Les
priorités en survie
Quand
je discute avec des gens qui me demandent ce que je fais dans la
vie, et que je leur explique que je suis instructeur de survie,
je vois souvent leur visage s'illuminer d'un grand sourire et ils
me disent « Ah ! Alors tu enseignes aux gens comment se nourrir
dans la nature ! »...
Et
là, juste pour piquer leur curiosité, je réponds
« pas souvent ».
Même
si la quête de nourriture fait bel et bien partie des choses
que j'enseigne parfois à des élèves avancés,
c'est très loin d'être le point sur lequel
je passe le plus de temps pendant les stages. Sans doute à
cause des films et des histoires de navigateurs échoués
sur des îles désertes, beaucoup de gens (souvent très
cultivés par ailleurs) s'imaginent que de savoir survivre,
c'est d'abord et avant tout savoir trouver à manger. Or,
dans la liste des priorités que nous devons gérer
(je hais ce mot) dans une situation de survie, les complaintes de
nos estomacs vides sont relativement peu importantes... C'est donc
pour déconstruire un peu ce mythe que je prends le temps
d'écrire aujourd'hui ce petit texte, qui je l'espère
permettra de remettre les choses à leur place.
La
règle des trois
Il
y a déjà plus de 25 ans, Ron Hood — instructeur
de survie et pionnier de la profession — édictait la
fameuse « règle des trois », qui nous
donnait une bonne idées des priorités en survie. Il
disait, en gros, qu'on peut survivre : trois minutes sans
air, trois heures sans abri, et trois jours sans eau.
Bien
que cette fameuse règle des trois soit parfaitement valable,
j'aime bien la compléter et la préciser un peu à
ma sauce. J'espère que Doc Ron me pardonnera. Je considère
pour ma part qu'on peut survivre :
- Trois
secondes sans prudence : l'accident de voiture,
la glissade dans une pente abrupte, la chute mal assurée,
l'avalanche qui nous happe sont autant d'exemples du fait que
notre survie, à la base, commence par une chose toute simple
: éviter les accidents. Ça semble une évidence,
mais quand je vois le nombre de victimes d'avalanches de l'hiver
2005-2006, je me dis que certaines véritées peuvent
être bonnes à rappeler. D'ailleurs mon père
disait toujours que les gros matous qui vivent vieux sont les
gros matous prudents...
- Trois
minutes sans oxygène dans nos centres vitaux :
passé ce délai, les tissus privés d'oxygène
cessent de fonctionner et se nécrosent. Un bout de peau
nécrosé n'est pas une urgence vitale, mais on ne
peut pas en dire autant d'un cerveau ou d'un myocarde. Et que
faut-il pour acheminer de l'oxygène dans nos centres vitaux
? Des voies aériennes dégagées, une respiration
qui fonctionne, une circulation sanguine efficace : ce sont les
fameux ABC que doit connaître tout secouriste qui se respecte
: airways, breathing, circulation.
- Trois
heures sans abri : sous une chaleur intense ou dans
un froid même relativement doux, nous mourons en quelques
heures. L'immense majorité des gens qui meurent dans la
nature sotn victimes de l'hypothermie ou de l'hyperthermie...
ou plus souvent d'un de leurs effets secondaires (altération
du jugement, perte de motricité fine, etc.).
- Trois
jours sans eau : dans les faits, ça peut
être beaucoup plus (jusqu'à 17 jours par temps frais
et sans activité physique selon Xavier Maniguet), ou beaucoup
moins (24h par temps très chaud et lors d'activités
physiques intenses), mais ça donne une idée de grandeur.
D'ailleurs, une bonne hydratation permet de résister beaucoup
mieux à la chaleur ou au froid, et d'éviter énormément
d'ennuis de santé, allant des problèmes de dos aux
infections diverses et variées. Ce qui manque au bonheur
de la plupart des gens que je connais, c'est un litre d'eau en
plus dans leur corps.
