre sac à dos, votre kit de survie, et allez programmer votre corps tout entier à bien réagir. Non seulement vous vous amuserez comme un gamin à construire des cabanes et à jouer dans les bois, mais ça pourrait fort bien vous sauver la vie, si jamais mère nature vous prenait un jour en grippe pour une raison ou pour une autre.

Il existe beaucoup de techniques plus ou moins ésotériques pour contrôler son niveau d'anxiété. Chacun possède sa technique préférée, et il est bon, d'ailleurs, de la cultiver. Certains se parlent. D'autres respirent profondément, en expirant longuement (c'est très efficace pour ralentir le rythme cardiaque et pour détendre tout le corps). Certains pratiquent la méditation, d'autres prient... Personnellement, j'aime bien l'humour noir et l'ironie. Je vois en ce genre d'humour parfois un peu dérangé en apparence un excellent moyen de conserver ses esprits, ou de les retrouver avant qu'il ne soit définitivement trop tard. L'humour, à mon avis, est une technique de survie à part entière, de par le simple fait qu'il nous aide à relativiser une situation, ou à simplement prendre un peu de recul ironique vis-à-vis de situations parfois insoutenables. Bref, même dans les situations extrêmes, n'oubliez pas de vous marrer... au pire vous mourrez en passant un bon moment...

Quelques mythes

Pour résumer, donc, les trois dangers principaux dans la nature française sont l'hyperthermie, l'hypothermie, et « l'effet chimpanzé », et non pas comme on le croit généralement la faim ou les animaux dangereux. Même au Québec, où il y a encore des loups, des coyotes, des lynx, et des ours, on n'a recensé (depuis que les recensements existent...) que deux attaques mortelles d'animaux sur des êtres humains, les deux fois de la part d'ours. C'est beaucoup moins que la foudre, beaucoup moins que les accidents de chasse... et même beaucoup moins que les assassinats purs et simples ayant eu lieu en forêt ! En France, deux animaux inspirent la crainte (outre l'ours et le loup, qui sont très peu répandus) : la vipère et le sanglier. Tordons donc le cou à quelques idées préconcues...

Les vipères

[Illustration : vipère -- détails : 60-80 cm de long, pupille linéaire verticale, corps trapu, tête aplatie et triangulaire, cou plus fin que le corps]

La vipère est un animal à sang froid (poïkilotherme). Dénué de mécanismes de régulation de température corporelle, la chaleur de son corps varie en fonction de la température ambiante. Son métabolisme s'accélère lorsqu'il fait chaud, et ralentit considérablement lorsqu'il fait froid. Sous 10°C, les vipères sont en complète léthargie. Elles ne représentent donc aucun danger l'hiver, et pendant toute la saison froide. Méfiance au printemps ou en automne, où elles peuvent sortir aux heures chaudes de la journée.

Les vipères sont plus lentes au petit matin, ou par temps plus frais, et ne pourront pas s'enfuir aussi vite qu'elles le voudraient, et peuvent se sentir menacées un peu plus facilement par votre présence, mais elles tenteront généralement la fuite avant toute autre option.

Les vipères affectionnent particulièrement les broussailles et les endroits relativement confinés, où elles se faufilent aisément et où elles trouvent de petites proies en quantité. Pendant les périodes extrêmement chaudes, on voit souvent les vipères se mettre à l'abri dans les endroits plus frais et plus humides (sous les gros cailloux au bord des ruisseaux, par exemple). Elles passent ainsi dans l'eau de temps en temps pour se rafraîchir, et restent à l'ombre pour éviter de surchauffer. Pendant ces périodes, elles sont en pleine possession de leurs moyens, et elles s'enfuient généralement si elles détectent votre présence suffisamment tôt pour s'éloigner sans être vues. Si, par contre, une vipère ne s'aperçoit de votre arrivée que trop tard, elle préférera généralement adopter une position défensive, plus ou moins lovée et vous faisant face. Cela s'explique facilement de par le fait que le principal point faible des vipères est leur dos. Elles préfèrent donc faire face et attendre plutôt que d'exposer leur dos à un prédateur potentiel. Ce genre d'attitude des vipères est bien résumée par le dicton qui veut que « la vipère donne la mort ou attend la mort »... En fait, les rares vipères que l'on voit sont celles que l'on a surprises, et qui n'ont pas eu le temps de mettre leur dos à l'abri avant qu'il ne soit trop tard.

Une vipère qui adopte ainsi une position défensive pourra mordre si on s'approche trop. Mais si on s'éloigne simplement de quelques mètres, lui laissant une marge suffisante pour filer sans exposer son dos trop longtemps, elle profitera pratiquement toujours de l'occasion et s'enfuira.

