Les
tiques
et la maladie de Lyme
Il
existe un danger méconnu, dans les forêts et montagnes
françaises.
Ce
danger mal connu, mais pourtant bien réel, est la maladie
de Lyme. Cette maladie est transmise par la morsure d'une tique
porteuse, qui nous injecte via sa morsure une bactérie en
forme d'hélice : Borrelia Burgdorferi. Cette bactérie,
très mobile, infecte pratiquement n'importe quelle partie
du corps, et provoque des symptômes très divers (et
parfois migrants), selon le degré d'implantation de la bactérie
dans le corps et les organes atteints.
La
maladie de Lyme est, de nos jours, la première maladie professionnelle
des forestiers et retraités de l’ONF (Mutuelle Nature
& Forêts, Écho Mutualiste 2004). Il s'agit d'une
maladie grave, qui peut devenir très handicappante si on
ne la soigne pas dès le premier stade de l'infection. Pouvant
évoluer sur plusieurs années (et même plusieurs
décennies), elle est parfois insidieuse à ses débuts.
Dans certains cas, elle est difficile à diagnostiquer vu
les symptômes variables qu'elle peut déclencher. Les
tests sanguins, par ailleurs, ne permettent pas toujours de détecter
les anticorps qui y sont liés, surtout avant un délai
de 4 à 6 semaines. Dans certains cas, les anticorps en question
restent même indétectables tout au long de la maladie,
qui se développe en trois stades.
Stade
1 — Symptômes initiaux
Lorsqu'une
morsure de tique provoque une infection ou une réaction allergique,
des rougeurs apparaissent près de la morsure. Si ces rougeurs,
apparues entre trois jours et 6 semaines après la morsure,
dépassent 2 ou 3 centimètres de diamètre, et
surtout si elles prennent la forme d'un disque centrifuge (blanc
au centre, rouge à l'extérieur), on doit immédiatement
suspecter la maladie de Lyme. Ce disque rouge, cependant, n'apparaît
que dans un cas sur deux, environs. D'autres symptômes (état
grippal, maux de tête, courbatures, maux de gorge, fatigue...)
peuvent aussi apparaître. Ils sont eux aussi des symptômes
laissant suspecter la maladie.
Détectée
rapidement, la bactérie Borrelia Burgdorferi peut être
éradiquée par un traitement antibiotique (généralement
par voie orale, sur prescription). Il arrive, cependant, que les
symptômes initiaux soient plus diffus ou même inexistants,
ou qu'ils passent inaperçus de par la négligence de
la personne infectée. La maladie peut alors s'installer,
donnant lieu à des symptômes très divers et
atypiques. On a alors atteint le stade 2.
Stade
2 — Généralisation
Une
fois la maladie installée, divers troubles, parfois migrants
et variant en intensité, peuvent apparaître. La liste
des symptômes possibles est longue. En voici une liste partielle :
-
Éruptions cutanées migrantes
- Paralysie
faciale ou paralysie d'un membre
- Maux
de tête
- Courbatures,
douleurs musculaires
- Douleurs
articulaires
- Fatigue
- Douleurs
à la nuque ou au dos
-
Battements de coeurs irréguliers
- Transpiration
nocturne, insomnies
- Troubles
de la vision, douleurs oculaires
- ...
Stade
3 — Aggravation des symptômes
Au
troisième stade de la maladie, les symptômes s'aggravent
et se généralisent de plus en plus. Seul un traitement
antibiotique lourd et prolongé (plusieurs mois, voire plusieurs
années) permet de faire régresser la maladie, mais
malheureusement pas de la faire disparaître complètement.
Selon les cas, on peut espérer une amélioration de
40 à 90% de l'état général du malade.
 |
Les
tiques sont de petits animaux absolument
fascinants. Contrairement à d'autres
parasites qui se fient à leur vitesse
de déplacement pour trouver des hôtes,
les tiques ont un atout très différent
: la patience et l'endurance.
|
|
Capables
de rester sans manger pendant plusieurs années,
elles s'accrochent à la végétation
et attendent patiemment qu'un animal passe par là
pour s'accrocher à lui. On a mis des tiques sous
l'eau pendant plusieurs semaines, et elles en sont sorties
indemnes. On a laissé des tiques dans un récipient
parfaitement sec pendant des mois, et elles ont survécu.
Bref, les tiques savent attendre. C'est ce qu'elles
font pour survivre... et elles le font bien.
Les
tiques sont actives pendant la saison chaude uniquement,
d'avril à novembre, avec un pic d'activité
entre avril et juin. On les retrouve surtout dans les
régions où les grands mammifères
abondent (cervidés et sangliers). Elles sont
présentes sur tout le territoire français,
y compris à des altitudes parfois relativement
élevées (où elles s'installent
sans distinction sur les bouquetins, chamois, marmottes,
moutons... et bergers !).