- Trois
semaines sans manger : l'états-unien moyen
peut même parler de trois mois, je pense. Chaque gramme
de graisse que contient notre corps stocke la modique somme de
9 kilocalories. Un kilo de graisse, c'est 9000 kilocalories, soit
de quoi tenir facilement trois jours. Si on tient compte du fait
que l'organisme en état de jeune (kétose) est beaucoup
plus économe que l'organisme nourri, et qu'il est en mesure
de trouver des calories aussi dans sa masse musculaire et les
protéines présentes dans ses organes divers, je
considère que les réserves énergétiques
d'un adulte en santé sont de l'ordre de 150 000 kilocalories
(8 kilos de graisse, soit 72 000 kCal et 20 kilos de protéines
utilisables, soit 80 000 kCal). Divisons cela par deux pour
être très conservateurs, et cela nous fait encore
75 000 kilocalories. À 3000 kilocalories par jour
(ce qui est beaucoup pour une personne en état de jeûne,
la réalité étant plus proche de 1500), cela
nous laisse une réserve calorique de 25 jours. Le sujet
est évidemment plus complexe que le simple décompte
des calories, mais l'histoire est remplie d'histoires de jeûnes,
volontaires ou forcés, dépassant le mois en durée
et dont les individus sont sortis relativement indemnes. Bref
: il y a des choses plus urgentes...
- Trois
mois sans contact social : Une nécessité
vitale que nous avons tendance à oublier est le contact
humain. Même les plus solitaires d'entre nous ont besoin
de contacts, de communication, d'échange. Mais j'ose espérer
que si vous vous perdez en forêt ou en montagne un jour,
on vous retrouvera avant que vous ne perdiez goût à
la vie à cause de la solitude...
Donc,
quand des gens prennent contact avec moi et me demandent de leur
enseigner ce qui est le plus important à savoir pour survivre
dans la nature, je me concentre sur les points 1, 2, 3 et 4, à
savoir la prudence élémentaire, l'importance des premiers
secours, la capacité à réguler sa température
corporelle par tous les temps, avec ou sans équipement, et
l'eau. Je trouve généralement inutile d'enseigner
aux gens à reconnaître les plantes sauvages comestibles
pour leur éviter de mourrir de faim, ce qui n'arrivera de
toute manière jamais s'ils ne savent pas parer au plus pressé...
! |
Cogitations :
• Quels
sont les dangers réels dans la nature, en France (métropolitaine)?
Les monstres, les
vampires et les loups garous n'ont qu'à bien se tenir...
Dernière MAJ : 4 avril 2008 - corrections dans la partie sur les
vipères !
• Les priorités en survie
Un texte assez court
sur ces choses vraiment importantes pour survivre...
Dernière MAJ :
17 mars 2006
• Voir
des animaux
Quelques trucs pour
faire de belles rencontres en forêt...
Dernière MAJ :
23 août 2005
• Le
feu par friction... oui mais !
Dernière
MAJ :
18 août 2005
• De
l'importance d'un minimum de préparation
... ou « Pfff
! Mais laisse ton sac à dos dans la bagnole, on va juste aux champignons !!! »
Dernière MAJ :
17 août 2005
Physiologie :
• L'acclimatation au
froid
Ou apprendre à
se peler le cul avec classe ;)
Dernière MAJ :
21septembre 2005
• L'hypothermie
Les 4 étapes
de la descente aux enfers...
Dernière MAJ :
21septembre 2005
• L'importance
de l'eau en toutes circonstances
Ce qui manque au
bonheur de pas mal de gens, c'est un litre d'eau.
Dernière MAJ :
3 septembre 2005
• L'effet chimpanzé
Stress et survie
Dernière MAJ :
17 août 2005
Équipement :
• Les couvertures de survie
Enfin... façon
de parler...
Dernière MAJ :
17 août 2005
• Le couteau
'Tranchons' une
bonne fois pour toutes !!!
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17 août 2005
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• Les
tiques et la maladie de Lyme
Un danger mal connu...
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17 août 2005
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