Comme la plupart des serpents, la vipère est pratiquement sourde. Elle est cependant très sensible aux vibrations du sol. Aussi, pour se faire remarquer d'une vipère il suffit de taper du pied. Elle s'éloigne alors pratiquement toujours. En marchant un peu lourdement, ou en tapant un peu le sol avec un bâton de marche à chaque pas, on n'en voit, en pratique, jamais.

La vipère est un animal extrêmement craintif. Elle n'attaque jamais un être humain sauf en cas d'extrême nécessité, lorsqu'on l'attrape, par exemple, ou lorsqu'on lui marche pratiquement (ou directement) dessus. Il arrive qu'une vipère acculée attaque pour se défendre, ou qu'une femelle protège son nid. En s'éloignant simplement on rassure la vipère et on se met à l'abri.

Contrairement à la croyance populaire, la morsure d'une vipère n'est pas d'une rapidité extrême. Elle est rapide, certes, mais si on a vu la vipère avant qu'elle ne se détende, il est parfois possible d'éviter la tentative de morsure (qui est extrêmement rare en soi), simplement en retirant son pied ou sa main à temps...

Même si la vipère nous mord (ce qui est rare, vous l'avez compris...), la situation est loin d'être désespérée. En effet, neuf fois sur dix la morsure d'autodéfense est « sèche » : aucun venin n'est injecté (Dr. Éric Torres, Urgence Pratique No. 2123, Juin 2001). Autrement dit, la vipère n'injecte du venin pour se défendre qu'une fois sur dix. Et de cette fois sur dix, seule un cas sur dix constitue une envenimation grave... Autrement dit, seule une morsure de vipère sur cent cause des effets réellement graves (et pratiquement jamais mortels, surtout si la victime a accès à des soins médicaux)... Le plus grand risque provenant des morsures de vipères reste donc, et de loin, la panique et l'infection ! La première chose à faire, en cas de morsure, est donc de bien nettoyer la plaie, et de la désinfecter... tout en restant calme. Attention à éviter tout désinfectant à base d'alcool qui accélère la diffusion du venin par un effet de vasodilatation locale.

Dans les cas (rares) d'envenimation, un oedème apparait entre 15 minutes et deux heures après la morsure, près de la plaie. Si aucun odème n'est apparut après deux heures, on peut écarter toute possibilité d'envenimation.

La douleur est souvent faible ou inexistante au moment de la morsure. En cas d'envenimation, elle apparaît en même temps que l'oedème. Elle est, comme l'oedème, un symptôme sûr d'une envenimation, et va en augmentant pendant les 48 heures qui suivent la morsure. Un traitement antalgique est souvent prescrit, tout en évitant scrupuleusement l'aspirine, qui renforce l'effet anticoagulant du venin.

En cas d'envenimation, et selon le niveau de gravité, une hospitalisation peut s'avérer nécessaire. Dans les cas d'envenimation plus graves, il faut s'attendre à passer 48 heures plutôt désagréables (vomissements, douleurs, hypotension, diarrhées...). L'oedème de la partie atteinte ne disparaîtra souvent pas avant plusieurs semaines.

Les envenimations causées par les vipères sont évidemment plus dangereuses pour les personnes déjà affaiblies, et sur les personnes de petite taille. Comme pour toute substance, le rapport entre le poids de la personne et la quantité de venin injecté influence grandement les symptômes prévisibles, à dose égale. Chez les enfants, donc, on court le risque de voir se développer des réactions plus grave à une envenimation, même minime. On traite donc les morsures de vipère chez les enfants avec encore plus de sérieux que chez les adultes.

Certaines personnes sont allergiques au venin de vipère (très rarement lors d'une première morsure). Pour ces personnes, le risque est évidemment plus grand, car les symptômes allergiques s'ajoutent aux effets du venin. Une morsure « sèche » ne constitue pas de risque allergique.

Que faire en cas de morsure ?

1 - SECURISER ET CALMER, IDENTIFIER SI POSSIBLE
2 - DESINFECTER
3 - ENLEVER TOUT CE QUI PEUT SERRER LE MEMBRE ATTEINT
4 - IMMOBILISER COMME UNE FRACTURE
5 - APPELER OU JOINDRE LES SECOURS

La conduite à tenir, en cas de morsure de vipère, est tout d'abord de s'éloigner et de se mettre à l'abri. Le plus souvent, voyant que tout danger est écarté, la vipère (ou la couleuvre) s'enfuira d'elle-même et glissera hors de vue dans les broussailles. De s'éloigner de quelques mètres suffit généralement.

Une fois tout danger écarté, il faut absolument rester calme. L'idéal est de s'asseoir et d'observer calmement la plaie. Les morsures de vipère se présentent presque toujours sous la forme de deux petits points ou éraflures, distants de cinq à dix millimètres. La présence d'autres petits points (marques de dents derrière les crochets) que ces deux principaux nous indique à coup sûr que le serpent qui nous a mordu n'était pas venimeux. Dans le doute, il vaut toujours mieux traiter la morsure comme s'il s'agissait d'une morsure de vipère.