Les
tiques ne montent pas très haut dans les arbres.
Elle ne montent, en fait, jamais à plus d'un
mètre du sol. On trouve généralement
les tiques dans les herbes et sur les petites plantes.
Pendant la saison froide, elles s'enfouissent sous terre.
Elles sont inactives dès que la température
descend sous la barre des 7°C. Par temps chaud et
sec, elles sont peu actives : elles ne supportent
pas bien les températures supérieures
à 25°C. Quans les cygales chantent, en général
les tiques cherchent de l'ombre...
Les
tiques adultes sont relativement faciles à détecter
sur la peau ou sur des vêtements clairs. Les nymphes
(très jeunes tiques) peuvent, quant à
elles, facilement passer inaperçues : elles
peuvent être aussi petites qu'une tête d'épingle !
En
passant la main sur une petite tique qui se déplace
encore sur notre peau, on ne réussit généralement
pas à la faire tomber. Le ventre vide, elles
sont plates et glissantes, et s'accrochent de toutes
leurs forces pour ne pas tomber. Pour s'en débarrasser
avant qu'elles ne commencent leur repas, il faut y aller
vigoureusement, souvent avec l'ongle.
On
sent très rarement une tique marcher sur notre
peau. Leurs pattes sont faites pour limiter au maximum
les sensations tactiles sur l'hôte. Les tiques
sont extrêmement difficiles à écraser
tant qu'elles ont le ventre vide.
En
général, les tiques qui s'accrochent à
nous ne commencent pas leur repas immédiatement.
Elles remontent généralement sur notre
peau ou nos vêtements à la recherche d'un
endroit favorable où s'installer. Elles préfèrent
les recoins protégés, et s'installent
souvent dans les aines ou dans la région génitale,
sous les élastiques des sous-vêtements,
ou sur l'abdomen. Si, au cours de leur ascension, elles
ne trouvent pas le petit coin douillet qu'elles recherchent,
elles s'arrêtent généralement au
point le plus haut du corps (au-dessus de la tête,
très souvent), et s'y installent.
En
enfonçant leurs parties buccales dans notre peau,
les tiques se retrouvent souvent la tête en bas,
la tête profondément enfoncée dans
notre peau. Elles sont alors plus vulnérables.
Elles sécrètent à ce moment une
petite goutte substance collante quasi translucide qui
les cimente solidement dans notre peau. |
|
Mieux
vaut prévenir que guérir...
Bien
que le risque existe, des précautions de base permettent
bien souvent de prévenir la maladie de Lyme. D'éviter
autant que possible les morsures de tiques est, évidemment,
la première précaution à prendre. Une tenue
vestimentaire un peu plus couvrante (pantalons longs, serrés
aux chevilles, couvre-chef), ou l'application de chasse-moustique
(seul le DEET est réellement efficace) repoussent efficacement
la plupart des tiques. Celles-ci s'installent presque toujours sur
notre peau à notre insu, et sans la moindre douleur. Elles
se glissent sous les vêtements et se balladent pendant quelques
heures à la recherche d'un endroit propice où s'accrocher.
Elles semblent préférer les parties les plus velues
de notre anatomie, cuir chevelu, aisselles et région génitale,
où elles sont mieux dissimulées, mais cela n'est pas
une constante. Elles anesthésient ensuite le bout de peau
qu'elles choisissent, et y enfoncent leurs parties buccales pour
s'abreuver pendant une période allant de quelques heures
à quelques jours. Très plates lorsqu'elles ont le
ventre vide, les tiques se gonflent en se remplissant. Elles prennent
alors une teinte parfois grisâtre. Les tiques « pleines »
évidemment sont plus faciles à détecter avec
les doigts que les tiques « vides ».
Pour
qu'une tique puisse nous transmettre la maladie de Lyme, il faut
en général qu'elle soit accrochée à
notre peau pendant une longue période (au moins cinq heures).
Aussi, la plupart du temps, le simple fait de s'examiner régulièrement
et de déloger les éventuelles tiques installées
sur notre peau suffit à prévenir la maladie.
La
meilleure méthode pour extirper une tique installée
est encore de simplement l'attrapper par la tête (ou le plus
près possible de la peau) à l'aide d'une pince à
épiler très pointue (ou une pince à tique),
et de tirer doucement, bien droit, paralèllement à
l'angle où elles sont installées, et sans tourner.
Il
faut éviter de compresser le corps de la tique, qui pourrait
alors recracher du sang dans la plaie et ainsi la contaminer. Autant
que possible, il faut aussi éviter de déchirer l'abdomen
de la tique, ce qui a pour effet de répandre le sang qu'elle
a déja avalé sur la peau. Cela augmente le risque
d'infection. De noyer la tique dans l'huile, l'éther ou l'alcool,
ou de la brûler la force parfois à s'extirper d'elle-même,
mais elle le fait alors aussi en recrachant du sang dans la plaie,
ce qui augmente aussi les risques d'infection.