[illustration : morsure de vipère : 5-10mm, aucune autre trace, morsure de couleuvre : traces de dents derrière les crochets, plus large..]

L'efficacité de la pompe a venin n'a pas été démontrée sur les morsures de vipères. Certains manufacturiers affirment qu'appliquées moins de trois minutes après la morsure, elles peuvent éliminer jusqu'à 50% du venin. Qu'elle soit réellement efficace ou pas quant à l'extraction du venin, elle a un effet calmant sur la victime, et en cela elle est potentiellement efficace. En effet, en se calmant on ralentit la propagation du venin (si toutefois il est présent) dans l'organisme. Cela reste discutable : en effet certaines sources affirment que la pompe a venin pourrait avoir un effet néfaste en endommageant les capilaires de la zone succionnée. Les informations divergent... donc faute d'information fiable, on cherchera à "premièrement ne pas nuire"...

On retirera tout objet ou vêtement pouvant comprimer le membre atteint si l'oedème se développe (chaussure, montre, bracelets, bagues, vêtements, etc.).

La deuxième étape consiste à bien désinfecter la plaie. On oublie souvent cette étape, mais les infections liées aux morsures de vipères sont un risque bien réel, dans certains cas plus importants que l'envenimation.

Il faut ensuite, idéalement, immobiliser le membre atteint comme s'il s'agissait d'une fracture : en bloquant les articulations au-dessus et au-dessous de la partie atteinte. Ainsi, par exemple, pour une morsure au mollet, on bloquera (sans entraver la circulation sanguine) la cheville et le genou. L'immobilisation totale du membre est la mesure la plus efficace pour limiter la diffusion du venin dans l'organisme... si toutefois il est présent. Évidemment, on peut immobiliser le membre atteint consciemment en ne bougeant tout simplement pas...

La dernière étape, si c'est possible, consiste à appeler les secours ou à marcher (si on ne peut pas faire autrement) calmement pour se diriger vers une assistance médicale. Inutile de paniquer ou même de forcer l'allure. Il vaut mieux, au contraire, prendre son temps et rejoindre l'aide la plus proche. Selon la gravité de l'envenimation (classifiée de 0 : morsure sèche à 3 : envenimation grave par Audebert F., Sorkine M. et Bon C.) on vous renverra chez vous avez un joli petit pansement, des antalgiques et un rappel antitétanique, ou on vous gardera aux soins intensifs pendant quelques temps (de quelques heures à quelques jours), afin de pouvoir veiller sur vous de près.

À ne pas faire...

Il ne faut surtout pas faire d'incisions sur les lieux de la morsure, ni sucer la plaie avec la bouche (comme on le voit dans les mauvais films de cow-boys). D'inciser les vaisseaux superficiels ne fait qu'accélérer la diffusion du venin dans le sang, et sucer le venin avec la bouche peut être très dangereux... On imagine sans mal ce qui peut se passer si les tissus de le bouche ou de la gorge doublent ou triplent de volume, ayant été mis en contact avec du venin, même dilué. D'ailleurs, outre le venin, beaucoup de maladies (hépatites, SIDA, etc.) peuvent être transmises par le sang ou la lymphe de la victime, qui viendrait en contact avec une plaie, même très petite, dans la bouche de son sauveteur. Donc, en plus d'être inefficaces, ces succions dignes des plus mauvais westerns sont dangereuses. Évitez-les.

Évitez aussi les garrots. On a vu des gens devoir être amputés d'une jambe à cause d'un garrot privant le membre de sang, alors qu'aucune envenimation sérieuse n'était présente. Les garrots sont à proscrire, donc, même en cas d'envenimation évidente. On peut appliquer un bandage élastique faiblement serré en amont de la morsure, tout en prenant soin de ne pas freiner la circulation sanguine. Ce bandage, large et pas trop serré, a pour but de freiner un peu la circulation lymphatique et de limiter l'oedème dans le membre atteint, ralentissant un peu la diffusion du venin.

L'administration des sérums anti-venins (sérothérapie) fut longtemps controversée. Ces sérums, en effet, causaient souvent des réactions allergiques graves (notamment des bronchospasmes et des chocs anaphylactiques). Depusi quelques années, en europe, existe un traitement efficace et généralement bien supporté : le ViperFav. On l'administre dilué dans une solution IV. Il est efficace si administré moins de 12 heures après l'envenimation, et bien que des réactions anaphylactoïdes/allergiques soient parfois présentes, de réelles complications restent rares. (Voir notamment ici : http://www.toxicologie-clinique.org/infotox22.pdf]

Les sangliers

Les sangliers ont une très mauvaise réputation, et ils font peur. Il est vrai que leur silhouette massive et hirsute n'inspire pas confiance, de prime abord... surtout quand on sait que les gros mâles peuvent facilement atteindre 150kg, voire plus dans certaines régions. Pourtant les attaques de sangliers sont extrêmement rares dans la nature. S'il est vrai qu'une bête blessée ou acculée peut être aggressive, et qu'une laie peut charger pour protéger ses petits, le sanglier évite l'être humain autant qu'il le peut. On peut ainsi se promener dans des fourrés à quelques mètres d'un sanglier sans le moindre danger. Le sanglier s'éloigne généralement sans autre forme de procès... Et s'il arrive qu'un sanglier fonce sur nous tête baissée, c'est plus souvent par inadvertance ! S'il remarque notre présence, il s'arrête généralement tant bien que mal, et fait demi-tour pour repartir encore plus vite qu'il n'est venu.

J'ai souvent croisé des sangliers dans les forêts françaises. La plupart du temps, il me font face et cherchent à m'identifier, et continuent leur chemin. S'il est clair que l'attitude de certains gros mâles ne m'a jamais donné envie d'aller leur chercher des noises, aucun d'entre eux ne m'a jamais attaqué, sauf un, que j'avais volontairement acculé à une petite barre rocheuse (oui, je sais, c'était très stupide). En restant tout simplement à distance respectable et en laissant à l'animal toute la place nécessaire pour s'éloigner, on ne court généralement aucun danger en croisant un sanglier dans la nature.

La faim

Une personne en santé et normalement constituée peut passer plusieurs jours sans rien manger, et ce sans aucun problème (à part une sensation de faim parfois intense, qui s'estompe après deux ou trois jours). En mangeant très peu (quelques salades sauvages, même très pauvres, par exemple), on peut tenir pendant des mois... Quand on sait qu'en France, les personnes perdues sont pratiquement toujours secourues en moins de trois jours, on comprend bien que la nourriture n'est pas (non plus) notre problème numéro un !

--------------

* Le VO2Max est un concept tiré de la physiologie du sport. Il s'agit tout simplement de notre capacité maximale d'utilisation d'oxygène. Plus notre VO2Max est élevé, et plus nous sommes en mesure d'utiliser l'oxygène de l'air pour alimenter les réactions chimiques qui rendent possible l'action de nos muscles et autres tissus.

Une façon simple (et approximative) d'évaluer l'intensité d'un effort physique par rapport à notre VO2Max est de se baser sur notre fréquence cardiaque maximale (en pulsations par minute), qui est généralement égale à 220 moins notre âge. Par exemple, à 29 ans, la fréquence cardiaque maximale d'un individu est aux alentours de 191 (220 - 29 = 191). 60% de 191 donne environs 114 battements par minute, donc tant que cet individu ne dépasse pas, pendant l'exercice, 114 BPM, il est sous la barre fatidique des 60% de son VO2Max.

 

 

 

Cogitations :

• Quels sont les dangers réels dans la nature, en France (métropolitaine)?
Les monstres, les vampires et les loups garous n'ont qu'à bien se tenir...
Dernière MAJ : 4 avril 2008 - corrections dans la partie sur les vipères !

• Les priorités en survie
Un texte assez court sur ces choses vraiment importantes pour survivre...
Dernière MAJ : 17 mars 2006
• Voir des animaux
Quelques trucs pour faire de belles rencontres en forêt...
Dernière MAJ : 23 août 2005
• Le feu par friction... oui mais !
Dernière MAJ : 18 août 2005
• De l'importance d'un minimum de préparation
... ou « Pfff ! Mais laisse ton sac à dos dans la bagnole, on va juste aux champignons !!! »
Dernière MAJ : 17 août 2005

Physiologie :
• L'acclimatation au froid
Ou apprendre à se peler le cul avec classe ;)
Dernière MAJ : 21septembre 2005
• L'hypothermie
Les 4 étapes de la descente aux enfers...
Dernière MAJ : 21septembre 2005

• L'importance de l'eau en toutes circonstances
Ce qui manque au bonheur de pas mal de gens, c'est un litre d'eau.
Dernière MAJ : 3 septembre 2005
• L'effet chimpanzé
Stress et survie
Dernière MAJ : 17 août 2005

Équipement :
• Les couvertures de survie
Enfin... façon de parler...
Dernière MAJ : 17 août 2005

• Le couteau
'Tranchons' une bonne fois pour toutes !!!
Dernière MAJ : 17 août 2005

Divers :
• 
Les tiques et la maladie de Lyme
Un danger mal connu...
Dernière
MAJ : 17 août 2005

 

Texte © David Manise 2005
Illustrations © Philippe Gady