Si
la tête ou les parties buccales de la tique restent dans la
peau, inutile de s'alarmer. C'est avant tout dans l'abdomen de la
tique que les bactéries responsables de la maladie de Lyme
peuvent résider. Un petit abcès pourra se former dans
les jours ou les semaines suivantes, mais le principal danger aura
été écarté.
Une
fois la tique enlevée, il faut bien désinfecter la
plaie à l'aide d'un antiseptique efficace, se laver les mains,
et consulter un médecin au moindre symptôme pouvant
indiquer la maladie de Lyme (rougeur autour du site de la morsure,
état grippal). Ces symptômes peuvent apparaître
de manière tardive (jusqu'à six semaines après
la morsure). Il peut être utile de noter, sur un calendrier,
la date de la morsure.
Depuis
que je suis en France, j'ai été l'hôte de plusieurs
dizaines de tiques, sans la moindre infection. Inutile, donc, de
s'affoler. Le risque existe (selon les régions, jusqu'à
20 ou 30% des tiques peuvent être porteuses de la maladie
de Lyme), mais enlevant les tiques rapidement et en désinfectant
bien les morsures, on met toutes les chances de son côté.
Prise à temps, la maladie de Lyme est relativement bénigne.
Si on la laisse coloniser notre corps tout entier, on peut cependant
souffrir de symptômes persistants et très handicappants.
Dans ce cas-ci, comme dans d'autres, il vaut vraiment mieux prévenir
que guérir !
| |
| Résumé
des mesures à prendre contre la maladie de Lyme :
- Éviter
les morsures de tiques en portant une tenue
vestimentaire couvrante et serrée aux chevilles
(l'idéal est de remonter les chaussettes sur
le bas des pantalons), et en vérifiant régulièrement
si l'une d'elles ne s'est pas accrochée à
nous (surtout après être passé
dans des broussailles ou des herbes hautes).
- S'inspecter
régulièrement (au minimum une
fois par jour) le corps tout entier (même les
recoins les plus intimes et les mieux cachés
de notre anatomie) à la recherche de tiques
installées, et les retirer immédiatement,
sans les déchirer et sans leur permettre de
recracher du sang dans la morsure.
- Bien
désinfecter les morsures, à
l'aide d'un antiseptique efficace, puis se laver les
mains (ou, faute de savon, utiliser le même
désinfectant).
- Suite
à une morsure, surveiller pendant six semaines
l'apparition de symptômes (rougeurs
en anneau autour du site de la morsure, état
proche de la grippe : maux de tête, courbatures,
etc.).
- En
cas de symptôme, consulter immédiatement
un médecin qui connait bien la problématique
de la maladie de Lyme, et lui signaler la morsure
de tique.
|
|
|
Cogitations :
• Quels
sont les dangers réels dans la nature, en France (métropolitaine)?
Les monstres, les
vampires et les loups garous n'ont qu'à bien se tenir...
Dernière MAJ : 4 avril 2008 - corrections dans la partie sur les
vipères !
• Les priorités en survie
Un texte assez court
sur ces choses vraiment importantes pour survivre...
Dernière MAJ :
17 mars 2006
• Voir
des animaux
Quelques trucs pour
faire de belles rencontres en forêt...
Dernière MAJ :
23 août 2005
• Le
feu par friction... oui mais !
Dernière
MAJ :
18 août 2005
• De
l'importance d'un minimum de préparation
... ou « Pfff
! Mais laisse ton sac à dos dans la bagnole, on va juste aux champignons !!! »
Dernière MAJ :
17 août 2005
Physiologie :
• L'acclimatation au
froid
Ou apprendre à
se peler le cul avec classe ;)
Dernière MAJ :
21septembre 2005
• L'hypothermie
Les 4 étapes
de la descente aux enfers...
Dernière MAJ :
21septembre 2005
• L'importance
de l'eau en toutes circonstances
Ce qui manque au
bonheur de pas mal de gens, c'est un litre d'eau.
Dernière MAJ :
3 septembre 2005
• L'effet chimpanzé
Stress et survie
Dernière MAJ :
17 août 2005
Équipement :
• Les couvertures de survie
Enfin... façon
de parler...
Dernière MAJ :
17 août 2005
• Le couteau
'Tranchons' une
bonne fois pour toutes !!!
Dernière MAJ :
17 août 2005
Divers :
• Les
tiques et la maladie de Lyme
Un danger mal connu...
Dernière MAJ :
17 août 2005
|